A Bure, «on se serait cru dans une scène de guerre»

Robin, père de famille de 27 ans, risque de perdre ses orteils après avoir participé à la manifestation contre le projet d’enfouissement des déchets nucléaires, dans la Meuse. Les méthodes utilisées par les gendarmes ce jour là sont mises en cause.
« Les manifestants ont du faire face à des tirs nourris de la part des autorités. On se serait cru dans une scène de guerre. Après la manifestation, on a retrouvé sur les lieux de nombreuses grenades à effet assourdissant GLI-F4 et des grenades de désencerclement », raconte John, responsable média du collectif VMC. Le 15 août dernier, cette association de lutte contre l’enfouissement des déchets nucléaires avait organisé une manifestation à Bure contre le projet Cigéo. Entre 300 et 1000 personnes y auraient participé.
A la suite d’un affrontement très violent avec les gendarmes, trente de ces  manifestants antinucléaires ont été blessés. Parmi eux, Robin, père de famille de 27 ans, a vu son pied déchiqueté par une grenade assourdissante GLI-F4 : «Les gendarmes mobiles ont d’abord utilisé un canon à eau et des gaz lacrymogène. J’ai cru que j’allais mourir étouffé. Et à la fin, ils ont sorti des grenades assourdissantes. L’une d’entre elles a explosé près de mon pied gauche. La déflagration a crée un cratère de 45 cm de profondeur dans le sol». Exposé à un grave risque d’infection, il n’a pas encore pu subir d’opération de reconstruction. Pire, les médecins envisagent de lui amputer l’ensemble des orteils. Les déflagrations créées par les grenades assourdissantes sont très violentes, car, explique le blessé, «elles contiennent 25 grammes de TNT». Et Robin en fait les frais. Il a maintenant un trou de 13 cm de diamètre sur son pied, et de 3 cm de profondeur. Les os de son gros orteil étaient dans un tel état qu’ils ont été remplacés par du ciment. Le trou devait être refermé au cours d’une opération jeudi dernier, mais si sa blessure s’infecte, l’ensemble de ses orteils pourraient être amputés.
Malgré tout, le jeune homme conserve le moral et veut faire entendre sa voix : «J’ai déjà participé à plusieurs manifestations et je sais que ce type de violence n’est pas exceptionnel. Mais ce jour là, les gendarmes mobiles sont allés très loin», assure-t-il. Pour le collectif à l’origine de la manifestation, les moyens utilisés par les gendarmes étaient totalement disproportionnés. La préfecture de la Meuse explique, elle, que la manifestation n’avait pas été déclarée et que «l’agression des forces de l’ordre par ces groupes a été immédiate, gratuite et extrêmement violente. (…)
Face à des techniques de combat aussi violentes, il était indispensable que les gendarmes se protègent et ripostent par des moyens adaptés, dont l’usage a été proportionné à la violence des attaques dont ils faisaient l’objet». Des actions menées officiellement pour protéger les populations locales et éviter des dégradations du mobilier urbain. Pour VMC, la stratégie des autorités allait bien au-delà : «Normalement, l’objectif suivi par les autorités dans ce genre de cas, c’est la ‘désescalade de la violence’. Sauf que ce jour là, c’était tout le contraire. Dès Bure, la situation était très tendue. Nous avons donc décidé de couper à travers champs pour rejoindre le village de Saudron. C’est là qu’on a été confronté à un véritable rouleau compresseur. Ils avançaient vers nous de manière constante», explique John. Ce dernier ne nie pas que les manifestants ont alors «laissé leur colère s’exprimer, en jetant des pierres ». La préfecture évoque, elle, une utilisation de cocktails Molotov et autres engins explosifs. Deux gendarmes auraient d’ailleurs été blessés à la suite de traumatismes sonores. Elle souligne aussi que la majorité des manifestants étaient «casqués, cagoulés et vêtus de noir». Oui, et ce «par sécurité», confirme John, car les opposants à Cigéo sont «régulièrement convoqués au commissariat» pour répondre de leur activité militante à Bure.
Après le décès de Rémi Fraisse, en octobre 2014, à Sivens, le ministère de l’Intérieur avait décidé d’interdire l’utilisation des grenades de type F1. Lors des manifestations, les gendarmes mobiles peuvent recourir désormais à trois sortes de grenades différentes : les grenades lacrymogènes, les grenades de désencerclement et les grenades à effet assourdissant. L’effet dévastateur de ces armes  est pourtant bien connu : risque d’amputation, de lésions graves… Des risques que connaissent bien les manifestants eux-mêmes. «J’ai participé à des manifestations contre la loi Travail, poursuit Robin, et des participants ont été blessés ou mutilés. Mais je suis venu à Bure, car le combat contre les poubelles nucléaires me tient à cœur. Une fois rétabli, j’envisage de poursuivre cette lutte.»
Photo AFP/François Nascimbeni
Livia Pinet
Article tiré de l’Humanité  le 27 août 2017
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