Une majorité écrasante se dessine pour la formation du président

Législatives, premier tour. C’est une situation qui ne peut qu’inquiéter au regard de la démocratie et au vu des intentions politiques annoncées, particulièrement sur les questions sociales.

Bien qu’attendue dans ses grandes lignes au travers des projections des instituts de sondage la situation qui se présente au soir de ce second tour est totalement inédite avec deux données majeures. D’une part un taux d’abstention supérieur à 50%, ce qui ne s’est jamais vu depuis les  débuts de la cinquième république, quand bien même elle n’a fait que grimper au fil des différents scrutins, ce qui doit être considéré comme l’expression d’une crise politique et démocratique profonde. D’autre part le fait qu’une formation, La république en marche, apparue depuis seulement quelques mois autour d’Emmanuel Macron est en passe de rafler une mise sans précédent avec selon les premières estimations de 400 à 440 sièges sur 577. Enfin les premières données accordent à la droite un score un peu supérieur à 20% mais avec une fourchette de 95 à 135 députés. La France insoumise serait à 11 ou 12%, le PCF entre 3 et 4 et les deux forces pourraient espérer de 13 à 23 députés. Le FN devrait en rabattre sérieusement sur ses prétentions avec un score estimé dans la première fourchette à 13,5% mais seulement 2 à 5 députés, dont Marine le PN largement en tête à Hénin-Beaumont. Enfin le bloc PS, PRG, Ecologistes serait aux alentours de 13%, dont peut-être 9% pour le seul PS avec une projection de 15 à 25 députés.

La descente au purgatoire pour le PS

Quels enseignements en tirer? En premier lieu, la stratégie d’Emmanuel Macron et son parcours depuis son élection avec l’arrivée au gouvernement de plusieurs ministres de droite, dont le premier ministre a payé à l’évidence. Le PS en fait les frais dans une proportion considérable. Mais il faut remarquer que son résultat est aussi comme la chronique d’une chute annoncée depuis les touts débuts du quinquennat, avec une politique tournant le dos aux attentes des électeurs de gauche. C’est sans doute la descente, si ce n’est aux enfers, du moins au purgatoire et sans doute pour une longue durée de la force politique qui dominait la gauche depuis plusieurs décennies et qui aura en seulement cinq ans dilapidé un « capital» politique considérable. L’Assemblée, le Sénat, la quasi totalité des régions, une grande majorité des départements, les grandes villes. Le PS aujourd’hui a pratiquement tout perdu, entraînant une large partie des électeurs de gauche dans sa chute et les menant au désarroi. Dans ces conditions, les scores de la France Insoumise et du PCF, si les tensions apparues dans la dernière période entre les deux peuvent être surmontées, constituent probablement un socle pour reconstruire à gauche une force nouvelle et constituer à l’assemblée un groupe d’opposition. On peut noter au passage toutefois que la stratégie de Jean-Luc Mélenchon n’a pas été véritablement validée, dans la mesure où sa formation ne retrouve pas ses 20% de la présidentielle. La transformation de ce score en adhésion massive à son programme, porté par des candidats n’a opéré que relativement, quand bien même, répétons le, c’est sans doute de là que la gauche de transformation, avec le PCF, Ensemble et d’autres, dont peut-être une partie du PS, peut espérer reconstruire dans ce champ passablement dévasté.

Une mauvaise nouvelle pour la démocratie

Car le succès au premier tour de La république en marche pose au fond plus de questions qu’il n’en résout. L’abstention, il faut y revenir, vient sans doute relativiser ce résultat. Emmanuel Macron a été élu avec un score relativement faible au premier par des électeurs qui ont pour beaucoup voté du bout des doigts avec la volonté de battre Marine le Pen. Plus de la moitié du corps électoral s’abstenant, cela ramène les 32 ou 33% à une proportion plus modeste et particulièrement dans les circonscriptions les plus populaires et les plus frappées par la crise. On a voté à moins de 25% en Seine-Saint Denis. En d’autres termes, Emmanuel Macron, sa formation et son gouvernement ne peuvent, s’ils en avaient l’intention, se prévaloir d’une adhésion massive à leur programme, du reste ignoré très vraisemblablement par nombre de leurs propres électeurs. L’autre question aujourd’hui sans réponse est celle de l’évolution de cette probable majorité massive. Certes, dans un premier temps, et avant que ne vienne du gros temps, cette Assemblée pourrait suivre comme un seul homme un président dont on voit déjà à quel point il entend jouer d’une figure jupitérienne pour reprendre ses propres mots. Mais il ne faut pas être Cassandre pour penser qu’un pouvoir fort, avec une assemblée soumise n’est pas forcément une bonne nouvelle pour la démocratie et la nécessaire conflictualité du débat public. C’est dire aussi que d’ici à dimanche prochain, une nouvelle mobilisation d’ampleur est indispensable pour élire le plus possible députés décidés à combattre ce qui s’annonce de fait, sous les dehors de la séduction, comme une politique autoritaire et antisociale.

Photo de garde : AFP -Valery Hache
Maurice Ulrich
Article tiré de l’Humanité  le 11 juin 2017

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