Au Népal, le Parlement interdit la mise au ban des femmes pendant leurs règles

La semaine dernière, le Parlement népalais a voté une loi qui prévoit des sanctions contre « l’exil menstruel » des femmes. On peut donc imaginer que cette tradition liée à l’hindouisme, et qui consiste à mettre à l’écart de la communauté toute femme pendant ses règles, sera un jour amenée à disparaître.

Au Népal, l’exil menstruel est une pratique liée à l’hindouisme. On l’appelle « chhaupadi ». Cette tradition est essentiellement répandue à l’est du pays, mais aussi dans certaines régions de l’Inde et du Bangladesh.

Selon cette tradition, on considère que les femmes sont impures pendant leurs règles. Non seulement elles n’ont pas le droit de toucher la nourriture destinée aux autres, les icônes religieuses, le bétail ou encore les hommes, mais elles sont également bannies du foyer durant cette période.

Victimes d’agressions sexuelles

Parfois, elles sont confinées dans une chambre à l’intérieur même de la maison. Mais le plus souvent, elles sont reléguées à l’étable ou dans un abri extérieur spécialement conçu pour cela.

Il s’agit généralement d’abris faits de pierre et de boue, sans fenêtre ni porte, dans lesquels il fait très chaud en été mais très froid en hiver. Fin 2016, par exemple, une femme est morte asphyxiée après avoir allumé un feu pour se réchauffer. Et le mois dernier encore, une autre a succombé suite à une morsure de serpent.

Dans leurs abris, certaines femmes sont même victimes d’agressions sexuelles. Autant de raisons pour lesquelles les autorités népalaises tentent depuis plusieurs années de mettre un terme à la chhaupadi.

Pabitra Giri et Yum Kumari Giri, deux Népalaises pendant leur chhaupadi, le 3 février 2017 dans le district de Surkhet.PRAKASH MATHEMA / AFP

 

Que prévoit la nouvelle loi ?

Il faut savoir que l’exil menstruel est interdit par la Constitution népalaise depuis 2005, soit depuis plus de dix ans. Mais la loi ne prévoyait jusqu’alors pas de sanction. Et c’est ce qui va désormais changer.

Avec cette nouvelle loi – que les députés ont votée à l’unanimité -, quiconque forcerait une femme à l’exil menstruel s’exposerait à une peine de trois ans de prison et/ou à une amende de 3 000 roupies népalaises, soit environ 25 euros.

La loi, qui entrera en vigueur en 2018, s’appliquera pour les femmes qui ont leurs règles mais aussi pour les femmes qui viennent d’accoucher. Car ces dernières peuvent aussi être réduites à l’isolement pendant plusieurs semaines.

Une pratique vouée à disparaître ?

On pourrait imaginer que cette tradition sera amenée à disparaître, mais ce n’est pas si simple. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que les autorités tentent d’y mettre un terme. Par le passé, elles ont notamment détruit des huttes.

Mais rien n’y a fait, les femmes ont continué à être chassées de leur foyer pendant leurs règles. D’ailleurs, les militantes féministes népalaises sont sceptiques quant à l’efficacité de loi. Pour elles, aucune sanction ne pourra mettre un terme à cette pratique profondément ancrée dans la société.

Il est d’ailleurs vrai que dans de nombreux cas, les femmes se conforment à la tradition de la chhaupadi d’elles-mêmes. Par superstition. De peur qu’il leur arrive malheur, à elle ou à leur famille.

Photo de garde : AFP/Prakash Mathema
Clémence Després, correspondante régionale
Article tiré de RFI  le 14 août 2017

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