L’ex-DRH Pénicaud met son ministère au régime parano

Gérer le ministère du Travail comme une boîte privée, c’est un peu l’ambition affichée par Muriel Pénicaud qui n’hésite pas, au besoin, à porter plainte contre ses collaborateurs. Ambiance assurée rue de Grenelle…

À peine nommée ministre du Travail, Muriel Pénicaud n’a pas tardé à imprimer sa marque de fabrique. L’ancienne DRH, passée par Danone et Dassault, a appliqué à la lettre les principes du management privé : verrouiller la com à double tour, traquer la moindre fuite, ne pas hésiter à attaquer en justice si cela semble nécessaire. Cet activisme ne l’a pas empêchée de se retrouver rattrapée par des soupçons de favoritisme (voir encadré), mais a suffi pour instaurer une drôle d’ambiance au sein du ministère. À la suite de plusieurs fuites dans la presse ­ dont des articles parus dans « le Parisien » et « Libération » début juin, qui dévoilaient le contenu du projet de loi travail ­, la ministre a décidé de porter plainte contre X pour vol, violation du secret professionnel et recel. « Ce sont quelques personnes qui ont enfreint la loi, le secret professionnel, qui ont volé ou divulgué des documents, se justifie la ministre. Je peux vous dire que chez les agents du ministère, c’est très mal perçu. Ils se sentent très atteints que l’un des leurs puisse faire une chose qui est si contraire aux lois de la République. »
Ce n’est pas vraiment le discours des salariés de la direction générale du travail (DGT) interrogés par l’« HD ». Dans l’ensemble, c’est surtout l’attitude de la ministre qui choque. « Cela fait quarante ans que je travaille dans ce ministère, et c’est la première fois que je vois l’administration porter plainte après une fuite, assure Robert Gutierrez, chef de division et responsable CGT. Pourtant, ce n’est pas la première fois qu’un document sort dans la presse… Du coup, ça a considérablement tendu l’ambiance entre les collègues : au lendemain de la plainte, tout le monde se regardait en chiens de faïence. » Comment le fameux document s’est-il retrouvé publié dans la presse ? Selon les bruits de couloirs, c’est une note de service photographiée au smartphone qui aurait ensuite été transmise aux journaux. Personne ne sait quelles étaient les motivations de la fuite (prise de conscience politique, banal règlement de comptes interne…), mais les salariés de la DGT n’ont pas tardé à faire les frais de la nouvelle politique maison.

Pour empêcher les fuites, l’intranet a tout simplement été coupé. Sans prévenir et pendant une semaine.

Une chargée de mission raconte, sous couvert d’anonymat, comment la direction a réagi au lendemain d’un autre article, paru cette fois dans le mensuel « Alternatives économiques » : « Ils nous ont tout simplement coupé l’intranet (réseau informatique interne), sans nous prévenir ! Cela a duré une semaine, pendant laquelle nous n’avons plus pu échanger les dossiers entre collègues comme nous avons l’habitude de le faire. Depuis, l’ambiance chape de plomb s’est un peu calmée, mais les gens hésitent davantage à discuter entre eux du fond des dossiers… »
Une cellule a été mise en place au sein de la DGT, constituée de membres triés sur le volet chargés de plancher sur la rédaction des ordonnances réformant le Code du travail. Avec consigne d’en dire le moins possible aux collègues qui n’ont pas la chance d’être dans le secret des dieux… Cela suffira-t-il pour empêcher les fuites ?

UNE CASSEROLE ENCOMBRANTE

Le feuilleton Business France (BF) continue. En 2016, cet organisme alors dirigé par Muriel Pénicaud est chargé de mettre sur pied une soirée à Las Vegas autour d’Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie. Problème : BF s’est visiblement affranchie de toutes les règles concernant les marchés publics en confiant la gestion de l’événement au géant de la communication Havas sans appel d’offres, pour un coût exorbitant (environ 300 000 euros). Selon un mail récemment dévoilé par « le Monde », Muriel Pénicaud était au courant du détail de l’opération dès fin 2015. Une enquête préliminaire a été ouverte pour favoritisme, confiée au juge Van Ruymbeke.
 Photo AFP
Cyprien Boganda
Article tiré de l’Humanité  le 23 juillet 2017
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