Adrien Quatennens – «Le risque, ce serait de faire de La France insoumise un parti figé»

Pour le député FI du Nord, porte-voix de son groupe à l’Assemblée contre la réforme du code du travail, le projet du gouvernement est d’une dureté sociale absolue. Le jeune élu veut prendre sa part dans la structuration du mouvement, mais estime qu’il faut se garder d’en figer le dynamisme.

Il est devenu en quelques jours la voix de La France insoumise concernant la réforme du droit du travail. Élu député à Lille à l’âge de 27 ans, Adrien Quatennens a passé son baptême du feu en soutenant la motion de rejet préalable au nom de la FI au début de l’examen du projet de loi d’habilitation du gouvernement à légiférer sur ordonnances. Un discours d’une trentaine de minutes applaudi à gauche, et remarqué par les médias.

Quel regard portez-vous sur cette première séquence parlementaire avec le vote de la loi d’habilitation ?

Avec les moyens dont nous disposions pour faire ce que nous avions à faire, j’ai le sentiment de la tâche accomplie. Malgré un rapport de force qui n’est pas favorable, nous n’avons pas déserté le travail parlementaire. Nous ne partons pas du principe que, parce que nous sommes de fait minoritaires, nous devons être silencieux, c’est même plutôt le contraire. Notre idée était de faire en sorte d’intervenir autant que faire se peut, sans non plus faire de l’obstruction parlementaire. Une centaine d’amendements sur un texte comme celui-ci, on ne peut pas appeler ça de l’obstruction. On a fait un travail assez méthodique de démonstration, de décryptage. La moitié des amendements que nous avons déposés allaient dans le détail du texte, alinéa par alinéa. On démontrait, on contre-proposait, on essayait d’éclairer le débat. Pour l’autre moitié des amendements, on s’est servi des occasions pour pouvoir contester la méthode, et d’abord le recours aux ordonnances. La seule réponse qui nous a toujours été opposée est que c’était une annonce de campagne d’Emmanuel Macron. Ce n’est pas une raison pour ne plus en discuter.

Au-delà, il y a l’empressement avec lequel ce texte a été proposé. Il nous a été mis entre les mains à peine étions-nous arrivés à l’Assemblée. Nous n’avions encore ni collaborateurs, ni bureaux. On apprend le mercredi que l’on n’a que jusqu’au lundi pour l’amender, ce fameux lundi où le président avait convoqué le Congrès à Versailles. Du coup, on s’est mis en ordre de bataille tout de suite, avec des moyens limités, en faisant appel notamment aux copains qui avaient travaillé sur le code du travail pendant la campagne présidentielle et les premiers assistants parlementaires envisagés qui n’avaient pas encore été recrutés. Cela a été une motivation supplémentaire pour ne pas aller au Congrès de Versailles. Il s’agissait de contester la posture jupitérienne de Macron, mais il y avait aussi le fait qu’à ce moment-là, la commission des affaires sociales attendait nos amendements. On voit bien que le dispositif de Macron est très habile, rien n’est laissé au hasard.

Ce projet de loi est d’une dureté sociale absolue. Derrière les poncifs – « libérer les énergies », « le monde change », « faire le pari du dialogue social » – se cache une négation des rapports de force qui existent dans l’entreprise, même si l’entreprise ne peut se résumer à cela. On fait de l’accord d’entreprise la règle et de l’accord de branche l’exception. On fait un potage hasardeux avec les instances représentatives du personnel, pour obtenir une instance fusionnée dont on ne voit pas bien les contours sinon qu’elle permet de retirer des leviers d’action aux représentants des salariés. On fixe un barème des dommages et intérêts versés en cas de licenciement abusif… Bref, tout y passe. Il n’y a pas de corrélation entre la baisse des droits des salariés et la baisse du chômage, contre lequel on prétend lutter. C’est une vue de l’esprit. C’est la feuille de route du Medef et de la Commission européenne, et c’est à rebours de ce qu’il conviendrait de faire : relancer l’activité de manière socialement utile et écologiquement soutenable. Le problème, ce n’est pas le code du travail. C’est le carnet de commandes. Il apparaît ainsi clairement que la trajectoire du gouvernement n’est pas de servir l’intérêt général, mais de poursuivre l’entretien de quelques intérêts particuliers.

Vous êtes apparu très vite comme le porte-parole du groupe de La France insoumise sur ce projet de loi. Comment cela s’est-il passé ?

