Qui sont les huit députés FN élus à l’Assemblée ?

Le second tour des législatives, marqué par une abstention record, a porté au Palais-Bourbon au moins huit députés du Front national.

Ils étaient encore 122 à être dans la course après le premier tour, ils ne seront finalement que huit députés FN ou soutenus par le parti à siéger à l’Assemblée nationale. Un résultat insuffisant pour créer un groupeparlementaire, mais qui représente un nombre d’élus quatre fois plus important que pendant la précédente mandature, où deux membres du Front national étaient présents au Palais-Bourbon. Un ancien de l’UMP, un ancien mégrétiste, un ancien communiste, deux députés européens…Libération fait le point sur les profils des députés frontistes élus ce dimanche.

Il garde son siège

Gilbert Collard (2e circonscription du Gard)

Gilbert Collard, en mars 2014. Photo Arnold Jerocki. LibérationGilbert Collard en 2014. Photo Arnold Jerocki pour Libération

La torera Marie Sara (LREM) lui a sans doute donné matière à inquiétude jusqu’au dernier moment – d’autant que les sondages le donnaient perdant – mais Gilbert Collard a été réélu dans la 2e circonscription du Gard. Avec seulement une cinquantaine de voix d’avance. Il a en commun avec Marine Le Pen d’avoir grandi dans un château (le sien était situé près de Marseille) et d’être inscrit au barreau. Comme avocat, il a défendu Charles Pasqua, Richard Virenque, Laurent Gbagbo ou encore Christian Ranucci, l’un des derniers condamnés à mort en France.

Elu en 2012 sous les couleurs du Rassemblement bleu Marine, dont il est le secrétaire général, Gilbert Collard s’est illustré en mars en racontant qu’il était espionné par son téléphone – il s’étonnait que celui-ci lui parle, sans réaliser qu’il s’agissait de l’assistant vocal Siri – et plus sérieusement lorsque Marion Maréchal-Le Pen, avec qui il partageait son banc au Palais-Bourbon, a annoncé son retrait de la vie politique, en estimant que c’était une bonne décision si elle aimait ses enfants. Heureusement pour elles, ses filles à lui sont désormais grandes. Sa femme, elle, restera sans doute à ses côtés, puisqu’elle est son assistante parlementaire.

Ils vont quitter le Parlement européen pour le Palais-Bourbon

Marine Le Pen (11circonscription du Pas-de-Calais)

La présidente du Front national, Marine Le Pen, dimanche 11 juin 2017.Marine Le Pen le 11 juin. Photo François Lo Presti. AFP

La troisième a été la bonne. Marine Le Pen a été élue députée de la 11e circonscription du Pas-de-Calais, après deux vaines tentatives en 2007 et 2012. La dernière fois, il lui manquait une centaine de voix. Ce dimanche, elle l’a emporté avec 58,75% des suffrages.

Dimanche dernier, elle était déjà arrivée largement en tête, avec 30 points d’avance sur la candidate macroniste et a manqué de peu l’élection dès le premier tour (46% des suffrages). Réagissant à son élection, Marine Le Pen a estimé auprès de l’AFP que le Front national était «la seule force de résistance à la dilution de la France».

On ne présente plus la présidente du FN et eurodéputée, mais vous pouvez lire nos articles sur elle ici.

Louis Aliot (2e circonscription des Pyrénées-Orientales)

Louis Aliot, vice-président du Front national, et Jean Michel Dubois, conseiller régional de haute Normandie et directeur administratif du parti, à Fréjus, samedi. En septembre à Fréjus (Var). Photo Laurent Troude pour Libération

C’est passé à un cheveu, ou plutôt à 452 voix. Louis Aliot, député européen et compagnon de Marine Le Pen, fait son entrée au Palais-Bourbon en battant Christine Espert (Modem-LREM) avec 50,56% des suffrages exprimés (soit 21,19% des inscrits) contre 49,44%. Arrivé en tête aux deux tours, le nouveau député du Front national n’a pas non plus de quoi se pavaner, l’abstention s’élevant à 54,36% des inscrits au second tour.

Ils sont cadres du parti et/ou proches de Marine Le Pen

Bruno Bilde (12circonscription du Pas-de-Calais)

À «L'Escale», Steeve Briois (au premier plan à gauche), député FN européen et Mikael Sala, président du collectif Croissance Bleu Marine. Au fond (assis à gauche), Bruno Bilde, conseiller spécial de Marine Le Pen et Louis Aliot (assis à droite), député FN.Le 16 novembre à Paris. Photo Laurent Troude pour Libération

Arrivé en tête dimanche dernier avec 35,53% des suffrages, Bruno Bilde (devant la fenêtre au deuxième sur la photo) a confirmé l’essai au second tour, en battant la candidate LREM Coralie Rembert. Ancien mégrétiste, il est le fils de Dominique Bilde, qui était aussi candidate en Meurthe-et-Moselle et députée européenne. Lui-même a d’ailleurs été l’assistant parlementaire de Sophie Montel au Parlement européen, un emploi dont le caractère réel a été mis en doute. Proche de Steeve Briois, ce trentenaire a également dirigé le cabinet de Marine Le Pen. Discret, il a été qualifié par le Monde de «mariniste de l’ombre». Ce qui ne l’empêche pas d’être la terreur des opposants au FN – qu’il soumet à bien des vexations – à la mairie d’Hénin-Beaumont, où il est adjoint de Briois.

