Le TGV pour les gagnants, les cars Macron pour les perdants

Avant d’inaugurer le TGV Paris-Bordeaux pour « les gens qui réussissent » samedi dernier, l’actuel président de la République avait pensé aux  « gens qui ne sont rien» avec la mise en place des cars Macron quand il était ministre. Il appartient désormais à Nicolas Hulot de faire le bilan carbone de ces politiques contradictoires dans les transports dix huit mois après la Conférence de Paris sur le climat.

Pendant deux jours, samedi et dimanche, les journaux télévisés, collant à la roue des chaînes d’information en continu, n’ont cessé de mettre en exergue le gain de temps permis par un Paris-Rennes en 1H25 et un Paris-Bordeaux  en 2H04 suite à l’inauguration de ces deux lignes samedi. Pour l’occasion le président de la République avait pris de train pour faire cette révélation aux bordelais lors de son arrivée à la gare Saint-Jean : « Une gare, c’est un lieu  où l’on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien».

Mais, il a fallu attendre que l’on retrouve cette phase dans les journaux pour que les médias audiovisuels s’en emparent. D’où l’intérêt de continuer de disposer d’une presse écrite. Les travaux sur ces deux lignes ont été financés  par Vinci sur la ligne Paris-Bordeaux et part Effage sur la ligne Paris-Rennes. De ce fait, prendre le train sur ces deux lignes coûtera relativement cher et sera donc plus facile pour « des gens qui réussissent » que pour « des gens qui ne sont rien ». Emmanuel Macron avait déjà pensé à ces derniers lorsqu’il était ministre. Les cars Macron roulent entre Paris et Bordeaux comme entre Paris et Rennes et plein d’autres villes, tandis que des sites mettent en ligne des comparateurs de prix entre Ouibus, Isilines, Eurolines et quelques autres « à partir de15€ ». Mais le bilan carbone par voyageur n’est pas pris en compte dans ce tarif qui met néanmoins les entreprises de transport en déficit sur ces lignes.

Concurrence mortifère au bilan carbone

On parle désormais de 30 allers-retours quotidiens pour le TGV Paris-Rennes. Dès lors, un Paris-Rennes en avion devient une perte de temps si l’on prend en compte celui qu’on met pour se rendre à l’aéroport, d’y arriver en avance, du fait aussi qu’on est encore loin du cœur de la ville en arrivant à l’aéroport de Rennes. Comment sera gérée cette concurrence entre le train et l’avion dans les prochains mois et les prochaines années ? On peut penser que des compagnies aériennes proposeront du low-cost aux passagers pour tenter de garder des parts de marché. Il en ira probablement de même entre Paris et Bordeaux.

On sait enfin que le bilan carbone d’un passager transporté le TGV est nettement plus bas que celui d’un passager d’un avion de ligne intérieure et d’un car Macron. Mais ces trois modes de transports vont se tenter de se piquer des parts de marchés les uns aux autres. Cette concurrence mortifère au bilan carbone élevé va s’accentuer dix huit mois tout juste après la conférence de Paris sur le climat. Elle avait pourtant retenu l’objectif de diviser par quatre nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. Voilà un sujet que pas un seul média audiovisuel n’a abordé ce week-end dans l’euphorie de l’inauguration de ces deux lignes de TGV.

Voilà aussi un sujet de méditation pour Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire avec Elisabeth Borne, la ministre chargée des Transports auprès de lui.

Photo AFP/Fred Tanneau
Gérard Le Puill
Article tiré de l’Humanité . le 3 juillet 2017

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