En Angola, un président à vie sur le départ

José Eduardo dos Santos met fin à un règne de 38 ans. Il n’est pas candidat à sa propre succession aux élections générales de mercredi.

Il a dirigé l’Angola pendant la moitié de sa vie. Et pourtant José Eduardo dos Santos quitte la présidence à bientôt 75 ans. Il ne se représente pas à sa propre succession aux élections générales de mercredi. Et ce, alors qu’il aurait pu prétendre à un mandat supplémentaire, selon les termes de la Constitution de 2010 qu’il avait lui même fait voter. Pas de putsch militaire, pas d’assassinat, pas de destitution. Non, José Eduardo dos Santos se retire après 38 ans de pouvoir. Enfin, pas tout à fait. Il conserve la direction de son parti, le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA) et donc la mainmise sur son successeur potentiel, Joao Lourenço, si celui-ci est désigné président après les élections générales.

Issu d’un milieu populaire de Luanda, la capitale angolaise, dos Santos milite rapidement contre le pouvoir colonial portugais et s’engage dans le MPLA dès l’âge de 19 ans. Il rejoint la lutte armée l’année suivante au sein des Forces armées populaires de libération de l’Angola. Puis, part à Bakou en Azerbaïdjan (encore soviétique) pour suivre des études d’ingénieur.

27 ans de guerre civile

Le MPLA accède au pouvoir dès l’indépendance proclamée en 1975 et dos Santos intègre le gouvernement dans la foulée. Il officiera à plusieurs postes dont celui de Premier ministre en 1978. Un an plus tard, il devient président à la mort d’Agostinho Neto et ne lâchera plus la tête de l’Etat.

Mais sa présidence sera agitée par un conflit civil qui oppose les partisans de son parti d’obédience marxiste-léniniste à l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (Unita), soutenue par les Etats-Unis et l’Afrique du sud. 27 ans de guerre civile, une des plus longues de l’histoire mondiale contemporaine, et quelque 500 000 morts. Un conflit de guerre froide qui perdura jusqu’à 2002. Un affrontement entre les blocs de l’Est et de l’Ouest qui ne prend même pas la peine de se dissimuler ; des troupes cubaines et sud-africaines sont déployées pour soutenir les camps ennemis dans les années 80. Malgré les tentatives d’apaisement, les accords de paix de 1991 volent en éclats après la défaite de l’Unita aux élections, l’année suivante. Et les combats reprennent en dépit de nouveaux accords en 1994 pour onze années supplémentaires.

Museler la critique

Malgré sa réélection en 2012 (la deuxième de l’histoire angolaise), le président dos Santos essuie de nombreuses critiques. Il est notamment décrié pour la corruption dans son pays et avoir installé à des positions stratégiques des membres de son entourage proche. Il a en effet propulsé son fils José Filomeno à la présidence du fonds souverain angolais. Un fils qu’il aurait également aimé voir lui succéder à la tête de l’Etat ; les cadres du parti l’en ont dissuadé. Quant à sa fille aînée, Isabel, elle a été nommée à la tête du conseil d’administration de la compagnie pétrolière publique Sonangol en 2016. Un poste clef dans l’un des premiers pays producteurs de pétrole d’Afrique subsaharienne. A 44 ans, la femme la plus riche d’Afrique (selon le magazine Forbes) prendra en outre les rênes de la principale banque du pays, la BFA, l’année suivante. Elle détient également le fournisseur de télévision par satellite, ZAP. Une garantie supplémentaire pour museler la critique. En mars dernier, deux télévisions portugaises, jugées trop incisives vis-à-vis du régime de Luanda, ont vu leur diffusion interrompue. Les secteurs stratégiques de la construction, l’agriculture et l’exploitation des diamants sont également aux mains de la famille dos Santos.

Et malgré les profits générés par l’extraction d’hydrocarbures, l’économie angolaise souffre, ainsi que la population. Selon l’indice de développement humain de l’ONU, l’Angola était placé au 154e rang sur 192 en 2015. La chute du prix du baril de pétrole fragilise encore l’économie nationale et le chômage est endémique, alors que la famille régnante est multimilliardaire.

Etat de santé

En mai, des rumeurs annonçaient le décès de José Eduardo dos Santos. Sa fille a démenti sur son compte Instagram. Et deux semaines plus tard, le président apparaissait sur le tarmac de l’aéroport de Luanda, en provenance de Barcelone où il avait effectué des examens médicaux. Les spéculations vont bon train sur l’état de santé du Président, d’autant plus que les membres du gouvernement et son entourage ne font pas de commentaires.

L’homme fort angolais part donc sans se justifier mais en s’octroyant quelques prérogatives. Malgré les contestations, un projet de loi est en voie d’être voté pour modifier les avantages accordés aux anciens chefs de l’Etat (il aurait été inutile avant). Le texte lui accorde notamment un traitement à hauteur de 90% de son salaire actuel (soit 3255 euros mensuels, 38 fois le smic local), des transports gratuits en première classe et surtout un statut particulier qui le préserverait de toute poursuite judiciaire quant à d’éventuelles malversations commises. L’Angola s’essaie à l’alternance démocratique, pas à la moralisation de la vie politique.

Photo Reuters/Stephen Eisenhammer
Cécile Brajeul
Article tiré de RFI  le 23 août 2017

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