Inde – La Cour suprême rend inconstitutionnel le «divorce express»

En Inde, la Cour suprême a tranché mardi 22 août, sur la « triple talak », rendant anticonstitutionnelle cette pratique islamique de divorce instantané qui restait jusqu’à présent autorisée et reconnue par la loi. Malgré les accusations de récupération politique de cette polémique à l’encontre de la droite hindouiste au pouvoir, cette décision de justice a été reconnue à l’unanimité comme une victoire pour le droit des femmes en Inde.

Le « triple talak » est une sorte de divorce « express » et unilatéral à l’initiative de l’époux à qui il suffit de prononcer trois fois de suite le mot « talak » (« je divorce » en arabe) pour divorcer légalement avec son épouse. C’est une pratique qui continue d’être acceptée par l’organisation régissant la loi pénale islamique en Inde et qui reste relativement répandue, même s’il est difficile d’obtenir des chiffres précis.

Depuis 10 ans, il existe des milliers de cas où le « triple talak » a été utilisé pour divorcer, en personne, mais aussi par texto, par Skype ou plus récemment par WhatsApp. Cette pratique a été abolie dans de nombreux pays musulmans, dont le Pakistan et le Bangladesh voisins.

Etrangement, elle était toujours autorisée en Inde, où les musulmans représentent 14 % seulement de la population. Cela s’explique en partie par le fait que, selon le principe de laïcité indienne, les lois gouvernant l’héritage, le mariage et le divorce ne sont pas uniformes pour tous les citoyens mais diffèrent selon les communautés religieuses et sont dictées selon les critères de chacune d’entre elles.

Un combat ancien remis au goût du jour

Une première pétition avait été lancée en 2004, et les militantes des droits des femmes se battaient déjà, 10 ans auparavant, pour faire interdire cette pratique. Le véritable déclic est survenu en février 2016, lorsqu’une femme victime de divorce instantané a saisi la Cour suprême.

Avec plusieurs autres femmes répudiées et le soutien d’organisations de défense des droits des femmes, elles ont alors demandé une interdiction totale de cette pratique, qui a mené, plus d’un an plus tard, à la décision rendue mardi.

Narendra Modi avait appelé à l’abolition du « triple talak » l’année dernière et dénoncé ceux qui cherchaient à « apaiser la communauté musulmane » par opportunisme politique. Il avait à nouveau mentionné cette pratique lors de son discours à la nation lors des 70 ans de l’indépendance de l’Inde la semaine dernière.

Le Parlement va changer la loi

Ce mardi, il a réagi au verdict sur Twitter, qualifiant la décision de justice d’historique. En mars, une pétition lancée par une organisation affiliée à l’extrême-droite hindouiste demandant l’abolition du « triple talak » avait obtenu plus d’un million de signatures.

La droite hindouiste est en faveur d’un Code civil uniformisé dans le pays, ce qui attise la suspicion de la communauté musulmane. Cette dernière craint le début d’attaques sur ses libertés religieuses par les nationalistes hindous, plus puissants que jamais, et historiquement hostiles à la minorité musulmane.

Malgré les récupérations politiques, ce verdict a été largement célébré comme une victoire pour le droit des femmes. Le Parlement indien a désormais six mois pour légiférer sur la question du divorce au sein de la communauté musulmane.

Photo AFP/Sanjay Kanojia
De notre correspondant à New Dehli
Article tiré de RFI  le 23 août 2017

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