Il y a eu deux séquences similaires, la première étant une miniature de la seconde. La première semaine en commission des affaires sociales, où j’avais choisi de siéger. Nous y sommes trois du groupe et avions décidé que je serais le porte-parole des travaux sur le texte. Cela m’a permis d’avoir quelques premières passes d’armes qui ont plutôt bien fonctionné. C’était un baptême du feu. Le débat était lunaire. Le rapporteur et la présidente n’ont pas balayé d’un revers de la main le travail d’amendement que nous avions fait, mais il y a eu une très claire inflexibilité. Le texte ne devait pas bouger. Le rapporteur tenait le rôle de verrou.

Le texte arrive ensuite en séance et on décide de déposer une motion de rejet pour contester la méthode. Nous avons également déposé une motion de retour en commission. Il y a eu un tirage au sort, car plusieurs groupes avaient déposé ce type de motion. Donc, en fin de semaine, on a su qu’on aurait trente minutes de prise de parole le lundi suivant. Dans le groupe, rapidement, il s’est dit que, au vu de ce que j’avais fait la première semaine, j’allais m’y coller. Le week-end, à Lille, j’ai travaillé sur le discours, surtout pour calibrer la demi-heure. Essayer de faire d’une pierre le plus de coups possible. S’est ensuivie une déferlante médiatique, à laquelle je ne m’attendais pas du tout et que je n’avais absolument pas anticipée. Pour moi, je n’ai fait rien de plus que ce que j’avais à faire, sans rien demander pour moi-même.

Ce discours, je l’ai écrit seul, comme c’était mon habitude de le faire pendant la campagne, personne ne l’a relu, j’y tenais. Jean-Luc Mélenchon, dix minutes avant, m’a demandé si je voulais lui montrer, et je lui ai dit : « Non, il ne reste plus assez de temps, tu me diras ce que tu en penses après l’avoir entendu. » On voit sur les images que, sur les bancs, lui et les autres députés du groupe se demandent dans quelle direction je vais aller. À la fin, ils sont contents, pari gagné.

Le débat en séance a-t-il été satisfaisant de votre point de vue ?

On a vécu dans l’hémicycle ce qu’on avait vécu en commission, avec un peu plus d’interaction néanmoins, plus d’interventions y compris des gens de LREM qui avaient été d’un silence absolu. J’ai senti pendant ces débats que notre méthode, qui consistait à être parfois piquants mais plutôt bienveillants et pédagogues, a fonctionné. On a fait ce pari qui consiste à ne pas être que dans la posture d’opposition frontale, pour ne pas être réduits à du témoignage. On a envie de faire autre chose pendant ces cinq années.

On perçoit qu’il y a quelques signes, au bout de trois semaines, de fissuration dans la majorité. À la fois il y a eu un besoin de recadrage par Macron lui-même, il y a eu une première fronde. C’est propre à eux-mêmes, cela ne nous concerne pas. Mais il est vrai que lorsque La France insoumise intervient, même au milieu du brouhaha, je constate une attention. Même dans les couloirs, tout doucement, on est approchés sur la pertinence de nos interventions. Les langues commencent à se délier un peu. Si l’on continue à taper fort et juste, on peut a minima ébranler quelques certitudes et, pourquoi pas, en convaincre quelques-uns. C’est l’objectif. Pour les moins charpentés d’entre eux idéologiquement, il y a quelque chose à faire. Finalement, c’est notre méthode, comme dans le militantisme. On ne sélectionne pas les gens à qui l’on s’adresse. On s’adresse à tout le monde, avec l’objectif de convaincre. On le fait à l’extérieur, et on le fait aujourd’hui ici aussi. De l’éducation populaire dans l’hémicycle, en quelque sorte.

Comment qualifiez-vous votre relation avec Jean-Luc Mélenchon, dont la figure écrase le groupe ?

Jean-Luc est très soucieux de la transmission, de permettre notamment aux plus jeunes d’entre nous de monter en compétences, de nous exprimer, de trouver notre propre patte, de ne pas forcément être dans le mimétisme. Il est humble par rapport à ça, il le met peu en avant. Il laisse les médias cultiver la posture du chef de guerre qui ne laisse rien passer. Alors que, en réunion de groupe ou avec nous au quotidien, ce n’est pas le cas. La République en marche me paraît bien plus bordée que nous.

