Perturbateurs endocriniens – Deux listes pour rien ?

Le gouvernement a rendu public, le 13 juillet, le nom de centaines de pesticides et biocides présents sur le marché français et contenant au moins une substance considérée comme perturbateur endocrinien (PE). Une mesure loin d’être suffisante pour les ONG.

C’était l’une des promesses du gouvernement. Le ministère de la Transition écologique et solidaire et celui de l’Agriculture ont publié sans fanfare, jeudi 13 juillet, deux listes de pesticides et biocides mis sur le marché français et qui contiennent au moins une des substances identifiées par la Commission européenne comme perturbateur endocrinien (PE). Ces substances chimiques, omniprésentes dans les produits du quotidien (pesticides, plastiques, cosmétiques, conditionnements alimentaires…), sont suspectées de modifier le système hormonal et d’être à l’origine de diverses maladies (cancer du sein, infertilité, diabète, obésité, troubles du comportement etc.).

Il s’agit d’une première mesure nationale qui fait suite à l’adoption, le 4 juillet, par les Etats membres de l’UE, des critères de définition des perturbateurs endocriniens utilisés dans les pesticides. Ce jour-là, après un an de bataille acharnée, la France, qui s’était jusque-là opposé aux côtés du Danemark et de la Suède, avait finalement accepté la définition proposée par la Commission.

Ce revirement avait provoqué un véritable tollé au sein des ONG. En cause : un niveau de preuve exigé qui reste trop élevé pour sélectionner les molécules qui mériteraient d’être interdites. Elles s’insurgent également du maintien d’une dérogation, ajoutée à la hâte fin 2016, qui prévoit que les pesticides conçus pour avoir un effet sur des insectes ciblés avec un mode d’action de perturbateur endocrinien ne seraient pas interdits, même s’ils ont des effets sur d’autres insectes non ciblés à l’origine. Une exception qui avait été le fruit d’un intense lobbying de l’industrie chimique allemande, dont Bayer.

De son côté, le nouveau ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, qualifiait cette définition d’«avancée majeure». Et promettait, en parallèle, l’adoption de plusieurs mesures nationales, dont cette fameuse liste.

Le but ? Orienter les citoyens, agriculteurs et professionnels dans leurs choix d’achats, «en l’attente de l’entrée en vigueur concrète de l’exclusion européenne». Ces listes – non exhaustives – contiennent les noms d’environ un millier de biocides pour la première (insecticides pour la maison, produits de protection du bois ou pour l’hygiène vétérinaire), et près de 600 phytosanitaires (fongicides, herbicides, insecticides) pour la seconde. Elles sont le fruit d’une précédente étude d’impact de la Commission européenne. «Des substances sont donc susceptibles de ne plus figurer dans cette liste après analyse détaillée par les agences sanitaires européennes. A l’inverse, d’autres substances non identifiées à ce jour peuvent y être intégrées ultérieurement», prévient le ministère.

«Aller plus loin»

Contactée par Libération, l’ONG Générations futures ne voit pas «l’utilité» de ces listes. «Elles seront fausses demain quand les critères adoptés par la Commission seront effectifs», déplore son directeur, François Veillerette. «Ces listes ne portent en plus que sur les produits commerciaux. Il manque une troisième colonne, celle des matières actives concernées pour qu’on y voit plus clair», poursuit-il. Un avis partagé par Charlotte Lepitre, de France Nature Environnement, qui, contactée par l’AFP, juge cette liste «trop restreinte» et appelle la France à «aller plus loin».

Le combat continue pour les ONG qui appellent désormais les députés européens à rejeter ces critères. Rien n’est gagné. «Le texte final, tel qu’adopté avec la dérogation, ne répond pas aux objectifs du règlement de 2009 sur les pesticides, voté par le Parlement. Les eurodéputés pourraient s’appuyer sur cela pour refuser les critères», espère François Veillerette. Une pétition, lancée dans ce sens par Générations futures, a rassemblé à ce jour plus de 10 500 signatures.

Photo de garde : AFP – Rémy Gabalda

Estelle Pattée
Article tiré de Libération  le 18 juillet 2017
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