Quand le parlement s’est transformé en chambre d’enregistrement

Échanges tendus autour du projet de Loi discuté lundi. La méthode qui veut se passer du Parlement gêne jusqu’à la droite qui cependant se retrouve suffisamment sur le fond pour ne pas soutenir la motion de rejet préalable.

« Non, nous ne vous faisons pas confiance et nous n’avons pas de raison de le faire ! » Adrien Quatennens, député de la France insoumise a fait son baptême du feu hier à l’Assemblée nationale en plaidant pour une motion de rejet préalable de la proposition de loi d’habilitation présentée dans l’hémicycle.

Beaucoup a déjà été dit sur cette loi qui doit permettre au gouvernement de légiférer par ordonnance pour réformer le code du Travail. Elle a été présentée par la ministre du Travail Muriel Pénicaud qui a répété le plan général qui l’anime et qui prévoit, dans la foulée, la réforme de la formation professionnelle, de l’assurance chômage etc. Elle a dit que « les TPE et PME » étaient son « fil rouge », que sa conviction était que « l’entreprise n’est pas un lieu systématique de conflits mais aussi une communauté humaine », martelant les mots « liberté », de « confiance » et de « dialogue social ». Des arguments qui sont les siens depuis le début.

« Puissant anesthésiant »

« Un exposé pavé de bonnes intentions mais un puissant anesthésiant car vous prospérez sur la confusion : les acteurs, les costumes changent mais le scénario est le même depuis 15 ans » lâche Adrien Quatennens. En l’occurrence la politique de l’offre et la même volonté de prétendre que les droits sociaux sont un obstacle à l’emploi. Bien sûr, il s’attaque au fond, profitant de la tribune pour rappeler le programme de LFI en la matière : « un protectionnisme social car nous ne serons jamais compétitifs face à ceux qui produisent à vils prix dans des conditions sociales et environnementales insupportables » et « une relance de l’activité par des activités sociales utiles grâce à la planification écologique ». Mais surtout, il s’en prend à la forme, aux choix des ordonnances « nous demandant de renoncer à notre rôle de législateur », à la vitesse imposée interdisant tous débats.

Des propos qui trouvent échos. Chez les députés de la Gauche démocrate et républicaine avec Huguette Bello qui pointe « le paradoxe de prôner la fin du cumul des mandats pour rendre les députés plus disponibles pour travailler et, en même temps, vouloir ainsi se passer du Parlement ». Mais aussi chez les Constructifs où Francis Vercamer qui souligne que « ordonnances, délais…Cela ne va pas dans le sens de ce que disait le président ». Pas au point de voter pour la motion de rejet cependant.

Un point que l’on retrouve aussi chez Ericka Bareights qui pour la Nouvelle Gauche va proposer un renvoi en commission qui n’aura pas plus de voix, pour « prendre le temps de concerter, consulter, évaluer » sans « court-circuiter l’assemblée ». D’autant que son collègue Boris Vallaud, nommé rapporteur, a eu à « porter un regard sur l’étude d’impact» et conclut à « des études non sourcées », des « manques de précisions ». Or, souligne la députée de la Réunion, « le risque de vos réformes est la précarisation, comme en Allemagne qui a fait baisser le chômage en développant massivement l’emploi précaire ». A chaque tentative, la ministre Muriel Pénicaud répète les mêmes arguments : « non ce n’est pas un blanc seing », « une réforme promise par le président », « l’urgence est là », « il faut faire confiance ».

Discussion générale

La discussion générale commence alors. Avec un Gérard Cherpion de LR qui critique la forme mais dit retrouver ses petits – ou plutôt « les propositions réalisées durant la mandature précédente mais jamais écoutées ». Avec Patrick Mignola (MoDem) totalement séduit par la nouvelle majorité qui va permettre « d’aller vite et visez juste ».

« Vous voulez rendre légal et acceptable ce qui était indigne jusque là » tempête Caroline Fiat de LFI en citant Goodyear, Conti, Tati… Pierre Dharreville, député communiste des Bouches-du-Rhône qui prend la parole dans la foulée y ajoute « les militants», « les ouvriers qui n’ont pas disparu », « les hommes et femmes qui se sont battus contre la loi El Khomri » et veut que « la loi soit faite depuis le quotidien», « pas pour faciliter la vie de vos amis DRH ». Et d’interpeller la ministre – « Vous parlez de dialogue social mais pour éviter le monologue patronal il faut que la puissance publique tienne son rang » – puis les députés LREM : « cet acte vous nomme et dira qui vous êtes ».

Angélique Schaller
Article tiré de la Marseillaise . le 11 juillet 2017

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s