Un gouvernement très resserré autour d’Emmanuel Macron

Le gouvernement Phillipe II, derrière la parité ou la jeunesse mise en avant, montre surtout l’incapacité du chef de l’Etat à élargir en réalité sa base électorale du premier tour de la présidentielle.

En apparence, un gouvernement aux équilibres politiques soupesés ; des socialistes, des centristes, des « marcheurs », des hommes et femmes de  droite, dans une belle union nationale qui ne dirait pas son nom. Le gouvernement Phillipe II fait en réalité la part belle à des profils bien plus technocrates que politiques. Il en est ainsi de  l’énarque Florence Parly, spécialiste des questions budgétaires, pour gérer la Défense. Elle fut certes conseillère budgétaire de Lionel Jospin en 1997, puis jeune secrétaire d’Etat au Budget en janvier 2000, secondant Christian Sautter, puis Laurent Fabius. Vice-présidente du conseil régional de Bourgogne entre 2004 et 2006, elle a ensuite quitté la politique pour travailler au sein de grosses entreprises publiques comme Air France et la SNCF, où elle dirigeait depuis un peu plus d’un an SNCF Voyageurs. La secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Transition écologique, Brune Poirson, a exercé dans le secteur public, pour l’Agence française de développement, comme dans le privé (Veolia). A la croisée des profils politiques et techno, Nathalie Loiseau, directrice de l’ENA, a elle été nommée ministre chargée des Affaires européennes à la place de Marielle de Sarnez. Notoirement proche des juppéistes,  tout comme le premier ministre Edouard Philippe, elle avait fait auparavant toute sa carrière aux Affaires étrangères.  Nicole Belloubet, qui a exercé des mandats locaux sous les couleurs du Parti socialiste, en étant en particulier première adjointe au maire socialiste de Toulouse, Pierre Cohen, entre 2008 et 2010, succède à François Bayrou comme garde des Sceaux, fut nommée au Conseil constitutionnel le 12 février 2013 par le président socialiste du Sénat, Jean-Pierre Bel.

Un pack sur-mesure, prêt à mouiller la chemise pour détricoter le Code du travail

Le second gouvernement proposé par le tandem Macron-Philippe ne témoigne pas non plus de « belles prises » à gauche ou à droite. Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Armées, avait soutenu Alain Juppé à la primaire de la droite. Jean-Baptiste Lemoyne(secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères) fut le premier parlementaire LR à avoir rallié Emmanuel Macron. Sébastien Lecornu, issu des LR, (secrétariat d’Etat auprès du ministre de la Transition énergétique) est  un proche du ministre des affaires étrangères Bruno Le Maire qui a poussé sa carrière dans l’Eure, pour y assoir son emprise. D’autres nominations de très proches d’Emmanuel Macron, telles celle de Benjamin Griveaux (secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des Finances), ou Julien Demormandie (secrétaire d’Etat auprès du nouveau ministre de la Cohésion des Territoires), témoignent tout autant de la volonté du chef de l’Etat d’avoir des hommes sûrs dans le gouvernement, qu’une impossibilité à élargir sa base électorale, telle que surgie du premier tour de la présidentielle. A l’heure d’affronter les premières difficultés avec les textes sur le Code du travail, cette étroitesse pourrait devenir plus visible que jamais.

Photo de garde : AFP – Thomas Samson
Lionel Venturini
Article tiré de l’Humanité  le 22 juin 2017

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