A Calais, les migrants et les associations face aux intimidations de la police

A Calais, environ cinq cents migrants tentent chaque nuit de passer en Angleterre. Huit mois après le démantèlement de la jungle et alors que l’été revient, ils sont plus nombreux chaque semaine. Et la tension avec les forces de l’ordre est palpable, quelques jours après la visite du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, qui ne veut pas d’un nouveau « point de fixation » à Calais. Pour les associations, il est devenu difficile de travailler. Les distributions de nourriture sur la voie publique sont surveillées et parfois interrompues par la police.  Reportage.

Sur un terrain vague. La distribution de nourriture et de vêtement a débuté depuis une vingtaine de minutes quand plusieurs voitures de police s’arrêtent à côté. « On va mettre un périmètre de sécurité s’il vous plaît. C’est un contrôle de police. »

C’est devenu le quotidien des migrants à Calais et des associations qui leur viennent en aide, rapporte notre envoyé spécial, Alexis Bedu. « On a eu une verbalisation pour non-présentation de carte grise, qu’on va devoir présenter au commissariat, explique Gaël Monzi, coordinateur d’Utopia 56. C’est de l’intimidation pure et dure.»

L’humanitaire dénonce les « entraves à la distribution alimentaire » quotidiennes. « On empêche de nourrir les gens, pour qu’ils partent de Calais, sous couvert que ça fait des points de fixation. Les gens ne viennent pas à Calais parce qu’on leur donne un repas. Ils viennent à Calais parce qu’ils ont de la famille en Angleterre. C’est vraiment une honte. Une honte. »

« Je pensais que ce pays c’était la démocratie »

La trentaine d’Ethiopiens obtempère et se disperse dans le calme. « Tous les jours ça se passe comme ça, commente l’un d’entre eux. L’autre jour, un copain s’est fait frapper. Il a eu des dents cassées. Moi, on m’a tapé sur la tête. Ils ont aussi pris mes vêtements et ma couverture. »

« Si je vais à cet endroit on me dégage, si je vais dans un autre, on me dégage à nouveau. Ou suis-je censé aller ? s’interroge un des hommes présents. Qu’est-ce que vous me voulez ? Je ne sais pas. Que me veut la police ? Je ne sais pas. Je pensais que ce pays c’était l’Europe. Je pensais que ce pays c’était la démocratie. »

Les Ethiopiens vont se poser quelques centaines de mètres plus loin et tenteront de dormir. Jusqu’au prochain contrôle. Selon les associations, les migrants seraient environ 500 à errer dans la ville dans l’espoir de passer en Angleterre.

« On a peur de la police et des gens racistes »

Khalid est afghan. Il vit depuis deux mois aux abords de Calais dans les bosquets et sur les terrains vagues. Pour lui, le quotidien est rude, dominé par la peur et la faim. Il doit tous les jours faire face aux violences et humiliations des forces de l’ordre.

« C’est très difficile, à cause de la police, et de certains habitants. Nous ne pouvons pas dormir dans ces bosquets. La nuit, le matin, la police vient tout le temps. Que pouvons-nous faire ? Nous ne savons pas quand ils vont venir, on reste sur nos gardes. On a peur de la police et des gens racistes. Ils nous attrapent et nous frappent devant tout le monde. Tous les jours, toutes les nuits nous sommes là. Parfois nous allons dans le centre-ville acheter un peu de nourriture au supermarché. Comme du pain par exemple. Quand les policiers nous attrapent, ils prennent le pain et le jettent à la poubelle. Pourquoi ? »

Khalid a essayé à plusieurs reprise de passer au Royaume-Uni mais sans succès. « La police nous attrape à la frontière. Là aussi ils nous frappent et nous gazent. Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il ne va pas avec nous ? Nous ne sommes pas des humains c’est ça ? Nous sommes des animaux ? »

Photo de garde : REUTERS – Pascal Rossignol
Article tiré de RFI  le 28 juin 2017

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