Primaire, collège, lycée et supérieur – Ce qui change pour les élèves à la rentrée

Des rythmes scolaires à l’enseignement de la lecture, les élèves du primaire sont les principaux concernés par ces réformes.

Mot d’ordre : la « confiance ». Le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, a présenté mardi 29 août lors d’une conférence de presse la première rentrée scolaire du quinquennat Macron et les réformes attendues pour les 12,8 millions d’élèves et les 884 000 enseignants. Au programme, priorité à l’école primaire et la lutte contre les inégalités. Franceinfo fait le point sur ce qui attend les élèves dès le 4 septembre prochain.

Pour tous les élèves

Plusieurs annonces concernent la totalité des élèves. Parmi les sujets qui fâchent, la suppression de 23 000 contrats aidés, auxquels l’Education nationale a largement recours. Ce sont les auxiliaires de vie scolaire pour les enfants handicapés, les secrétaires, les aides-documentalistes, les animateurs… Le ministre a confirmé que l’accompagnement des élèves en situation de handicap ne serait pas mis à mal et serait même renforcé par 8 000 créations de postes. Ce sont donc les autres postes qui devraient en pâtir. Ces derniers jours, plusieurs élus se sont inquiétés de cette annonce tardive. A La Réunion, la rentrée scolaire a été décalée de cinq jours dans la plupart des communes et Valorbiquet, petite commune du Calvados, a aussi dû repousser la rentrée d’une semaine. L’Association des maires de France a tiré la sonnette d’alarme, et le ministre a assuré suivre la situation de près.

Véritable serpent de mer de la politique éducative, le redoublement est lui aussi au programme de cette rentrée. Le ministre de l’Education souhaite en effet assouplir le décret soutenu par sa prédécesseure Najat Vallaud-Belkacem et adopté en novembre 2014, affirmant « le caractère exceptionnel du redoublement ». « (Il) doit rester possible quand c’est dans l’intérêt de l’élève, et dans des cas qui doivent rester rares », déclarait Jean-Michel Blanquer début juin au Parisien, ajoutant qu’il fallait « autoriser à nouveau le redoublement ». Une déclaration qui a eu le don d’énerver les syndicats, le redoublement n’ayant jamais été frappé d’interdiction.

Il n’est pas normal d’interdire le redoublementJean-Michel Blanquer, ministre de l’Education, au Parisien

Dernier chantier commun : la « rentrée en musique ». Annoncée par un communiqué conjoint des ministère de l’Education et de la Culture en juin dernier, le dispositif, non obligatoire, incite les élèves, professeurs, parents et artistes à accueillir les nouveaux élèves de chaque établissement par une performance musicale. L’objectif est « de faire de la rentrée et, au-delà, de l’année scolaire un moment de joie et de retrouvailles », a assuré mardi Jean-Michel BlanquerLe ministre a affirmé que l’événement n’était pas un « gadget » et promis d’annoncer bientôt des « mesures » afin de « déployer l’éducation musicale dans le primaire et le second degré ».

Pour les élèves de primaire

Ils sont les plus concernés par les changements. Les CP des quartiers très défavorisés (réseau d’éducation prioritaire, REP+) bénéficieront d’une très forte réduction du nombre d’élèves par classe, comme promis par le candidat Macron. Pour 85% des 2 500 classes concernées, c’est un véritable dédoublement qui s’opère, puisqu’elles seront divisées en deux classes d’une douzaine d’élèves. Pour les 15% restants, « il y aura deux professeurs (…) dans une même salle », a précisé le ministre dans une interview aux Echos, le 27 août. Le dédoublement devrait aussi concerner les classes de CE1 en REP+ et de CP et CE1 en REP d’ici 2019.

Les professeurs mobilisés sont en grande majorité « expérimentés », a assuré Jean-Michel Blanquer mardi : « 90% d’entre eux » ont au moins trois ans d’expérience, avance-t-il. Ils bénéficieront d’une prime annuelle de 3 000 euros, dont le calendrier de versement n’a pas été dévoilé. Pour assurer ces nouveaux postes, le gouvernement devra puiser dans le vivier des professeurs remplaçants, ainsi que dans le dispositif « Plus de maîtres que de classes », qui consiste à affecter un enseignant supplémentaire dans une école. Le premier syndicat des enseignants en école primaire, le Snuipp-FSU, s’est étonné que l’on pioche dans l’effectif de ce dispositif, qui « allait être évalué en 2019 ». Jean-Michel Blanquer a néanmoins assuré mardi que deux tiers de ces enseignants seraient préservés.

Côté rythmes scolaires, un tiers des écoles primaires feront leur rentrée en revenant à la semaine de quatre jours, balayant les quatre jours et demi instaurés sous François Hollande. La rue de Grenelle évoque « la liberté nouvelle » dont se sont emparées les communes, alors que des spécialistes de l’enfance déplorent que l’intérêt des enfants passe après celui des adultes. Jean-Michel Blanquer a rassuré mardi les communes conservant le rythme de quatre jours et demi : il souhaite en effet « pérennis[er] » le fonds de soutien qui leur est dédié. Une concertation pour revoir plus largement le calendrier scolaire et la durée des vacances sera également ouverte « dans les deux mois qui viennent », a annoncé lundi le ministre sur BFMTV.