Je connais Jean-Luc Mélenchon depuis 2013, il y a une relation de proximité depuis 2015. Aujourd’hui, on apprend encore plus à se connaître dans le quotidien. Je trouve qu’il y a une forme de maturité dans son processus à lui, il est au bout du processus de maturation idéologique. On ne le changera plus. Et il est maintenant soucieux d’en faire monter d’autres que lui. Ce qui m’a marqué, c’est le jour où on est arrivés à l’Assemblée pour la première fois. Il arrive, nous voit, il m’attrape par le cou et me dit : « C’est ma plus grande fierté de vous voir là. » C’est cela qui prédomine chez lui en ce moment.

« Si on refait un parti politique classique, on ruinera une bonne partie du mouvement »

 

Quels sont vos liens avec les syndicats en ce moment ? On vous a reproché de lancer des initiatives qui viendraient concurrencer les initiatives syndicales, par exemple le 12 juillet, deux jours avant la mobilisation du 14 juillet à l’appel du Front social, ou bien le 23 septembre prochain, alors que les syndicats appellent à se mobiliser le 12 septembre.

On dialogue bien sûr avec les syndicats. Par exemple, quand on a pris l’initiative du 12 juillet, nous avions mandaté Éric Coquerel (député FI de Seine-Saint-Denis) pour faire ce travail de lien avec les syndicats. C’est-à-dire de bien leur expliquer que nous n’avions pas du tout vocation à les remplacer, ou à nous substituer à eux d’aucune façon. Des syndicalistes sont d’ailleurs montés sur scène lors de notre rassemblement du 12 juillet. Notre position a toujours été la suivante : lorsqu’il y a une mobilisation syndicale, on se met en renfort, on ne demande rien pour nous-mêmes, on ne se met pas en avant. Nous avons tout de suite appelé à rejoindre les manifestations du 12 septembre. Ce qui signifie aussi que la mobilisation du 23 n’est pas concurrente : les syndicats sont équipés pour mobiliser les salariés en semaine ; nous, nous mobilisons le samedi. C’est un travail de complémentarité.

Mais ils le comprennent, ça, les syndicats ?

J’ai vu les déclarations de Philippe Martinez [secrétaire général de la CGT, qui a déclaré récemment : « Les politiques rêvent souvent de doubler les syndicats en matière sociale. Leur préoccupation principale devrait être d’écouter les syndicats » – ndlr]. Mais je pense que ça avance. Il faut aussi que nous fassions la démonstration de notre bienveillance. Nous ne prétendons pas récupérer la contestation sociale.

Mais pour revenir sur les rendez-vous de La France insoumise dans la rue en juillet, nous, nous nous disions que nous devions rendre compte à l’extérieur de ce que nous faisions à l’Assemblée. L’enjeu principal, compte tenu du rapport de force, n’est pas que d’influer sur le débat parlementaire, ce qui était mal barré, mais aussi de profiter de nos interventions pour que ça résonne à l’extérieur, et que le pays se conscientise sur les enjeux du texte.

Cette méthode dedans-dehors, elle était pensée avant même l’élection. Nous avions dit que nous serions des militants élus. Par exemple à Lille, le premier acte posé après mon élection, ça a été d’aller à la manifestation, le lundi, du Front social. Et quelle bouffée d’air pour moi ! Je disais aux gens : « Il n’y a pas de raison que ça change. »

Il y a un vif intérêt. Il faut vraiment décloisonner le débat parlementaire, on n’est pas là pour imiter le travail des autres, on est là parce qu’on a un mandat précis : incarner l’opposition écologique et sociale à ce gouvernement. On fera autant d’allers-retours que nécessaire de la rue à l’Assemblée. Le fait d’être élu nous apporte des leviers supplémentaires, que nous devons utiliser. Et sur cette première séquence, nous l’avons pas mal fait.

Quelle sera la place de La France insoumise dans les mois et années qui viennent ?

Notre réflexion est en cours et il faut qu’on accepte de tâtonner un peu. Au Parti de gauche, où je suis toujours militant, on a toujours considéré que l’outil n’était pas une fin en soi, qu’il ne fallait pas trop s’y habituer et qu’à tout moment, si l’actualité politique, le moment politique appelait à casser cet outil pour se redéployer autrement, il fallait le faire. On ne fétichise pas nos outils.

Mais vous avez tout de même plus de 500 000 personnes derrière vous à présent…

Justement, comme on a ces 500 000 personnes, on tend d’abord à comprendre ce qu’il ne faut pas faire. Ce qu’il ne faut pas faire, c’est figer les choses dans le marbre trop rapidement. Il faudra peut-être même juste ne pas figer les choses du tout.

