Laurent Pinatel – « La fraude a été couverte par les autorités »

Laurent Pinatel, secrétaire national de la Confédération paysanne met en accusation dans cette affaire l’ensemble du système agro-industriel que le rendez-vous à venir des Etats généraux de l’alimentation a justement l’occasion de changer.

Deux jours après avoir rencontré Emmanuel Macron à propos de la crise agricole et trois semaines avant la reprise des États généraux de l’alimentation, le leader syndical dénonce l’ensemble du système agro-industriel que le rendez-vous prochain peut changer.

Les premières alertes au fipronil remonteraient à novembre 2016. Comment expliquer un tel temps de réaction des autorités ?

Les Pays-Bas ne sont pas connus pour être laxistes en matière sanitaire et ils sont le pays le plus productif en terme d’élevage : il n’est pas possible que les premières alertes soient passées inaperçues. Si la fraude a mis autant de temps à être révélée, c’est qu’elle a été couverte. Au niveau sanitaire, administratif et politique.

D’autres insecticides existent qu’est-ce qui a pu motiver l’utilisation d’un produit interdit ?

Il s’agit malheureusement d’une question d’argent. Les entreprises incriminées ont probablement coupé leurs produits autorisés avec du fipronil pour augmenter sa productivité. Mais au delà de la fraude, c’est l’ensemble du système de production de ces oeufs qui interroge : pour produire toujours plus en dépensant toujours moins, on entasse des milliers de volailles dans un minimum d’espace, l’immunité baisse, les poux pullulent et on régule tout ça avec du chimique. La motivation ? Répondre au dictât du prix bas.

Que faut-il faire avant de voir arriver le prochain scandale sanitaire ?

D’abord, il faut que la justice et l’UE identifient les coupables. Pas seulement les fraudeurs mais tous ceux qui les ont couverts. Et qu’elles les sanctionnent. Ensuite, l’Europe doit s’interroger sur le modèle qu’elle promeut : les cadences, la concurrence acerbe, la chasse aux coûts, le dogme libéral sont incompatibles avec les exigences sanitaires auxquelles elle prétend. Enfin, il faut que les gouvernements se tournent résolument vers l’agriculture de qualité. C’est à dire les productions paysannes, les AOC, les AOP, le bio, etc. D’abord en ré-affectant les aides de la « politique agricole commune » (Pac, ndlr) à ces producteurs. Puis en légiférant sur les relations commerciales entre grande distribution, transformateurs et paysans. Aujourd’hui, en France, il y a 400 000 producteurs, une centaine de transformateurs (Lactalis, Bigard, Céréalis) et quatre centrales d’achat (grande distribution). Or ce sont ces dernières qui engrangent tous les profits et imposent leur loi. Il faut renverser la vapeur.

Ce scandale intervient précisément entre l’arbitrage de cette Pac 2018 et les États généraux de l’alimentation : le gouvernement vous parait-il sur la bonne voie ?

Le gouvernement est très ambigu : d’un coté monsieur Macron – que j’ai rencontré ce lundi – nous dit vouloir relancer l’agriculture précisément sous l’angle de l’alimentation, de la santé et même de la recherche; de l’autre le premier acte que son ministre a posé a été de priver cette même agriculture de qualité des fonds de la Pac. Car derrière la publicité du transfert du « pilier 1 » au « pilier 2 » ( lire La Marseillaise du 8 août dernier), la réalité est que l’enveloppe est très en deçà des besoins. Et qu’elle arrive après les promesses non tenues de François Hollande. Bref, le compte n’ y est pas.

Comment expliquez-vous cette contradiction ?

Je pense que le président de la République est pris entre un désir de changement et ses références libérales. On dirait qu’il n’a pas encore trouvé son cap. Et puis, il ne faut pas oublier le lobby de l’agro-alimentaire qui a tout intérêt à maintenir le prix des productions agricoles au plus bas.

En attendant que M. Macron trouve le bon cap, que peut faire le citoyen qui veut manger sain, éthique et à un prix abordable ?

Le secret c’est la proximité ! Allez directement à la ferme. Si vous ne pouvez le faire, allez dans les épiceries paysannes. Si vous n’en avez pas, cherchez les productions identifiées dans les grandes surfaces et ainsi de suite. Nous avons des producteurs de grande qualité en France, ce qu’il faut c’est les remettre au coeur du système de production.

Photo DR
Frédéric Dutilleul
Article tiré de la Marseillaise  le 15 août 2017

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