Troisième gros chantier pour le ministère : l’enseignement de la lecture. Le ministre a souhaité revaloriser la méthode syllabique (basée sur le déchiffrage des mots), au détriment de la méthode globale (focalisée sur le sens). Une annonce qui a « étonné » les syndicats car, dans la pratique disent-ils, une combinaison des deux est souvent utilisée.

Le primaire devrait en outre bénéficier en « priorité » d’une hausse de 1,2 milliard d’euros du budget de l’Education nationale. « Nous allons passer le cap des 50 milliards d’euros de budget (…) autour de 50,5 milliards » (hors cotisations aux retraites des fonctionnaires de l’Education nationale), contre 49,3 milliards d’euros aujourd’hui, a promis mardi le ministre. « On a dit clairement que l’école primaire était une priorité, il y a donc des créations de postes à cette rentrée, il y en aura à la rentrée suivante, à l’école primaire. »

Les élèves de CM2 devraient aussi pouvoir bénéficier d’un « soutien gratuit, avant l’entrée en 6e », selon ce qu’avait annoncé Jean-Michel Blanquer dans une interview début juin au Parisien. Ces stages de « remise à niveau » par petits groupes se dérouleront sur cinq jours, à raison de trois heures par jour, durant les vacances de printemps ou d’été. Centrés sur le français et les maths, ils seront dispensés par des enseignants volontaires rémunérés en heures supplémentaires et seront proposés en priorité aux élèves des REP.

Enfin, Jean-Michel Blanquer a évoqué mardi la possibilité d’instaurer des évaluations nationales en français et en mathématiques, en octobre pour les CP et en novembre pour les 6e, deux « moments-clés » de la vie des élèves.

Pour les élèves de collège

Outre l’évaluation à l’entrée en sixième, les élèves de collège sont eux aussi concernés par les changements. Dès cette rentrée, ces établissements du secondaire pourront en effet rétablir les options de langues anciennes (latin et grec), développer les classes bilangues et les sections européennes, dont seule une partie avait subsisté avec la réforme du collège mise en œuvre il y a un an. Au contraire, les enseignements pratiques interdisciplinaires ne seront, eux, plus obligatoires.

Jean-Michel Blanquer a également annoncé que le dispositif « devoirs faits » serait appliqué après les prochaines vacances de la Toussaint. Objectif : offrir à 20% des collégiens une aide aux devoirs gratuite dans le cadre de leur établissement. L’encadrement sera assuré par des enseignants volontaires, des surveillants, des volontaires en service civique, des associations, des retraités et des étudiants. La mesure pourrait ensuite s’étendre à l’école primaire.

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Pour les élèves de lycée

Il l’avait dit dès sa nomination en mai et l’a rappelé mardi : le ministre de l’Education veut « remuscler le baccalauréat » afin de lui « redonner toute sa force ». En clair : que le diplôme acquière plus de valeur qu’aujourd’hui, alors que son taux de réussite avoisine chaque année les 80%. « Deux personnes »désignées « d’ici la fin du mois de septembre » auront pour tâche de mener« une concertation » afin d’éclaircir les contours de cette réforme qui devrait entrer en vigueur pour le bac 2021. Le premier « horizon » de ce programme devrait être connu « début 2018 », a-t-il promis.

Pour les élèves de filière professionnelle

La voie professionnelle (CAP et bac pro) est une « très grande priorité », a répété Jean-Michel Blanquer mardi. Il a dit souhaité la « renouveler » et évoqué une réforme des CAP ainsi qu’une meilleure articulation avec l’apprentissage – sans toutefois entrer dans les détails. Les bacs pros doivent, selon lui, être des facteurs d’« attractivité » en formant « aux métiers de demain » de la transition numérique ou énergétique, par exemple.

Pour les étudiants de l’enseignement supérieur

Si le sujet n’a pas été abordé mardi par Jean-Michel Blanquer, le tirage au sort à l’entrée à la fac devrait bien disparaître en 2018. C’est en tout cas la promesse de la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, qui a entamé avec les acteurs de l’éducation une vaste concertation mi-juillet. Objectif : réformer au plus vite le système d’entrée à l’université, source d’un « énorme gâchis », dit-elle.

« Nous devons en finir avec le traitement de masse, qui est la vraie cause de l’échec », a-t-elle aussi plaidé, à l’ouverture des concertations. Depuis deux ans, les facs françaises doivent accueillir chaque année quelque 40 000 étudiants supplémentaires, une hausse qui devrait perdurer jusqu’en 2022. Faute de suffisamment de places et d’autorisation légale accordée aux universités d’effectuer une sélection, c’est le tirage au sort qui est utilisé dans les filières dites « en tension » (droit, psychologie, Staps). Ce dernier pourrait être supplanté par la mise en place de prérequis nécessaires pour intégrer une formation universitaire.

Photo MAXPPP
Mathilde Goupil
Article tiré de Franceinfo  le 30 août 2017

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