La grande respiration apportée par le mouvement de La France insoumise, je l’ai vue localement à Lille. À Lille, c’est un noyau militant qui a été à l’initiative, mais dans les premières semaines après cette impulsion, nous avons été complètement débordés par des gens qui arrivaient de partout et de nulle part, d’anciens militants qui avaient décroché depuis longtemps, des gens qui n’avaient jamais milité, qui attendaient une forme beaucoup plus souple que des partis politiques. Ces personnes-là se sont vraiment approprié le mouvement et l’initiative en son sein. Donc si on refait un parti politique classique, avec sa structuration, sa bureaucratie, je pense qu’on ruinera une bonne partie du mouvement.

Il y a eu beaucoup de spontanéité, j’ai été surpris par cela. De même que j’ai été frappé, après la présidentielle, à Lille, de voir à la première assemblée de circonscription qu’on avait plus de monde encore, dont des gens qui n’avaient pas milité pendant la présidentielle. Alors que je me disais que pour cette première assemblée postprésidentielle, le soufflé aurait pu retomber. Ce ne fut pas le cas et c’est une énigme. Il y a un attachement très fort au programme.

Il faut vraiment aller voir ces réunions des groupes d’appui, c’est surprenant, même pour moi qui suis certes jeune mais militant depuis plusieurs années, de voir l’enthousiasme qu’il y a et la manière dont les gens s’approprient le mouvement.

Ce qu’on a réussi à faire pendant la campagne, c’est de fédérer autour de l’action et du programme. Il faut qu’on continue. Nous n’avons pas vocation à créer quelque chose de figé, de rigide, nous voulons éviter les réunions politiques qui s’éternisent, où l’on s’écharpe sur une virgule dans un texte, sur qui fait quoi, sur comment on le désigne. Car il n’y a rien de pire pour ruiner l’énergie de ceux qui viennent d’arriver. Après, ce qui est rigolo, je l’ai constaté à Lille, c’est que parfois, celles et ceux qui ont le plus de défiance par rapport aux partis traditionnels demandent à structurer le mouvement, et quand ils décrivent les structures qu’ils envisagent, ils décrivent une forme qui ressemble de très près à un parti politique !

« Faire dans les quartiers des communes populaires »

 

Comment faire, alors ?

L’idée c’est, hors temps électoral, de mener de grandes campagnes thématiques. La forme va s’affiner, mais nous avons déjà plusieurs choses prévues. Pour l’été, à la caravane d’accès aux droits va s’ajouter une campagne populaire d’explication du texte de la loi sur le travail. Mais pas uniquement pour s’adresser aux travailleurs syndiqués, plutôt pour aller dans les quartiers populaires, expliquer à tous ceux qui travaillent comment cette loi va changer leur vie.

La France insoumise a aussi un premier rendez-vous estival, fin août à Marseille, on va voir ce que ça va donner. Cela va ressembler à une université d’été avec des conférences-débats, mais dans un format réactualisé. Et puis on commencera sans doute à entrevoir la réflexion sur quel type de mouvement nous voulons.

Mais le moment qui va vraiment entamer cela, ce sera au mois d’octobre, où nous allons refaire une assemblée représentative, comme l’an passé à Lille, avec très probablement une large partie des gens tirés au sort. Parce que si l’on veut éviter la bureaucratie, l’installation à des postes, etc., on pense que le format assemblée représentative, qui se réunirait par exemple tous les six mois avec chaque fois un tirage au sort qui fait que ce ne serait pas toujours les mêmes qui viennent, pour prendre des décisions pour les six prochains mois de ce que fera La France insoumise, ce serait un bon modèle. C’est ce que je pense, à ce stade du début de la réflexion.

Vous avez parlé d’un calendrier « hors temps électoral », mais dans deux ans il y a des élections européennes et municipales, il va bien falloir vous implanter localement. 

