De la croissance du Produit Intérieur brut (PIB) au recul de la production industrielle

Dans un pays où le taux de croissance additionne le gaspillage et les doublons inutiles avec la création de richesse, que vaut en termes de création de richesses ce taux de croissance qui nous est fourni régulièrement par les conjoncturistes de l’INSEE ? La question mérite d’être posée alors que l’Institut prévoit une croissance de 1,6%  et la création de 220 000 postes de travail en 2017 tandis que le secteur manufacturier perdra encore 20 000 emplois cette année.

L’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) présentait ce mardi 20 juin une note de conjoncture sur l’évolution de l’économie mondiale, européenne et française pour l’année en cours. Cette étude est publiée au moment ou d’autres, mensuelles celles-là, montrent qu’il est difficile de faire des prévisions à quelques mois. Ainsi, une autre note de l’INSEE, publiée ce mardi, nous apprend que le prix du pétrole a baissé de 7,1% au mois de mai après avoir augmenté de 1,9% en avril. Plus généralement, et toutes matières premières industrielles confondues, les prix ont baissé de  6% en mai après une baisse de 3,6% en avril et de 1,4% en mars. C’est le minerai de fer qui a baissé le plus avec une chute des cours de 15,2% en mai après une baisse de 19,4% en avril « en raison d’inquiétudes sur l’ampleur de la reprise chinoise », nous dit l’INSEE. On peut penser que l’inquiétude en question est celle des spéculateurs dont le métier est de parier à la hausse ou à la baisse en anticipant sur ce que pourrait être la conjoncture mondiale. La note qui tente de nous montrer ce que sera la conjoncture française, européenne et mondiale pour 2017 emploie de nombreux conditionnels. Elle nous dit toutefois que « la Russie et le Brésil renouent avec la croissance après deux années de récession sévère », tandis que « l’économie chinoise ne freine plus et accroît même à nouveau ses investissements et ses importations ». Du coup, « le commerce mondial continuerait ainsi d’augmenter solidement le reste de l’année, si bien qu’en 2017 sa hausse serait la plus forte depuis 2011», affirme l’Institut.

Vers une réduction de l’épargne de précaution

Pour ce qui est de l’Europe, « les conditions de financement des investissements demeurent très accommodantes, tant pour les entreprises qui ont reconstitué leur capacité à les autofinancer, que pour les ménages qui dépensent  à nouveau vigoureusement dans le logement neuf, bénéficiant de taux d’intérêt encore très bas ». Du coup, «au total sur l’année, le PIB (Produit intérieur brut) de la zone euro croîtrait légèrement plus qu’en 2016 (+ 1,8% contre 1,6%) » prévoit l’INSEE. Mais l’Institut apporte ensuite les précisions suivantes : «  l’investissement dans la construction soutiendrait l’activité, il accélérerait particulièrement en France et en Espagne. La consommation privée resterait ferme malgré l’accélération des prix en début d’année, les ménages réduisant leur épargne de précaution notamment en Espagne net en Italie à la faveur d’une nouvelle baisse du chômage », dont le taux moyen pour la zone euro serait de 8,8% de la population active à la fin de l’année en cours contre 9,7% fin 2016 et 10,5%  fin 2015.

Pour ce qui est de la France, l’INSEE compte surtout sur l’augmentation du nombre de touristes étrangers et sur l’augmentation des exportations de produits agricoles par rapport à 2016 pour booster le PIB. Voilà qui n’est pas gagné d’avance si les effets cumulés des attentats sur la venue de touristes potentiels et les conséquences d’un été chaud et sec pour la production agricole devaient perdurer d’ici la fin de l’été. Néanmoins, l’INSEE veut croire que  « la croissance de l’activité et les politiques d’allégement du coût du travail stimuleraient de nouveau l’emploi en 2017 », avec la création nette de 220 000 postes.

La France continue de perdre des emplois productifs

Si le PIB au augmenté de 0,4% en France au cours du premier trimestre et si l’INSEE table sur une croissance de 1,6% pour l’année en cours, ce pari est loin d’être gagné, sans oublier que le contenu de la croissance n’est guère satisfaisant. Au cours de ce premier trimestre, « la contribution négative des échanges extérieurs sur la croissance a été plus ample que prévu (- 0,7 point contre -0,4) » le trimestre précédent, relève l’Institut qui explique aussi  que notre balance commerciale dépend beaucoup (trop) des ventes d’avions, de bateaux de croisière d’un côté, de la venue en France des touristes étrangers de l’autre. Ajoutons que la mauvaise récolte céréalière de 2016 et la chute des cours du lait et de la viande ont aussi contribué à maintenir un déficit commercial élevé pour notre pays. Pour 2017, les conjoncturistes de l’INSEE tablent sur davantage d’exportation de produits agricoles à commencer par les céréales. Sans voir que si cette fin de printemps caniculaire était suivie d’un été encore plus chaud, le bilan commercial de notre agriculture en 2017 pourrait être plus décevant que celui de 2016, les paysans étant une fois de plus les principales victimes.

S’agissant de l’emploi, l’INSEE indique que leur nombre a augmenté de 76 000 au cours du premier trimestre 2017 et que cette augmentation pourrait atteindre 203 000 en fin d’année. Du coup le taux de chômage pourrait être de 9,4% de la population active d’ici la fin de l’année, soit 0,2% de moins qu’à la fin du premier trimestre. Mais ce chiffre global n’empêche pas un recul des emplois producteurs de richesses. La note de conjoncture nous dit qu’en 2016 « les pertes nettes d’emplois industriels ont atteint moins 21 000 après moins 34 000 l’année précédente. Au premier trimestre 2017, 5 000 emplois ont été détruits dans ce secteur. Les anticipations des industriels sur leurs effectifs demeurant relativement stables, la baisse de l’emploi se prolongerait au même rythme au cours des trois derniers trimestres de 2017 », dit encore la note de l’INSEE.

Et c’est là que le bât blesse. Depuis plusieurs décennies la France détruit chaque année des quantités considérables d’emplois productifs via des délocalisations comme celle des productions de Whirlpool après ceux de l’automobile, des pneus et autres équipements. Or moins nous avons d’emplois productifs moins nous avons de biens pour satisfaire notre marché intérieur et pour exporter. Ce qui nous fait moins de richesses à partager. Il n’est pas certain que le nouveau président de la République, le gouvernement  qu’il nomme cette semaine  et la majorité de députés qui s’en réclame aient une claire conscience de cette réalité.

Gérard Le Puill
Article tiré de l’Humanité  le 20 juin 2017

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