Un an après, où en est l’enquête sur la mort d’Adama Traoré ?

Après plusieurs mois d’enquête pour déterminer les responsabilités de chacun dans la mort du jeune homme de 24 ans, franceinfo fait le point sur les avancées du dossier.

Le 19 juillet 2016, Adama Traoré trouvait la mort le jour de ses 24 ans dans une gendarmerie du Val-d’Oise après une intervention de la gendarmerie. Un an après, il reste de nombreuses zones d’ombre dans ce dossier. La famille du jeune homme continue de réclamer des réponses. Elle organise d’ailleurs, samedi 22 juillet à Beaumont-sur-Oise (Val-d’Oise), une conférence de presse et une marche en mémoire d’Adama Traoré.
Franceinfo se demande où en est l’affaire après un an d’enquêtes.

La cause de la mort : l’asphyxie

Adama Traoré est mort étouffé. Une nouvelle expertise demandée par la famille du jeune homme, début juillet 2017, a confirmé la thèse de la mort par asphyxie. Ce rapport confirme ainsi les deux premières expertises réalisées en juillet 2016 qui évoquait déjà un « syndrome asphyxique ».

Reste à déterminer les raisons de cette asphyxie. La nouvelle expertise de 2017 écarte à nouveau l’existence de « lésions d’allure infectieuse »mentionnées dans la toute première autopsie et mises en avant par les autorités à l’époque, mais non relevées lors de la contre-expertise. « L’expertise écarte définitivement la thèse développée par l’ancien procureur de Pontoise, que le décès résultait d’une infection grave des différents organes d’Adama Traoré », indiquait début juillet Yassine Bouzrou, avocat de la famille Traoré.

Il s’agit d’une expertise très importante qui va clairement à l’encontre des déclarations faites par les autorités de Pontoise et mettent en cause les gendarmes de Beaumont-sur-Oise. Yassine Bouzrou à franceinfo

Reste l’hypothèse d’une cardiomyopathie, une anomalie cardiaque, qui aurait pu exposer le jeune homme à une mort subite. Selon ses auteurs du dernier rapport, l’hypothèse d’une cardiomyopathie « ne peut être retenue avec certitude », mais les avocats des gendarmes comptent bien s’appuyer sur la possibilité de ce scénario. Selon une source proche du dossier cité par l’AFP, la question de savoir si Adama Traoré est mort par asphyxie en raison d’une fragilité cardiaque ou d’une compression thoracique lors de l’intervention des gendarmes, ou des deux facteurs cumulés, « n’est pas tranchée » à ce stade des investigations.

Les conditions de l’interpellation : musclées

Comme le racontait franceinfo au moment des faits, l’interpellation d’Adama Traoré a été réalisée en raison d’un refus du jeune homme de se soumettre à un contrôle d’identité. Selon l’avocate des gendarmes, Caty Richard, il a tenté d’échapper à plusieurs reprises aux gendarmes. « Lorsqu’il rattrape Adama Traoré, celui-ci fait mine d’obtempérer et de sortir ses papiers. C’est à ce moment-là qu’il bouscule le gendarme et reprend la fuite. A ce moment, ils sont dans le cadre d’une interpellation », explique l’avocate dans une interview au Parisien. 

Les premiers éléments de l’enquête, avec notamment les auditions des gendarmes, avaient mis en évidence les méthodes musclées des forces de l’ordre qui ont fait pression avec leur corps pour maîtriser le fuyard. « Les gendarmes en témoignent eux-mêmes, ils ont dit qu’Adama a été écrasé par le corps de trois d’entre eux », rappelle à franceinfo Assa Traoré, la sœur de la victimeSelon le locataire de l’appartement dans lequel Adama Traoré s’était réfugié, interrogé par franceinfo, les gendarmes n’ont cependant pas asséné de coups à Adama Traoré lors de l’interpellation.

Vous imaginez 240 kilos sur le corps d’un seul homme ? Les coupables, on peut les désigner très rapidement. Assa Traoré à franceinfo

La non-assistance à personne en danger : toujours à déterminer

Une autre interrogation que doit trancher l’enquête porte sur les secours prodigués à Adama Traoré. Juste après son interpellation musclée, Adama Traoré signale qu’il a des difficultés pour respirer, raconte un gendarme dans son audition. « L’individu se plaint d’avoir du mal à respirer. Moi, je sentais qu’il respirait normalement, je voyais ces mouvements thoraxiques. »

Son décès sera constaté environ une heure et demie après cette interpellation. Selon la famille, les gendarmes ont mis du temps avant de prévenir les secours. « Un gendarme m’a indiqué que la victime simulait et que c’était quelqu’un de violent, raconte un pompier lors d’une audition à laquelle l’émission « Quotidien » a eu accès. « Quand j’arrive, il y a du monde autour de lui, mais personne ne s’en occupe. »

La victime se trouve sur le ventre, face contre terre… Un pompier à l’émission « Quotidien »

A ce jour, l’enquête ne permet toujours pas de déterminer avec précision les responsabilités des gendarmes dans la mort d’Adama Traoré. Il n’y a d’ailleurs eu aucune mise en examen. Les trois militaires pourraient cependant être convoqués en septembre par le juge d’instruction.

Photo AFP/Thomas Samson
Clément Parrot
Article tiré de Franceinfo . le 22 juillet 2017

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