Immigration – Main dans la main… contre la solidarité

Gouvernements européens et groupuscules identitaires tentent chacun à leur manière d’entraver l’action des ONG qui mènent des opérations pour sauver les migrants sur les routes méditerranéennes de l’exil.

Filmée, samedi en milieu d’après-midi depuis le pont du navire de SOS Méditerranée, dédié au sauvetage en mer des exilés partis de Libye, la courte vidéo a vite circulé sur les réseaux sociaux. Le C-Star, bateau affrété par la mouvance néofasciste européenne pour la mise en place de leur opération « Defend Europ », s’approche des humanitaires. Une opération visant à intimider l’équipage de l’Aquarius, qui, depuis un an et demi, pallie les défaillances des États européens en matière d’aide aux réfugiés qui risquent leur vie en mer. Le groupuscule identitaire a indiqué vouloir récolter des preuves de collusion entre les ONG et les trafiquants qui opèrent à partir de la Libye. Si l’équipage du C-Star n’est pas véritablement en capacité de nuire concrètement aux solidaires, les dernières décisions des autorités italiennes sont, elles, des plus inquiétantes.

Six navires de guerre italiens pour barrer la route aux exilés

Mercredi, Rome a décidé de placer sous séquestre, à Lampedusa, le navire de l’ONG allemande Jugend Rettet, le Iuventa, engagé dans les secours d’exilés en Méditerranée centrale. « Nous avons des éléments prouvant que ce bateau a plusieurs fois été complice de trafiquants libyens », affirme le procureur de Trapani, Ambrogio Cartosio. Le même jour, le Parlement italien a donné le feu vert pour l’envoi, à Tripoli, de six navires de guerre, appuyés par un soutien aérien pour barrer la route aux exilés. « Nous avons reçu une lettre de Fayez Al Sarraj (chef du Conseil présidentiel libyen – NDLR) pour assister logistiquement le gouvernement dans les eaux territoriales libyennes avec des bateaux militaires », indique le premier ministre italien, Paolo Gentiloni.

« La France doit condamner avec fermeté la décision italienne de refouler les migrants vers les passeurs mafieux libyens », a immédiatement réagi Pierre Laurent, le secrétaire national du PCF. L’organisation Human Rights Watch a, pour sa part, estimé que le refoulement d’exilés vers un pays où ils risquent d’être maltraités, comme c’est le cas en Libye, « constitue une violation des droits humains ». Amnesty International a, de son côté, qualifié les intentions italiennes de « stratégie honteuse ».

Des politiques inhumaines qui donnent des ailes aux identitaires

La décision du Parlement italien s’inscrit malheureusement dans une logique enclenchée depuis plusieurs mois par les pays membres de l’Union européenne (UE). Réunis en Estonie, début juillet, les ministres de l’Intérieur de l’UE préconisaient déjà de « renforcer encore les capacités des autorités libyennes grâce à un projet de 46 millions d’euros » et la mise en place d’un « code de bonne conduite des ONG » engagées dans les sauvetages en mer. Ce règlement leur impose la présence de policiers à bord des bateaux mais aussi de « débarquer les survivants dans un endroit sûr, excluant de facto le transfert vers d’autres bateaux et limitant ainsi inutilement les moyens disponibles aujourd’hui », a expliqué l’ONG Médecins sans frontières, qui refuse de signer un tel texte.

Ces politiques inhumaines, lorsqu’elles ne s’en inspirent pas directement, donnent des ailes aux groupes identitaires européens comme celui qui a affrété le C-Star. Et dans cette affaire, la France n’est pas en reste. Les préfectures multiplient, ces dernières semaines, les expulsions d’exilés vers l’Italie, sans se soucier des accords bilatéraux passés par Rome avec leurs pays d’origine. Pire, le président Macron préconise maintenant de créer de véritables centres de tri de réfugiés directement en Libye.

SUR L’IMMIGRATION, COLLOMB RECYCLE LES VIEILLES RECETTES
« Nous créerons 3 500 places pour les demandeurs d’asile en 2018 », a déclaré hier au Journal du dimanche le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb. Cette annonce fait suite à la promesse faite mardi de l’ouverture de deux nouveaux centres d’accueil dans la région de Calais. À terme, la capacité d’hébergement devrait atteindre 88 000 places en 2019, soit deux fois plus qu’en 2012. Le gouvernement tente ainsi de mettre en application la promesse du 27 juillet du président Macron : « Je ne veux plus personne dans les rues, dans les bois. » Le ministre a également présenté les grandes lignes du projet de loi sur l’immigration, qu’il devrait présenter à l’automne. Sans grande originalité, Gérard Collomb se propose de « concilier efficacité et générosité ». Il reprend à son compte la distinction nette entre « tous ceux qui fuient guerres et persécutions, qui seront accueillis », et les migrants économiques, qui devront être renvoyés chez eux. D’un côté, le temps d’examen de la demande devra être réduit à six mois, contre un an actuellement. De l’autre, les reconduites à la frontière vont être multipliées. Le gouvernement propose aussi de délocaliser hors des frontières européennes les centres d’enregistrement de migrants. En attendant une hypothétique amélioration de la situation en Libye, qui permettrait de créer un « hot spot » sur place, comme en a récemment rêvé Emmanuel Macron, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides se rendra prochainement au Niger pour examiner les dossiers sur place.

Photo de garde : AFP – Angelos Tzortzinis
Emilien Urbach
Article tiré de l’Humanité  le 7 août 2017

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