Dignité pour les demandeurs d’asile

Dimanche 23 juillet, j’avance sur le boulevard de la Villette, à Paris. On distingue de loin une masse qui occupe tout le trottoir.

Ce soir, les demandeurs d’asile sont plus de 200. Quatre tentes ont été installées. Des toiles sont tendues pour tenter de protéger un peu de la pluie. Mais les réfugiés sont ruisselants, assis sur des cartons, sous des couvertures trempées.

Demain, trois ou quatre camions de police seront là vers 7h 30. Les personnes seront exténues, peut-être malades à cause de leurs vêtements humides, agglutinées les unes aux autres.
La police tentera de constituer une file en utilisant des gaz lacrymogènes. Les personnes s’accrocheront aux grilles de la plateforme d’accueil des demandeurs d’asile (Pada), prises au piège derrière les barrières installées tout au long de cette structure…

Puis, vers 11heures, les 60 ou 80 premiers pourront entrer et obtenir un ticket pour un rendez-vous dans un mois et demi ou deux mois. Tous les autres seront furieux, et il faudra utiliser la force pour les disperser. Deux ou trois camions de CRS supplémentaires viendront peut-être afin de rétablir l’ordre et d’éviter plus d’affrontements et de blessés. Ce qui arrive fréquemment, en particulier la nuit.

On a beaucoup clamé que les femmes étaient chassées du quartier de La Chapelle. Mais là, à la Pada 127, nombre d’entre elles refusent de s’installer au milieu des groupes d’hommes, et se voient exclues de la file d’attente. D’autres tentent d’y passer la nuit, en se mettant en deux. Mais comment ne pas être écrasées dans la file ? Certaines abandonnent. L’exclusion est quotidienne, violente.

Cette violence est présente pratiquement tous les jours autour de cette structure gérée par France Terre d’asile, sous la responsabilité de l’Office français de l’immigration et de l’intégration et de la préfecture de Paris.
Comment une association peut-elle continuer à travailler dans de telles conditions, comment peut-elle accepter une telle indignité ?

A quand l’abandon de ce système absurde et indigne qui fixe des dizaines de milliers de personnes à Paris sans habitat ni alimentation pendant des mois ?

Quand arrêtera-t-on de reporter sur une partie de la population populaire de Paris la gestion de cette situation ? A quand un système conséquent mis en oeuvre par l’Etat, qui héberge, nourrisse et accueille dignement sur tout le territoire ce flux migratoire concentré dans la capitale et sa banlieue ?
Minuit est passé, il pleut toujours.

Témoignage de Pierre Vuarin
Article tiré du Courrier des lecteurs de Politis  le 31 août 2017

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