Environnement – L’accès universel à l’eau potable, «on y arrivera»

Malgré de nombreuses avancées ces dernières années, l’accès à une eau potable reste difficile pour près de 900 millions de personnes dans le monde. C’est, entre autres, le sujet de la semaine mondiale de l’eau qui se tient du 27 août au 1er septembre 2017 à Stockholm, en Suède.  C’est aussi et surtout un enjeu majeur pour de nombreux pays du Sud, qui recouvre une réalité complexe.

Dès le printemps 2012, l’Organisation mondiale de la Santé et l’Unicef se félicitent en chœur : les objectifs du millénaire en matière d’accès à l’eau ont été atteints avec plusieurs années d’avance sur leur date limite, 2015. Une réussite qui entraine l’annonce, dans les Objectifs du développement durable (ODD), d’un cap encore plus ambitieux. Les Nations unies entendent, « d’ici à 2030, assurer l’accès universel et équitable à l’eau potable, à un coût abordable ».

Deux ans plus tard, la réalité apparaît plus nuancée. En juillet 2017, dans son dernier rapport sur le sujet, l’OMS revoit à la hausse le nombre de personnes qui ne disposent pas d’un « service de base » d’approvisionnement en eau potable. De 748 millions annoncés en 2012, ils seraient passés à 844 millions en 2015 – année des derniers chiffres disponibles. Une différence qui s’explique en partie par l’adoption d’un nouveau mode de calcul pour évaluer l’accès à l’eau d’une population donnée.

Nouveaux critères d’évaluation

Les experts de l’organisation des Nations unies distinguent à présent cinq niveaux de mesure de l’accessibilité du précieux liquide. D’après ces nouveaux critères 89 % des humains bénéficient en 2015 d’un accès « de base » à l’eau, ce qui correspond à un point d’eau « amélioré » – protégé de l’extérieur, par exemple par un tuyau d’acheminement – à « 30 minutes aller-retour au maximum » de chez eux. Un pourcentage qui correspond aux Objectifs du millénaire.

En revanche, seulement 71 % de la population mondiale utilise « un service d’alimentation en eau potable géré en toute sécurité – c’est-à-dire, situé sur le lieu d’usage, disponible à tout moment et exempt de toute contamination ». Ce qui revient à dire qu’environ 2,1 milliards d’êtres humains n’y ont pas accès. Des chiffres qui sont par ailleurs à prendre avec précaution : par manque de données, seuls 96 pays (qui représentent 35 % de l’humanité) ont pu répondre aux interrogations de l’OMS.

Malgré tout, l’organisation constate que les efforts de nombreux pays portent leurs fruits : entre 2000 et 2015 (le temps imparti aux Objectifs du millénaire), la disponibilité d’un « service de base » de l’eau potable n’a cessé d’augmenter, plutôt rapidement.

Un objectif symbolique

Alors, les objectifs du développement durable pour 2030 pour l’eau sont-ils atteignables ?« On est plutôt dans le souhait », estime Jean-Paul Haghe, chercheur associé au CNRS et spécialiste de l’eau. A ses yeux, la question qui se pose « avant tout » est celle « de la qualité ». Si, « en dehors des périodes de crises ou de désordre sociaux, l’accès à l’eau est à peu près concluant » dans le monde, il ne croit pas pour autant à son « universalité », à « l’usage courant » de l’eau potable « pour toutes les nécessités de la vie » à moyen terme.

Un avis partagé par Bernard Barraqué, directeur de recherches émérite au CNRS sur les ressources en eau, qui ne « croit pas qu’on atteigne les Objectifs du développement durable pour l’eau en 2030 ». Ce qui n’est pas un problème d’après lui. « L’important c’est de fixer un objectif, pour que les gens soient atteints, se sentent concernés par le sujet. Ce n’est pas surprenant que l’objectif soit excessivement ambitieux. Ce ne sera pas en 2030, mais on y arrivera » explique-t-il.

Le problème des zones rurales

L’une des principales difficultés, c’est la mise à disposition d’eau potable en zone rurale. Parmi les personnes toujours privées d’eau potable dans le monde, « 90 % vivent dans des zones rurales, et ne bénéficient pas des avancées de leur pays » avance l’Unicef dès 2015. Une problématique toujours d’actualité et qui concerne particulièrement « les femmes et les jeunes filles », écrit l’OMS. Elles sont « responsables de la collecte de l’eau dans 80% des foyers qui n’y ont pas accès ». Ce qui n’est pas sans conséquences, que ce soit en matière d’accès à l’éducation des fillettes ou de risques aggravés d’agressions.

« Pour amener l’eau, il faut l’acheminer. Il faut créer toute une infrastructure, construire une usine, tirer des tuyaux. Tout ça c’est un coût. Ce n’est pas quelque chose qui se fait en un claquement de doigt. C’est quelque chose de très compliqué, notamment dans les pays du Sud », détaille Nathalie Davoisne, du Centre d’information sur l’eau. Une fois ce lourd système mis en place, encore faut-il en assurer l’entretien, « avoir l’eau du robinet ce n’est pas de la magie, c’est une entreprise lourde, qui nécessite de nombreuses compétences et des investissements ».

Jean-Paul Haghe rappelle que, dans les pays du Nord, « la mise en place du réseau d’eau potable s’est faite sur une période assez longue ». Dans le cas de la France, par exemple, rien que le déblocage des capitaux pour développer les structures d’acheminement de l’eau a mis « entre trente et quarante ans », avec un investissement « de l’Etat, de banques privées et des municipalités concernées ». On attend donc des pays du Sud qu’ils soient à la fois plus rapide et plus économes que leurs voisins du Nord. Une tâche « extrêmement difficile sans aide internationale ou sans mécénat ». Mais pourtant nécessaire, s’inquiète le chercheur. Il rappelle qu’il existe « des groupes privés, des mafias » qui, dans certaines régions du globe, « monopolisent l’accès à l’eau au moyen de camions citernes » et monnayent l’or bleu « à des tarifs prohibitifs ».

Explorer d’autres solutions

« On a déjà beaucoup de mal à finir de tirer des tuyaux dans les villes, on ne le fera pas à la campagne », assène à son tour Bernard Barraqué. Il n’y voit en revanche pas un obstacle insurmontable, au contraire. L’ancien directeur de recherches aimerait que les décideurs se penchent sur l’existence de « tout un tas de solutions techniques alternatives qui permettraient d’offrir un accès sans système lourd, avec des microsystèmes ». Des initiatives à la fois moins coûteuses et plus adaptées à des zones rurales dont la densité est forcément inférieure à celle des villes. Il cite en exemple le Barefoot College de Roy Bunker qui, « permet à des femmes d’apprendre en quelques mois à récupérer l’eau de pluie et à la rendre potable ».

Quelque peu provocateur, il considère plus généralement que « l’eau potable c’est en réalité pas grand-chose ». L’eau à boire « ne représente que 5% de l’utilisation de l’eau dans le monde ». C’est un symbole, mais « la vraie question, c’est celle de l’eau utilisée pour l’agriculture, qui en consomme bien plus que les humains ». Avec « la banalisation des techniques de dessalement depuis vingt ans », les humains « vont mourir de faim avant de mourir de soif ! »

Photo de garde Walter J. Pilsak
Samuel Zralos
Article tiré de RFI  le 28 août 2017

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s