Va-t-on atteindre les 25 % de coupes dans le budget accordé aux droits des femmes ?

La secrétaire d’Etat Marlène Schiappa distille le flou sur les chiffres exacts de la baisse de son enveloppe «ministérielle» et énerve les associations féministes.

C’est officiel, le secrétariat d’Etat à l’Egalité entre les femmes et les hommes n’échappera pas aux coupes budgétaires orchestrées par Gérald Darmanin, le ministre des Comptes publics, en ce début de quinquennat. Marlène Schiappa a confirmé lundi sur LCI la baisse de son enveloppe «ministérielle» sans toutefois en détailler la proportion. Furax, les associations féministes ont décidé de riposter, notamment en interpellant Emmanuel Macron via les réseaux sociaux ce mardi. Depuis dimanche et le premier article du JDD, la polémique n’a fait qu’enfler par manque d’informations, de clarté et de transparence. Petit récapitulatif de la situation.

La coupe se chiffre-t-elle à 25 % du budget ? Si Marlène Schiappa parle de «fake news sortie de nulle part», les associations féministes maintiennent cette information. «On nous a laissé entendre que 25 % serait la fourchette haute, en nous faisant clairement comprendre qu’il ne fallait pas s’attendre à une petite baisse de 5 %». La fuite proviendrait de l’entourage proche du secrétariat d’Etat lui-même. Si le pourcentage se révélait exact, le budget annuel alloué aux droits des femmes passerait de 26,9 millions (le plus faible budget ministériel du gouvernement Macron) à 20,1 millions d’euros. Un coup de rabot qui pourrait directement impacter le Service des droits des femmes rattaché au secrétariat d’Etat, chargé d’accompagner et de dialoguer avec les associations sur le terrain.

Les associations en danger ont-elles été alertées ? C’est ce que prétend la secrétaire d’Etat à l’Egalité entre les hommes et les femmes. Pourtant, aucune des associations réunies lundi pour organiser la contre-attaque n’a mentionné un quelconque mail ou appel téléphonique de la part de son cabinet. «On était une quinzaine d’assos et personne n’en a entendu parler. On est un réseau très soudé, si un organisme se voyait couper ses moyens, bien sûr qu’il en parlerait aux autres.» A l’heure actuelle, toutes les associations n’ont pas encore été sondées. Cette information ne peut donc être à 100 % certifiée.

Les associations de lutte contre les violences sexistes et sexuelles privilégiées Libération s’est procuré la note de cadrage budgétaire présentée très brièvement par la secrétaire d’Etat lundi sur LCI. Résultat : comme annoncé, les coupes de crédit ne concerneront pas les associations accueillant les femmes victimes de violences sexistes et sexuelles, que la ministre souhaite «sanctuariser». Une fausse bonne nouvelle pour Raphaëlle Rémy-Leleu, porte-parole d’Osez le féminisme :«On lutte toutes contre les violences, il n’y a pas à différencier les associations puisque c’est un tout qui fonctionne ensemble. Cette stratégie agressive et cette volonté de diviser les féministes entre elles ne sont pas de bon augure.»

Certaines associations attendent toujours le versement de leurs subventions. Et les têtes de réseaux nationaux n’y échappent pas. Le Planning familial n’a toujours pas reçu la première moitié de son budget public pour l’année 2017, la Fédération nationale solidarité femmes (qui s’occupe notamment du numéro d’appel 3919) patiente depuis début janvier pour toucher 50 % de la somme qui lui est destinée. Pire, l’AVFT (Association contre les violences faites aux femmes) survit depuis sept mois grâce à des crédits bancaires faute d’un renouvellement de convention qui tarde à être signé. «On a l’habitude, on a toujours des retards», tient à préciser Veronica Noseda, coordinatrice nationale du Planning familial. «Mais ce retard peut prendre une tout autre signification dans un contexte de restriction budgétaire. Là, on se demande : est-ce qu’on aura une tranche diminuée ou est-ce qu’on n’obtiendra rien de notre ancienne tranche ? C’est flou et très inquiétant.» Seule certitude : «les reconductions de subventions automatiques» critiquées par Marlène Schiappa ne semblent donc pas concernées grand monde.

Photo de garde : AFP – Christophe Archambault
Mourad Guichard et
 Anaïs Moran
Article tiré de Libération  le 18 juillet 2017

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