Nous sommes un mouvement qui prétend prendre le pouvoir, donc évidemment nous gardons toujours une stratégie électorale et les échéances à venir nous intéressent absolument. Ce que je voulais dire, c’est qu’on attend de nous autre chose que rester au pas des calendriers électoraux. Nous avons besoin de grandes campagnes thématiques dans le pays, qui seraient des campagnes de temps long. Je sais qu’au PG, nous passions trop souvent d’une campagne à une autre tellement les idées fusaient. C’est bon signe, mais ce qu’il faut maintenant c’est ancrer nos thématiques en profondeur dans le paysage en menant des campagnes thématiques au long cours. On peut donc imaginer de faire des campagnes sur un trimestre, sur un sujet, qui prendra des formats différents : des votations citoyennes, de l’agit-prop, des campagnes traditionnelles, une grande marche, des temps forts… Qu’on se dise : on sait ce que La France insoumise est en train de faire. Ces réflexions n’engagent que moi, puisque les choses ne sont pas encore décidées par le mouvement.

Il y a aussi une question financière, les groupes d’appui sont tous bénévoles mais il va peut-être falloir des permanents à un moment. Avez-vous commencé aussi à réfléchir à cet aspect ? 

La réflexion commence tout juste. La France insoumise va disposer de moyens que nous n’avions pas auparavant, ça c’est clair. Comme lors de nos campagnes, nous réfléchissons à comment utiliser chaque centime le plus efficacement possible. Mais l’enchaînement des deux campagnes et l’entrée du groupe à l’Assemblée ont fait que nous n’avons pas encore pu prendre ces décisions. Chaque chose en son temps.

Vous parliez du PG, mais au PG vous n’aviez jamais eu les troupes que vous avez à présent.

C’est clair, 500 000 ou 8 000, ce n’est pas la même chose ! Mais le PG est un noyau dur de militants aguerris. Cela compte beaucoup.

Et le PG, justement, que va-t-il devenir ?

Nous sommes en train de réfléchir à cela, mais rien ne presse. Il ne faut pas aller trop vite. Casser cet outil pourrait aboutir à une déperdition dans la structuration du mouvement. Il y a une zone tampon à trouver, ce qui n’est pas évident. En tout cas, on s’accorde sur une chose au PG : il n’y a plus d’intérêt désormais à en faire la promotion à l’extérieur. C’est bien La France insoumise qui est le cadre d’action, et cela dépasse très largement le PG.

L’idée, c’est qu’on continue d’être au service du mouvement jusqu’au moment où il sera nécessaire et opportun d’éteindre la lumière, et on le fera le plus proprement possible. Le PG a par exemple une revue de grande qualité, L’Intérêt général, cela pourrait devenir une sorte de think tank pour La France insoumise. Tout cela va continuer à s’affiner.

Après, nous observons que La France insoumise intéresse de plus en plus des franges très politisées à gauche. Ça commence à se voir, que La France insoumise est le lieu de gravitation ouvert pour une grande recomposition. Il nous apparaît donc qu’il est inutile de nous parler sans cesse à nous-mêmes, les militants. Nous préférerions élaborer une véritable stratégie au service des quartiers populaires. Certains partis ont théorisé le fait qu’il ne servait à rien d’aller dans ces quartiers parce qu’ils ne votaient pas ; nous, nous allons faire tout l’inverse.

La question, c’est celle de la méthode. Pendant les campagnes de la présidentielle et des législatives, nous allions dans ces quartiers, mais avec des méthodes traditionnelles – si l’on met de côté l’excellente initiative des « Caravanes insoumises ». On y allait avec nos tracts, on faisait du porte-à-porte, c’était utile mais insuffisant. Les caravanes de l’été dernier, par exemple, pourraient être un excellent point de départ. Il y a même cette idée très intéressante qui est en train d’émerger, qui est de dire : il faut qu’on essaye de bâtir de véritables communes populaires. Imaginons : On identifie dans un quartier une problématique propre à ce quartier. Par exemple, à tel endroit il y a besoin de soutien scolaire pour les enfants. Évidemment, ce ne seront pas des militants FI qui viendront seuls faire ce soutien, mais nous pourrions aider à l’organiser. Identifier le besoin, recenser les compétences et se mettre au service de la population. En clair, au lieu de ramener les quartiers populaires à la politique, ce serait amener la politique dans les quartiers populaires, se mettre au service de la réalité concrète et se rapprocher de la population par l’action. Cette idée doit faire son chemin.

Tout ce que je vous dis là, c’est une grosse zone de chantier, c’est l’état de certaines réflexions à ce stade. Mais il va falloir que le mouvement décide de tout cela collectivement. Il faut qu’on fasse tous attention, on manie un navire avec un demi-million de personnes qui ont signé, ce n’est pas rien.

Manuel Jardinaud et Christophe Gueugneau
Article tiré de Mediapart . le 24 juillet 2017

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