Les chiens aboient, la caravane passe

Voilà donc le clou du spectacle de l’année « Marseille capitale européenne du sport 2017 » : le contre-la-montre finale du 104e Tour de France, tracé intra muros, et visitant à l’exception notable des calanques les lieux les plus touristiques de la cité phocéenne. Une jolie carte postale à l’adresse du monde entier dont le timbre vaut près de deux millions d’euros.

A ce prix-là, c’est garanti, les retombées touristiques et économiques vont bondir, faisant de la ville le fleuron du pourtour méditerranéen. Les premiers touristes attendus ce week-end pourront le constater, à condition qu’ils puissent accéder à leurs hôtels. Ils iront manger une bonne bouillabaisse, à condition que les restaurateurs situés à proximité du parcours n’aient pas baissé le rideau, devant l’impossibilité de se rendre sur leur lieu de travail. Heureusement, ceux qui resteront le dimanche pourront profiter de la réouverture des routes pour emprunter les transports en commun, deux lignes de métro et trois de tramway desservant parfaitement l’hypercentre.

Bien sûr – et on ne l’apprendra pas aux restaurateurs – on ne fait pas d’omelette sans casser d’oeufs. Vu à la TV, le Tour traverse la France sur des routes impeccablement bitumées, sous le regard d’un nombreux public. L’envers du décor, c’est que le périmètre est bouclé, archi-sécurisé, la chaussée refaite à neuf par les collectivités, les hôtels hors de prix et les embouteillages fréquents aux abords du parcours (il n’y avait qu’à passer par le redouté péage de Lançon-de-Provence ce vendredi à midi pour comprendre que l’après-midi des vacanciers allait être encore plus longue que prévue).

C’est le supplément à payer pour les « autochtones » chez qui la Grande Boucle s’invite. Quels bénéfices en tireront-ils après son passage ? Pour l’heure, cela se cantonne à une portion de route, la montée de Notre-Dame de la Garde, refaite à neuf de nuit, en plein mois de juillet. Y aura-t-il le même zèle, le même budget, ou à défaut au moins le même soutien, dans les mois prochains, pour donner une place au vélo dans la ville ? Pour les clubs qui apprennent aux enfants à se servir d’un moyen de transport non polluant ? Pour les organisateurs des courses professionnelles ou amateurs de la région ?

Samedi, la carte postale de la ville expédiée au monde entier aurait pu être plus vivante. Elle sera tout de même belle car, comme on aime à le dire aux esprits grincheux : « Les chiens aboient, la caravane passe ». Celle du Tour, publicitaire, gavera les passants de casquettes, t-shirts, saucissons ou madeleines. Alors, de quoi se plaint-on ?

Gael Biraud
Article tiré de la Marseillaise  le 22 juillet 2017

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