Jacques Généreux – « C’est l’éloge de la folie par la théorie de l’économie dominante»

Entretien avec Jacques Généreux, économiste, professeur à Sciences-Pô (Paris), directeur de collection aux éditions du Seuil, co-fondateur du Parti de Gauche, responsable de l’axe «économie» du programme L’Avenir en commun pour La France insoumise.

Il a publié plus d’une vingtaine d’ouvrages, parmi lesquels plusieurs best-sellers d’initiation à l’économie. Avec son livre «La Déconnomie», paru au Seuil en novembre dernier, Jacques Généreux donnera une conférence (ouverte à tous) sur le thème «L’empire de la bêtise qui surpasse celui de l’argent», samedi 24 juin à 18h00 au Parc Saint-Mitre à Aix-en-Provence, à l’occasion de la journée de lancement de la 5ème édition des «Rencontres Déconnomiques». Celles-ci se déroulant également en sa présence, les 7,8 et 9 juillet au même endroit, durant trois jours ponctués de débats autour de : «Travail, robots, revenus… et la joie de vivre».

Vous avez sorti un ouvrage «La Déconnomie». Quel est votre définition de ce terme créé par «Les Rencontres Déconnomiques» ?
Bien sûr, j’adhère au projet des «Rencontres Déconnomiques» depuis le début, il y a 5 ans. D’ailleurs, je suis ravi d’y participer cette année, car je suis souvent pris à cette période. Je suis le premier économiste à parler de «Déconnomie» dans un livre. Je ne prends pas ce terme dans le sens ironique, ce n’est pas non plus une provocation, mais je n’en ai pas trouvé d’autre pour désigner le désastre économique en France, en Europe et dans les pays dits «démocratiques» (…) Depuis une trentaine d’années, c’est l’éloge de la folie qui est fait par la théorie économique dominante, laquelle n’est pas simplement discutable mais totalement absurde (!) On sait que l’extension du pouvoir de l’argent dans le capitalisme financiarisé, est un système fou qui se tue lui-même, mais depuis 30 ans, on voit se succéder les mêmes politiques économiques inefficaces, qui ne sont pas juste «impuissantes à nous sortir des crises», mais qui nous y enfoncent ! Par conséquent, tout cela est à proprement parler «déconnant», c’est-à-dire à la fois insensé, imbécile, catastrophique et incroyable.

Comment expliquer la domination persistante d’une économie régressive, qui fait du mal ?
Cette économie repose sur un système qui ne crée que de la valeur pour l’actionnaire, avec une productivité bien plus faible qu’avant, un véritable désastre écologique, un Capitalisme extrême qui exclut et appauvrit la plupart des gens et donc qui coûte à l’Etat, aux collectivités, aux salariés aggravant la crise. L’exemple de l’austérité infligée en 2007/2008 est probant, puisqu’on s’est enfoncé dans la crise ! L’obsession de l’équilibre budgétaire en Europe est une folie, portée par des économistes orthodoxes, type Jean Tirole ou Jacques Attali, confortés eux-mêmes, en tant que, ou par les éditorialistes dont le même discours vampirise la majorité des médias. C’est l’air du temps qui rend épidermique toute augmentation de la dépense publique, alors qu’on le sait, si on avait augmenté la dépense publique en 2007, on aurait évité une augmentation de la dette publique de 5 à 600 milliards aujourd’hui !

A un moment donné, on ne peut plus dire que la persistance d’un système qui ne profite qu’à 2% des Américains, à 20% des Anglais et 20% des Français, est dûe à une efficience… inexistante. On parle de compétitivité, mais si tous les pays baissent leurs coûts sociaux, ce sera justement la fin de la compétitivité et tout le monde sera plus pauvre ! A contrario, on ne peut faire de la majorité des économistes et journalistes «des agents au service du Capital». Je ne dis pas que certains n’ont pas une responsabilité, mais l’immense majorité des économistes ne sont pas ceux qui tirent vers eux un intérêt financier. Donc, si ce système perdure dans sa saignée économique et sociale, c’est bel et bien parce que ces économistes et journalistes croient à leur bêtise ! Les gens qui adhèrent y croient pour de bon. Ce qui va mal dans notre société, c’est l’effondrement de l’intelligence collective, des élus, journalistes, économistes, etc.

Est-ce ce même système qui a entraîné l’élection du gouvernement Macron ?
Notre cerveau n’est pas fait pour l’intelligence solitaire mais pour celle collective qui a besoin d’argument, de discussion partagée. Après avoir été ministre de Hollande, E. Macron s’est présenté comme n’étant ni de droite ni de gauche mais dans un renouvellement, basé sur les nouvelles têtes et non sur un nouveau programme puisqu’il s’agit du même ! Il y a eu comme un «bug» dans le cerveau de ses électeurs qui ne se sont pas mobilisés par l’intelligence, mais par l’idée de renouveau.

Comment voyez-vous l’avenir face aux conséquences de ce système qui nourrit les extrémismes ?
A la fin du désastre, il y a souvent la guerre. La question demeure tant que les générations d’abrutis ne voient pas l’eau monter parce qu’ils n’ont pas les pieds dans l’eau…

Propos recueillis par Houda Benallal
Article tiré de la Marseillaise  le 24 juin 2017

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