Confiance dans des députés qui aiment tant l’argent ?

Si l’opposition de gauche n’a pu obtenir beaucoup d’avancées dans la loi, elle a contraint à des débats qui ont montré à quel point argent, lobbying, pantouflage… ne sont pas vécus comme un problème mais bien comme un atout par la nouvelle majorité.

Trois heures de débat autour du pantouflage et pas un amendement visant à limiter et encadrer cette pratique n’a été retenu. Pourtant, les conflits d’intérêt que posent le fait de passer du public au privé et vice et versa – le rétro-pantouflage ou revolving doors – sont désormais de notoriété publique.

L’interdiction de financer des collaborateurs parlementaires par des lobbies ? L’amendement est voté par surprise sur proposition du socialiste Olivier Faure – dont on se demande pourquoi il ne l’avait pas fait lors sa loi sur la transparence suite à l’affaire Cahuzac – car tout le monde pensait que c’était déjà le cas – « je pensais que c’était la règle, c’est tellement évident » s’est indigné Eric Coquerel de LFI tandis qu’Olivier Morleix (LR) y a vu un simple « oubli ». Mais les amendements déposés par les communistes visant à étendre la transparence sur les rencontres des lobbyistes avec le président de la République et les membres du Conseil d’État ou du Conseil constitutionnel n’ont jamais été adoptés.

La fameuse indemnité représentative pour frais de mandat (IRFM) a aussi beaucoup fait parler. Les députés LREM ont voulu la remplacer par des remboursements sur justificatifs provoquant des interventions très osées de député qui, justement, s’était fait prendre les doigts dans le pot de confiture. Ainsi Alain Tourret, ex-socialiste pourtant réélu sous étiquette LREM, qui demande s’il serait obligé « d’aller au Mac Do » ou de « démontrer km par km » où il était allé alors même qu’il s’est fait épingler pour s’être offert une… télé avec cette indemnité. Mais surtout, aller au Mac Do ? L’enveloppe en question est quand même de 5373  euros nets mensuels. Pas étonnant que le député LFI Bastien Lachaud ait ressenti la nécessité de rappeler que « le salaire médian en France était de 1700 euros ».

Mais cette IRFM a aussi été l’occasion de revenir sur la question des rémunérations des députés. Un serpent de mer car les 5362,92 euros nets sont vécus comme une offense. Le sujet s’est aggravé avec la fin du cumul des mandats et a encore pris une autre tournure avec l’arrivée massive de personnalités de la société civile dont s’est flattée LREM qui, en l’occurrence, vient surtout du privé abandonnant nous dit-on des salaires bien supérieurs. Emmanuel Macron y avait pensé durant sa campagne, envisageant de cumuler salaires et IRFM, sauf que cela aurait donné la déplorable image de doubler le salaire des députés.

Des députés LREM qui veulent continuer à garder un pied dans le privé, la plupart estimant pouvoir poursuivre leur activité professionnelle au moins une journée par semaine. Ainsi Amélie de Montchalin, cadre supérieure dans l’assurance, au nom d’un « ancrage dans la vie économique » pour ne pas « créer une caste hors sol ».

Mépris et procès en démagogisme

Pantouflage, lobbyisme, revenus… Tous ces sujets ont au moins eu le mérite de mettre en exerce la philosophie qui anime la nouvelle majorité écrasante de l’Assemblée nationale. Comment le pantouflage pourrait-il poser problème quand Emmanuel Macron est lui-même passé de l’Inspection générale des Finances à la banque Rothschild où il réalise un gros coup avec Nestlé avant de revenir au ministère de l’Economie ? Pourquoi le lobbyisme serait un souci quand Audrey Bourrolleau, conseillère à l’Elysée pour l’agriculture est lobbyiste pour la filière viticole, quand une des benjamines de l’Assemblée nationale, Marie Lebec, travaillait pour Euralia, association française des conseils en lobbying ?

Et que dire de l’affaire Pénicaud surgie en fin de semaine ? « Une ministre qui veut plafonner les indemnités prud’homales plutôt que les stock-options. Si quelque chose doit scandaliser aujourd’hui, entacher la confiance dans l’action publique, c’est bien çà » a tempêté François Ruffin de LFI tandis que le communiste Sébastien Jumel s’interroge : « alors qu’on s’apprête à permettre la mise en miette du contrat de travail, on permettrait aux dirigeants de faire de l’argent en dormant ?  »

Députés communistes et LFI sont d’ailleurs montés au créneau pour s’insurger contre le fait que cette loi destinée à restaurer la confiance ne s’attaquait en rien au pouvoir de l’argent qui était pourtant le corrupteur initial de la vie politique comme l’ont montré les affaires Cahuzac et Fillon. Ils n’ont eu droit qu’à du mépris et à des procès en démagogisme. Pourtant, ils ont bien mis le doigt là où cela fait mal.

Photo AFP
Angélique Schaller
Article tiré de la Marseillaise  le 31 juillet 2017

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