Libye – A Sabratha, la chasse aux migrants confiée à une milice locale

Sabratah, sur la côte libyenne, est l’un des principaux points de départ vers l’Europe. Les migrants qui y transitent y sont à la merci de groupes armés. Le groupe al-Wadi, une milice proche de l’armée libyenne, y mène des actions dans le but affiché de réduire le nombre de migrants candidats au passage. Un autre groupe armé a, lui, pris une centaine de personnes en otages.

Ils sont actuellement près d’une centaine, retenus en otage par un groupe armé libyen. Il y a plusieurs semaines, ces personnes originaires d’Afrique de l’Ouest et installées en Algérie ont pris la route pour atteindre l’Europe. Le chemin choisi par le passeur doit alors les emmener à Sabratha, une ville côtière libyenne située à 70 km à l’ouest de Tripoli.

Mais à l’entrée de la ville, le convoi est intercepté par des hommes armés et les migrants sont emprisonnés. Depuis plusieurs jours, ce groupe armé appelle les familles de ces migrants pour réclamer des rançons. Prix fixé par les miliciens libyens pour la remise en liberté de leurs otages : entre 400 et 800 euros par personne. Au cours de l’été, plusieurs groupes de migrants emmenés par des passeurs ont été la cible de différents groupes armés dans cette même ville de Sabratha.

Femmes violées, hommes abattus

Contactés par RFI, des migrants racontent que des femmes ont été violées lors de leur détention et que des hommes ont été abattus pour avoir protesté. Une fois les rançons payées, les migrants pris en otage ont été relâchés et ont pu rejoindre le réseau de passeurs. Ce même réseau qu’ils avaient payé au départ de l’Algérie dans l’espoir de rejoindre l’Europe.

Là, une jeune femme raconte que son groupe a été arrêté à nouveau, sur la plage de Sabratha, alors que le bateau s’apprêtait à partir. Sa famille a dû payer une seconde rançon pour qu’elle soit libérée.

La brigade al-Wadi, alliée de l’armée libyenne

Cette prise d’otages est l’une des pratiques parmi les plus extrêmes auxquelles se livrent les groupes armés de la région de Sabratha. Mais à l’intérieur de la ville, un autre groupe armé local, la brigade al-Wadi, affirme de son côté se coordonner avec la police et l’armée fidèle au gouvernement de Tripoli pour « combattre le trafic d’êtres humains ».

La majorité des membres de ce groupe armé est payée par Tripoli, qui considère la brigade comme une force alliée à l’armée. Les combattants d’al-Wadi travaillent d’ailleurs en collaboration avec la « brigade 48 » de l’armée nationale libyenne.

Cette milice de Sabratha a installé un camp de rétention dans lequel sont détenues les personnes interceptées avant même de prendre la mer, ou dès l’embarquement. La brigade al-Wida, composée d’habitants de Sabratha, dépendait depuis 2011 des « brigades révolutionnaires de Tripoli ».

Aux côtés de ces milices de tendance salafiste, la brigade al-Wida a notamment participé aux combats contre l’organisation Etat islamique à Syrte, avant de combattre cette même organisation à Sabratha-même.

Elle affirme s’employer désormais à « lutter contre toutes sortes de trafics » dans cette ville. L’année dernière, le groupe armé y a d’ailleurs perdu l’un de ses chefs. Et à Sabratha, on raconte qu’il a été liquidé par les passeurs.

Le groupe armé soutenu par la population

Cette brigade a le soutien d’une bonne partie de la population de Sabratah, excédée par le nombre de migrants qui se pressent sur les côtes ou dans des hangars de la ville en attente de l’ordre du départ. Des habitants qui disent également ne plus en pouvoir de voir des dizaines de corps de migrants rejetés par la mer.

« A chaque fois que l’on va nager à la plage de la ville, on rencontre des groupes de migrants qui s’apprêtent à prendre la mer, le jour-même, ou le jour d’après. Ça devient désormais, pour nous, une scène presque normale », raconte à RFI un habitant de Sabratha, qui a requis l’anonymat.

Si l’Etat avait réellement l’intention de combattre ce problème, de l’avis du simple citoyen que je suis, ce ne serait pas difficile d’en finir. Témoignage d’un habitant de Sabratha

Si Sabratha est sur la route des migrations depuis les années 1990, cet habitant affirme que désormais, « le trafic de migrants est devenu un commerce très répandu, mais limité à certaines personnes bien connues par la population ».

Des trafiquants que « les gens d’ici peuvent nommer par leurs noms » mais qui ont pour eux « le pouvoir et la force des hommes, des armes et des munitions », assure ce témoin.

Les groupes armés, supplétifs des autorités libyennes

« L’Etat connait cette réalité et traite même avec ces personnes. Le sujet est plus grand que ce que nous pouvons voir. Si l’Etat avait réellement l’intention de combattre ce problème, de l’avis du simple citoyen que je suis, ce ne serait pas difficile d’en finir. Mais le problème va plus loin », juge cet habitant de la ville.

Preuve de ce soutien des habitants de Sabratha aux actions menées par la brigade al-Wadi, un réseau constitué de dizaines d’habitants de la ville guette le littoral et informe la brigade al-Wadi sur les mouvements de migrants.

Depuis le 10 août dernier, les autorités libyennes ont mis en place une large zone de recherche et de sauvetage, dont sont exclus – sauf autorisation – les bateaux des ONG qui assuraient jusque-là le sauvetage des milliers de personnes qui tentent la traversée vers l’Europe. Les gardes-côtes libyens, ne disposant que de quatre navires, ne peuvent agir sur toute la zone.

La participation de cette milice armée au contrôle des flux migratoires qui transitent par la Libye est donc considérée comme bienvenue par les autorités libyennes de Tripoli. Le Bureau de lutte contre la migration clandestine, à Sabratha, affirme même compter sur cette « force conjointe » pour limiter le départ des migrants.

Photo Reuters/Ismail . Zitouny
Article tiré de RFI . le 23 août 2017
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