Disparition de Claude Rich, l’anxieux optimiste

Dès 1960, il a éclaté au théâtre dans une pièce de Françoise Sagan. Sa carrière cinématographique fut plus longue à démarrer et, malgré ses beaux rôles chez Resnais ou Lautner, il dû attendre d’interpréter l’inoubliable Talleyrand chez Molinaro en 1992 pour décrocher son premier César. Claude Rich, homme et acteur élégant, s’est éteint le 20 juillet 2017. Il avait 88 ans.

Le cinéma, au début, lui réserve des rôles de jeunes premiers funambules, presque des valets de comédie. Claude Rich est fin, mince, souple, aérien, il distille ses répliques avec une ironie suave, comme s’il les retenait, un temps, dans sa gorge, afin de leur faire un sort. Il charme autant qu’il agace, en fait : dans Les Tontons flingueurs, de Georges Lautner (1963), Lino Ventura ficherait volontiers quelques baffes à l’insupportable fiancé de sa protégée et Louis de Funès ferait volontiers de même avec l’employé encombrant d’Oscar, d’Edouard Molinaro (1967).

Il tourne donc des rôles de faire-valoir un peu indignes de lui. Très vite, heureusement, les réalisateurs mesurent l’étendue de son talent, sa façon très personnelle de suggérer l’ambiguïté. Sa gravité secrète s’épanouit chez Michel Deville (Ce soir ou jamais,1961), Henri Colpi (Mona, l’étoile sans nom, 1966) et Yannick Bellon (La Femme de Jean, 1974). Mais son plus beau rôle de l’époque reste Je t’aime, je t’aime,d’Alain Resnais (1968) : il y incarne un homme qui, après un suicide raté, accepte qu’une équipe scientifique en fasse le cobaye d’une machine à voyager dans le temps. Alain Resnais parle de son comédien comme d’un « violoniste qui se désaccorderait quand ça l’arrange ». Claude Rich, lui, n’arrive pas à se résoudre à terminer un film dont il mesure, à juste titre, l’importance. « On a recommencé la dernière scène et une larme m’a rempli l’œil, et a coulé. C’est la prise qui a été retenue. Le cinéma est une suite de moments où tout se met en place comme par miracle »…

Le jeune Claude commence par être employé de banque. C’est qu’il lui faut aider sa mère qui élève, seule, ses quatre enfants. Horreur totale… La lecture de Mort à crédit, de Louis-Ferdinand Céline, le sauve. « Ma vie n’était pas aussi misérable que celle qu’il décrivait, mais certains épisodes ressemblaient à la mienne et, ainsi écrite, elle devenait de l’art »… Au Conservatoire, où il à décidé de s’inscrire, il rencontre Jean-Paul Belmondo, Annie Girardot, Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort, une bande de potes à qui il restera fidèle toute sa vie.

 

C’est en 1960 qu’il éclate au théâtre. Françoise Sagan est une idole, sa première pièce, Château en Suède, un triomphe, et Claude Rich s’y fait particulièrement remarquer, aux côtés de Françoise Brion et de Philippe Noiret. Les années suivantes, il jouera avec force ambiguïté Le Retour, d’Harold Pinter (1966), comme Lorenzaccio, de Musset, à la Comédie-Française (1976). Il écrira lui-même plusieurs pièces, douces-amères, joliment oniriques et absurdes, dont Le Zouave (1975), Un habit pour l’hiver (1979) et Une chambre sur la Dordogne (1987). Dans Le Souper,de Jean-Claude Brisville (1989), il interprète Talleyrand face à Claude Brasseur (Fouché) avec une subtilité machiavélique et une diction tout aristocratique. La transposition sur grand écran de la pièce par Edouard Molinaro lui vaudra le César du meilleur acteur en 1992.

 

Au cinéma, on se souviendra de lui en juge à l’inquiétante pureté dans Adieu poulet,de Pierre Granier-Deferre (1975), en flic pas net dans La Guerre des polices, de Robin Davis (1979), et en violoniste tsigane à la retraite dans La Bûche, de Danièle Thompson (1999). « Il est comme un joueur de jazz qui fait des variations chaque fois différentes pour le plaisir, et aussi pour épater ! » disait de lui Bertrand Tavernier, qui le dirige dans Capitaine Conan et La Fille de d’Artagnan… Celui qui se disait avec élégance et ironie un « anxieux optimiste » est mort le 20 juillet. Il avait 88 ans.

Photo de garde : Alain Adler / Roger Viollet
Pierre Murat
Article tiré de Télérama  le 21 juillet 2017

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s