Marine Le Pen à son tour privée d’immunité parlementaire par les députés européens

Après Jean-Marie Le Pen mercredi, c’est Marine Le Pen qui perd son immunité parlementaire suite au vote du Parlement européen. Elle devra répondre devant la justice française de propos diffamatoires présumés envers Christian Estrosi, actuel maire de Nice

Bruno Gollnisch a eu beau tenter une manœuvre de la dernière chance quelques minutes avant le vote, estimant que la levée de l’immunité parlementaire était un sport beaucoup trop pratiqué au Parlement européen, la tentative de diversion a fait flop. Les députés ont voté à main levée celle de Marine Le Pen, après celle de son père mercredi. Ce n’était pas la bonne semaine pour la famille Le Pen au Parlement européen. A deux jours d’intervalle en effet, le père et la fille ont dû affronter le vote des députés, et à deux reprises, ceux-ci ont confirmé que la présidente du Front national ainsi que son ancien président, ne pourraient pas se prévaloir de l’immunité que leur donne leur fonction de député européen pour échapper à la justice.

Il s’agit d’autant moins d’une clause de style pour Marine Le Pen que celle-ci avait effectivement avancé l’argument de son immunité parlementaire pour ne pas se rendre à la convocation du juge d’instruction en mars dernier dans une autre affaire, celle des soupçons d’emplois fictifs d’assistants du Parlement européen. Soutenant la thèse de « l’opération politique », elle avait alors expliqué que « si l’immunité parlementaire existe, c’est précisément parce que les législateurs sont conscients que le pouvoir peut-être amené à se servir de la justice pour tenter de gêner ou de persécuter un opposant politique. » Elle se disait alors « victime d’une opération politique menée par le Parlement européen depuis 3 ans, » une affirmation fondée sur aucun fait. Ce jeudi, la présidente de séance au Parlement européen a eu beau jeu de faire remarquer à Bruno Gollnisch (à qui elle a du couper le micro car il dépassait son temps de parole) que Marine Le Pen avait refusé à deux reprises de se rendre devant la Commission du Parlement qui aurait pu entendre ses arguments dans le cadre de l’enquête sur la demande de levée de l’immunité parlementaire.

Six affaires menacent Marine Le Pen

La demande votée ce jeudi avait été adressée au Parlement européen le 9 décembre 2016 par le procureur général de la Cour d’appel d’Aix-en-Provence, Pascal Guinot, suite à une plainte pour diffamation déposée par l’actuel maire de Nice Christian Estrosi. Le 3 mai 2015, dans l’émission Le Grand Rendez-vous diffusée sur iTélé/Europe 1, Marine Le Pen avait accusé l’ancien président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, de financier l’Union des organisations islamistes de France, estimant qu’il était « complice » du « fondamentalisme islamiste. » La commission du Parlement européen chargée d’instruire la demande d’immunité parlementaire, avait considéré que cette demande était recevable « dès lors que Mme Marine Le Pen a pu participer à la commission du délit de diffamation publique envers un citoyen chargé d’un mandat public, » ajoutant que l’accusation de diffamation dans cette affaire était fondée. La commission avait également rejeté l’objection du complot politique développée par Marine Le Pen, expliquant qu’il n’y a « aucune raison de soupçonner que la demande de levée de l’immunité parlementaire a été présentée dans l’intention de nuire à l’activité parlementaire ou politique de Marine Le Pen. »

Voilà donc une nouvelle affaire qui assombrit un peu plus l’horizon judiciaire de la présidente du Front national, déjà concernée par 6 affaires distinctes : les emplois fictifs d’assistants au Parlement européen (pour lequel le Parlement est saisi d’une demande de levée de l’immunité parlementaire), la diffusion sur Twitter de photos d’exécutions commises par Daech (pour laquelle a été déjà levée l’immunité parlementaire de Marine Le Pen), le financement des campagnes électorales du Front national depuis que Marine Le Pen en est la présidente, l’affaire des assistants au Conseil régional du Nord-Pas-de-Calais, et la sous-évaluation du patrimoine immobilier le la présidente du Front national.

Photo AFP/Frédérick Florin
Jean-Jacques Régibier
Article tiré de l’Humanité  le 15 juin 2017

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