Sébastien Chenu (19e circonscription du Nord)

 Photo Yann Rabanier pour Libération

Il était arrivé largement en tête au premier tour. Sébastien Chenu, conseiller régional du Nord passé en 2014 au FN après un détour par l’UMP, a été élu ce dimanche député à l’Assemblée nationale. Pendant sa période UMP, il a été chef de cabinet adjoint de Christine Lagarde au Commerce extérieur pendant deux ans, et a travaillé au Service d’information du gouvernement (SIG) pendant quatre années.

Surtout, il a cofondé le mouvement LGTB du parti, Gay Lib. Ce qui explique l’hostilité dont ce quadragénaire a fait l’objet à son arrivée au FN… En 2015, il s’exprimait dans nos colonnes, à l’occasion d’un portrait. Extrait : «On dit que le FN, ça ne marche pas chez les bobos, les cadres, les homos. Mais si ! Les plafonds de verre sautent les uns après les autres. Le FN ressemble de plus en plus à la société française. Quand vous faites 30%, vous avez forcément des Blancs, des Noirs, des hétéros, des homos.»

Elle n’a jamais eu de mandat

Emmanuelle Ménard (6e circonscription de l’Hérault)

Emmanuelle Ménard en campagne à Béziers, dans le sud de la France, le 2 juin 2017Photo Sylvain Thomas. AFP

Elle n’est pas membre du Front national, mais celui-ci l’a soutenue durant la campagne : Emmanuelle Ménard, épouse du maire de Béziers (et ex-patron de Reporters sans frontières) Robert Ménard, sera la députée de la 6e circonscription de l’Hérault. Juriste de formation, Emmanuelle Ménard est désormais la directrice du très droitier site d’opinion Boulevard Voltaire et enseignante en journalisme à Montpellier.

Selon l’AFP, c’est pour cette campagne qu’elle a pris le nom de son mari (elle utilisait auparavant celui de Duverger), dont elle entend «continuer l’action et la politique». Interrogée par le Parisien sur ce choix, elle a déclaré : «J’aurais gardé mon nom de jeune fille, on m’aurait reproché d’avancer masquée.» Ces législatives étaient sa première campagne ; elle a sorti le sortant Elie Aboud (LR), qui briguait, lui, son troisième mandat.

Ils ont déjà un mandat local

José Evrard (3e circonscription du Pas-de-Calais)

Arrivé en tête au premier tour avec près de 15 points d’avance, le frontiste José Evrard, conseiller départemental et ancien communiste (il était secrétaire fédéral du PCF et explique les raisons de son changement de bord dans la vidéo ci-dessus), a battu son adversaire du Modem et accède à l’Assemblée nationale.

«Je suis issu d’une famille de résistants : mon grand-oncle a été fusillé à la citadelle d’Arras en 1944, mon père était mineur au 7 d’Auchel, le premier puits qui a fermé après la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier [l’ancêtre de l’Union européenne].Marine Le Pen fait appel au sens du patriotisme, dans l’économie, la culture… Ça me parle, je ne peux pas être hermétique à ce discours, il y a une concomitance de valeurs», a-t-il dit à la Voix du Nord, citée parSlate.

Ludovic Pajot (10e circonscription du Pas-de-Calais)

View image on Twitter

Devant au premier tour avec plus de 30% des voix, Ludovic Pajot a été élu dimanche dans la 10e circonscription du Pas-de-Calais. Le parti semble avoir rapidement placé sa confiance en lui puisqu’il était déjà suppléant aux dernières législatives. Il est par ailleurs conseiller municipal à Béthunes et conseiller régional. Il a réagi sur Facebook à son élection : «Un grand merci pour votre confiance ! Vous pouvez compter sur moi pour vous défendre à l’Assemblée !»

Selon la Voix du Nord, à l’automne dernier, il est allé soutenir d’autres frontistes qui s’élevaient en conseil municipal contre l’accueil de migrants, ce qui avait provoqué «la nausée» du maire de Béthune. Ludovic Pajot sera probablement le plus jeune député de la mandature, puisqu’il n’a que 23 ans (soit un de plus que Marion Maréchal-Le Pen lors de son élection en 2012).

Photo de garde : AFP – Denis Charlet.
Kim Hullot-Guiot
Article tiré de Libération  le 18 juin 2017

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :