En marche confirme sa majorité malgré une abstention record

Selon les première estimations, La République en marche et le Modem obtiendraient 352 sièges à l’Assemblée. Près de six électeurs sur dix ne sont pas allés voter. 

Une grosse victoire et un petit sursaut. Après l’impressionnante vague de dimanche dernier, le second tour des élections législatives confirme la victoire du camp présidentiel. Selon les premières projections de l’institut Ipsos, La République en marche alliée au Modem disposerait 352 sièges, dont 309 pour la seule LREM. Brocardés en représentants de l’ancien monde, Les Républicains alliés à l’UDI semblent toutefois en mesure de sauver les meubles, avec 128 sièges. Atomisé à la présidentielle, le Parti socialiste bouge encore et préserverait une cinquantaine de sièges quand La France insoumise en obtiendrait trente. Le Front national pourrait quadrupler le nombre de ses parlementaires, passant de deux à huit sièges: siègeront notamment à l’Assemblée Marine Le Pen, la présidente du FN et son numéro deux, Louis Aliot. Mais les électeurs, appelés aux urnes pour la huitième fois (si l’on compte les primaires de la droite en novembre et de la Belle Alliance populaire en janvier), se sont très peu mobilisés.

Une abstention historique

C’est le revers du record : déjà historique lors du premier tour, l’abstention a encore progressé dimanche. Il y a une semaine, un électeur sur deux ne s’était pas déplacé. Cette fois, ils sont près de six électeurs sur dix (57%), du jamais vu sous la VRépublique. Au terme d’une campagne électorale qui dure depuis la fin de l’été dernier, la lassitude et la canicule l’ont emporté. Les appels à rééquilibrer les pouvoirs, les accusations de parti unique, les révélations de presse sur le Modem et ses emplois présumés fictifs ou les articles détaillant les projets du gouvernement sur la loi travail ont globalement sonné dans le vide. Tout le monde donnant le mouvement du président largement en tête, certains de ceux qui avaient voté Macron à la présidentielle ont pu rester chez eux. Même avec ce suffrage universel partiel, l’Assemblée sera donc légitime mais loin d’être représentative, les députés étant élus par une minorité d’électeurs.

Une chambre En marche au pas

Un peu sommairement, à la veille du premier tour des législatives, Emmanuel Macron avait résumé l’enjeu de ces législatives en une«question simple : l’action ou l’impuissance, la conviction ou la dénonciation». Mercredi, devant ses ministres, le chef de l’Etat avait chargé un peu plus la barque électorale. «Le risque d’inefficacité et d’empêchement existe toujours donc il faut une confirmation de la dynamique», avait plaidé Macron. Le Président a été entendu : son mouvement, né il y a un an, s’arroge une majorité plus qu’absolue. Selon les premières projections, LREM disposerait de 352 sièges alors que les derniers sondages leur promettaient des scores albanais, les portant à plus de 450 députés.

L’espoir d’un léger sursaut à droite ?

Selon les premières estimations, la droite, qui espérait, à la fin de cette douloureuse campagne législative, sauver une soixantaine de 60 sièges, résisterait donc un peu mieux que prévu. De quoi caresser le rêve d’atteindre la barre des 100 voire 110 députés… Soit moitié moins que dans la précédente législature (198 sièges LR et 25 UDI). Sur l’ensemble du territoire, seuls 264 LR s’étaient qualifiés pour le second tour et 32 centristes de l’UDI. A surveiller par exemple, pour mesurer l’ampleur de cette correction électorale, les circonscriptions parisiennes : les scores de dimanche dernier ne laissaient espérer, au mieux, qu’un seul député (contre six sortants). Idem dans leurs bastions des Hauts-de-Seine ou des Yvelines où les candidats Les Républicains accusaient souvent quinze ou vingt points de retard sur leurs rivaux marcheurs. Les Républicains vont donc probablement redevenir le principal groupe d’opposition, ce qui ne relève pas de l’exploit compte tenu de la débâcle de la gauche. Et devraient même s’éviter l’humiliation d’être moins nombreux que les députés du Modem, alliés à LREM. Mais parmi les rescapés, combien s’inscriront réellement dans l’opposition ? Dès la semaine prochaine, les LR purs et durs et les «constructifs», signataires de l’appel à répondre à«la main tendue» par Macron et prêts à voter la confiance, ne manqueront pas de se compter. Même avec ce léger regain de forme, la droite n’est donc pas au bout de ses soucis.

A gauche, pas de miracle

La gauche se retrouve, comme prévu, en miette. Le plus gros a été fait au premier tour. Ce dimanche, il restait à peine 150 députés en lice si l’on additionne la France Insoumise, le PS, le PCF, le PRG, EE-LV… Il n’y a pas eu de miracle. Un exemple : dans le Finistère, en 2012, il y avait huit députés socialistes. Aujourd’hui, il y a huit candidats de La République en marche. Pire, le score est plus faible que celui de la fameuse année 1993 – le PS avait obtenu 57 sièges. Résultat, ce dimanche, aucun des partis de gauche ne sait avec qui il formera un groupe de parlementaires. La France insoumise devra discuter avec le PCF alors qu’entre les deux, l’ambiance est tendue. Pendant ce temps, les socialistes devront faire le tri en ceux qui sont dans l’opposition ou dans la majorité. Que feront les députés PS qui ont gagné sans avoir de marcheur en face d’eux ? Un véritable casse-tête à l’image de la défaite.

Pas de miracle mais une toute petite réaction. Chez les socialistes, parmi les rescapés qui avaient un candidat En marche dans leur circonscription, on retrouve Olivier Faure, le chef du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, et Olivier Dussopt. Un tout petit bout de la nouvelle génération résiste. Par contre, il n’y a pas eu de miracle pour l’ancienne ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem. Vendredi, à Villeurbanne, elle racontait à Libération, les mots d’un de ses camarades socialistes. Au sujet de la vague de La République en marche et de la disparition des socialistes, voire de la gauche, il lui a dit : «Il n’y a rien à faire, c’est comme essayé de faire voler un cerf-volant en pleine tempête.» Selon les premières estimations, il devrait y avoir près de 30 députés PS.

La France insoumise, elle, misait énormément sur les législatives après son score de la présidentielle. Tout au long de la semaine, elle a lancé des appels au vote. L’abstention, son véritable adversaire. Le mouvement le sait, comme souvent, les quartiers populaires et la jeunesse – qui ont voté en masse pour La France insoumise à la présidentielle – sont les moins mobilisés. La bande à Jean-Luc Mélenchon a perdu son pari. L’abstention a explosé les compteurs. Résultat : le bilan de La France insoumise, qui a réussi à qualifier 74 candidats pour le second tour des législatives, est moyen. Selon les premières estimations, il y aura une vingtaine de députés France insoumise et PCF à l’Assemblée nationale. Ce n’est pas si mal même si à la sortie de la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon se voyait rafler la majorité.

Photo de garde : Albert Facelly
Laure Equy , Rachid Laïreche et Laure Bretton
Article tiré de Libération
le 18 juin 2017

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