Perturbateurs endocriniens – Le perturbant silence de la France

Le vote du projet contesté de réglementation européenne sur les perturbateurs endocriniens pourrait être avancé. Le soudain attentisme français sur le sujet inquiète.

Une alerte, un non-dit, une accélération de calendrier… et voilà les doutes qui fusent quant à la volonté du nouveau gouvernement de mener bataille contre les perturbateurs endocriniens (PE). Selon le Monde, trois grandes sociétés savantes d’endocrinologie ont adressé, le 15 juin, une lettre aux ministres de l’Environnement européens pour les mettre en garde contre un projet, proposé par la Commission européenne, visant à réglementer ces substances chimiques. Les nouveaux critères avancés « n’assurent pas le haut niveau de protection de la santé et de l’environnement requis, dénoncent The Endocrine Society, la Société européenne d’endocrinologie et la Société européenne d’endocrinologie pédiatrique. Ils échoueront probablement à identifier les PE qui causent des dommages chez l’homme. »

Le reproche n’est pas neuf. D’ailleurs, ce qui alerte, dans cette nouvelle alerte, relève plus du tempo dans lequel elle s’inscrit que de l’inquiétude qu’elle confirme.

Toujours selon le Monde, les sociétés savantes auraient précipité leur initiative à l’aune d’un possible repositionnement de la France sur le sujet. Le quotidien affirme avoir recueilli des informations indiquant que le gouvernement serait prêt à accepter les critères sus-décriés.

Ces produits qui échapperaient à toute régulation

Voilà plusieurs années que la future réglementation mise en débat par Bruxelles se frotte au mécontentement de nombreuses ONG, médecins et autres spécialistes. On lui reproche, en substance, d’imposer des exigences de preuves scientifiques si élevées qu’elles excluraient de nombreux produits du groupe des PE, mis en cause dans le développement de pathologies, telles que cancer du sein, infertilité, ou pubertés précoces. Ces produits échapperaient dès lors à toute régulation – a fortiori à toute interdiction. En décembre, l’Allemagne a même réussi à faire adopter une motion exemptant d’un risque d’interdiction les pesticides « conçus spécifiquement pour perturber les systèmes endocriniens des insectes ciblés »… et potentiellement ceux des humains.

Plusieurs fois, Bruxelles a néanmoins tenté de faire adopter cette réglementation. En vain. Trois pays, systématiquement, ont fait barrage : la Suède, le Danemark, et la France. « Si le revirement de cette dernière devait se confirmer, ce serait une catastrophe sanitaire et politique », commente à l’Humanité François Veillerette, porte-parole de l’ONG Générations futures, laquelle suit de très près le dossier. À lui seul, ce changement de fusil d’épaule suffirait à faire basculer la majorité du Parlement européen en faveur de la Commission.

Pour l’heure, les services de Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, indiquent que celui-ci réserve sa décision. « Mais ce silence même nous inquiète, quand, il y a quelques semaines encore, la France s’exprimait clairement contre ce projet », reprend François Veillerette.

La réponse pourrait arriver vite. Un Comité permanent européen de la chaîne alimentaire et de la santé animale, rassemblant l’ensemble des États membres, pourrait avoir à statuer sur la question dès le 4 juillet. « Or, jusqu’à présent, aucune réunion n’était programmée avant le 20 juillet », note encore le porte-parole de Générations futures. Lequel se demande si cela ne signalerait pas, là encore, un possible changement de rapport de forces.

Photo de garde : AFP – Philippe Huguen
Marie-Noëlle Bertrand
Article tiré de l’Humanité  le 19 juin 2017

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