Pierre Dharreville – « Notre rôle est de mener la bataille parlementaire»

Loi d’habilitation à agir par ordonnances, confiance dans la vie publique… Premières analyses du député communiste Pierre Dharreville.

Après un début d’activité parlementaire sur les chapeaux de roue, l’activité parlementaire va s’arrêter le 9 août. Retour sur ces deux mois avec le député communiste des Bouches-du-Rhône, Pierre Dharréville.

Après ces débats, y voyez-vous plus clair sur ce qu’il y a derrière la réforme du Code du travail ?

Les députés ont du mal à assumer clairement le fond idéologique de leur réforme et en les écoutant on ne dispose pas de beaucoup plus de clarté. En revanche, les informations que nous avons pu collecter sur la réalité des mesures, attestent de leur caractère éminemment libéral.

Il est aussi vrai que nous les avons poussé au débat. Quand nous déposons des amendements, nous cherchons à les faire reculer mais aussi à les obliger à débattre, à se dévoiler. Or, il y a tout ce qu’ils disent mais aussi ce qu’ils refusent. Toutes nos propositions pour contrer le pouvoir de la finance ou démocratiser les institutions ont été balayées. Et si ces refus ne sont pas souvent étayés, ils sont toujours éloquents.

Ceci dit, les députés LREM sont tellement marqués par l’air du temps que de nombreuses choses vont, pour eux, de soi. Notre boulot consiste donc à les obliger à formuler des choses qu’ils ne verbalisent pas. Il ne faut cependant pas globaliser car certains députés LREM savent très bien quel est leur positionnement idéologique. Mais comme ils se veulent des représentants de la bienveillance, de la compétence, du pragmatisme, ils ont du mal à rentrer dans la verbalisation. Mais cela vient quand ils sont obligés de se positionner sur des textes.

La ministre de la Justice a beaucoup renvoyé sur la « pureté » du rôle du parlementaire, celui notamment de contrôler le gouvernement. Cela ne semble pourtant pas le sens de la loi sur la confiance ?

Toute la manière dont on nous a fait débattre depuis le début a en effet plutôt montré une volonté d’assujettissement au gouvernement et plus généralement du législatif à l’exécutif. Et cela se confirme avec la loi sur la confiance. Toutes les mesures de contrôle sur le gouvernement ou la haute administration et plus encore sur les responsables de la finances ont systématiquement reçu une fin de non-recevoir, avec très peu d’arguments. On nous renvoyait essentiellement à un « ce n’est pas le sujet » ou à un argument sur la séparation des pouvoirs. Séparation pervertie d’ailleurs car elle ne s’exerce que contre le Parlement et s’exonère quand il faut regarder de plus près l’exécutif.

Donc oui il y a une tendance lourde à vouloir conforter le pouvoir exécutif et le président de la République, de faire porter au Parlement la responsabilité de la crise politique, qui est réelle d’ailleurs. Cela se traduit également dans les propos tenus au congrès et répétés par le Premier ministre annonçant la volonté de réduire le nombre d’élus locaux qui seront également privés de moyens et qui auront bien du mal à jouer leur rôle. En fait, ce gouvernement pousse les déséquilibres de la Ve République plus loin encore.

Après ces quelques séances, comment percevez-vous la masse des députés LREM ?

Elle est composite et il lui reste à construire un socle unificateur, s’étant retrouvée rassemblée dans la précipitation et parfois même un peu l’improvisation. En même temps, sur le plan social, on peut s’interroger sur sa représentativité.

Les débats ont certes un peu fait bouger les lignes. Cependant, ils resteront responsables de leurs choix, et devront en assumer entièrement la responsabilité sur les enjeux très importants qui sont mis sur la table. Pas question donc de faire une analyse psychologique qui puisse les dédouaner.

Comment travaillez-vous avec la France insoumise ?

Nos combats sont largement convergents et cela se voit dans l’hémicycle. Nos capacités à joindre nos forces dans la bataille permettront de faire progresser nos idées dans la société.

Le groupe de travail est-il en place ?

Il est en cours.

Vos commentaires sur les premiers arbitrages budgétaires réalisés par le gouvernement ?

Ce sont la signature d’une politique qui va approfondir et aggraver les politiques libérales et austéritaires mises en œuvre par le gouvernement précédent. Le fait qu’ils baissent les allocations logement de 5 euros par mois, 60 euros par an, montre qu’ils s’attaquent directement aux familles les plus pauvres, à celles qui ont le plus besoin de l’aide républicaine. Ils l’assument et procèdent en même temps à une baisse de l’ISF. Cela montre la réalité de leur identité. Durant la campagne, nous affirmions que Macron était le candidat des banques et de la finance. On nous a rétorqué que c’était exagéré. La preuve est désormais là : ces choix politiques confortent le pouvoir et la richesse.

Quelles formes peut prendre la suite ?

Notre rôle est de mener la bataille parlementaire et d’être utile à faire grandir le mouvement politique. Nous allons lever le voile sur les projets du gouvernement en donnant les détails dans des réunions publiques. Nous allons aussi regarder avec beaucoup d’attentions la journée du 12 septembre car la mobilisation des salariés est un élément décisif.

Le rapport de forces n’est pas figé et le pouvoir en place ne pourra pas ignorer la réalité sociale. Il ne faut pas se résigner et penser que les élections ont gravé dans le marbre cinq années que nous ne pourrions que subir.

Photo LM
Entretien réalisé par Angélique Schaller
Article tiré de la Marseillaise  le 2 août 2017

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