La France insoumise ne retrouve pas son élan présidentiel

Le mouvement de Jean-Luc Mélenchon qualifie environ 75 candidats pour le second tour des législatives. L’abstention, très élevée, lui coûte cher, alors qu’il s’était enorgueilli d’avoir ramené les citoyens aux urnes.

Lundi dernier, Jean-Luc Mélenchon, le porte-parole de La France insoumise, s’interrogeait sur la lassitude qui gagnait les électeurs à la veille du premier tour des législatives, se demandant si les premiers lassés seraient les électeurs FI ou bien ceux de La République en marche d’Emmanuel Macron. Dimanche soir, au vu des résultats du premier tour, Mélenchon a une partie de la réponse : vraisemblablement, les électeurs d’Emmanuel Macron se sont plus déplacés dans les urnes que ceux de Jean-Luc Mélenchon. Le parti du nouveau président peut viser une très large majorité dimanche prochain, quand La France insoumise devra se contenter de 15 à 40 sièges à l’assemblée. Environ 75 candidats insoumis sont qualifiés pour le second tour. Pour un mouvement qui a un peu moins de deux ans, c’est beaucoup, pour un parti dont le chef de file a fait 19,58 % au premier tour de la présidentielle, ce n’est pas tant que ça.

Dans une déclaration en direct dimanche soir, Jean-Luc Mélenchon a estimé que cette élection montrait une « situation politique totalement instable et en trompe-l’œil ». « Le pays n’a pas cru qu’on pouvait faire autre chose autrement, c’est à nous de les convaincre », a ajouté Mélenchon, lui-même candidat à Marseille. Pour celui qui avait estimé pendant et après la campagne présidentielle que son mouvement avait ramené les abstentionnistes aux urnes, le taux de participation ce dimanche, d’environ 50 % – le plus faible de toute la Ve République – est également un échec. Mélenchon en convient quand il adresse un « appel aux milieux populaires et à la jeunesse qui se sont moins mobilisés cette fois-ci ». « Au deuxième tour ne permettez pas que soient donnés les pleins pouvoirs au parti du président », ajoute Mélenchon, qui poursuit : « Attention de ne jamais permettre l’élection d’un député du Front national car c’est à nous qu’il en coûte le plus. »

 

Dans le détail, selon le mouvement, 75 candidats environ sont qualifiés pour le second tour, la plupart du temps, cependant, en position défavorable face aux candidats LREM. Certes, il est des résultats symboliques : François Ruffin, réalisateur de Merci Patron, journaliste, soutenu par La France insoumise dans la Somme, est qualifié. De même, Manuel Valls, l’ancien premier ministre qui avait obtenu d’En Marche! qu’il ne mette pas de candidat contre lui, affrontera la candidate de la FI. À Lille, Adrien Quatennens se qualifie en éliminant l’aubryste François Lamy.

Les candidats insoumis peuvent également se féliciter de passer devant le PS dans beaucoup d’endroits. Jean-Luc Mélenchon se qualifie dans la 4e circonscription de Marseille (34,3%, contre 22,6% pour la candidate LREM Corinne Versini) en éliminant le député sortant Patrick Mennucci (12,4%). Manuel Bompard, directeur de campagne de Mélenchon pendant la présidentielle élimine Christophe Borgel, le bras droit de Jean-Christophe Cambadélis au PS et député sortant, dans la 9e circonscription de Haute-Garonne (à Toulouse). En Haute-Garonne, de fait, une terre réputée socialiste, les candidats de la FI font carton plein : Claire Dujardin dans la 1re, Anne Stambach-Terrenoir dans la 2e et Liêm Hoang-Ngoc dans la 4e.

D’autres figures de la campagne présidentielle se qualifient : Danielle Simonnet, Leïla Chaibi et Sarah Legrain à Paris, Mathilde Panot dans le Val-de-Marne (mais avec 16,05 % des voix contre 30,62 % pour LREM), Charlotte Girard dans l’Essonne (15,55 % contre 26,68 % à LREM), ou encore Alexis Corbière à Montreuil (21,60 % contre 24,70 % à LREM mais avec un bon report possible) et Éric Coquerel à Saint-Denis (19,02 % contre 31,89 % à LREM). En Seine-Saint-Denis toujours, Clémentine Autain, porte-parole du mouvement Ensemble! qui a soutenu Mélenchon à la présidentielle, est largement en tête, avec 38 % des voix. Elle avait hérité la circonscription d’un député communiste sortant.

En revanche, Sarah Soilihi, avec 18,47 % des voix dans la 3e circonscription des Bouches-du-Rhône, ne parvient pas à faire chuter le FN Stéphane Ravier qui sort en tête du premier tour avec 30,84 % des voix, devant la candidate LREM Alexandra Louis (24,89 %). Par ailleurs, la députée sortante du Calvados Isabelle Attard, qui était soutenue par La France insoumise, le PCF, EELV et le PS, est éliminée dès le premier tour. Comme quoi l’union de toute la gauche ne peut manifestement pas pallier sa faiblesse à l’issue du quinquennat. La désunion non plus, comme dans la 18e circonscription de Paris, où Paul Vannier et Caroline de Haas se neutralisent sans pouvoir se qualifier au second tour.

Du côté du PCF, dont les candidats étaient partis dans la plupart des circonscriptions face à un candidat insoumis après l’échec des négociations entre les deux formations, on se félicite de la qualification de 17 candidats pour le second tour (dont François Ruffin, dont 12 en ballottage favorable. André Chassaigne, député sortant, est qualifié avec 34,85 % des voix et affrontera un candidat LREM dans le Puy-de-Dôme. Dans la 13edes Bouches-du-Rhône, Pierre Dharréville arrive en tête au premier tour avec 29,31 % – il n’avait pas de candidat insoumis face à lui.

« La gauche est durement affaiblie », note Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, dans une déclaration dimanche soir. C’est le moins que l’on puisse dire.

Christophe Gueugneau
Article tiré de Mediapart . le 12 juin 2017

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