Ces paysans qui produisent sans gagner de quoi manger !

Jusqu’à présent, l’année 2017 a été difficile pour les agriculteurs français en raison de prix trop bas et de nombreux aléas climatiques qui ont parfois provoqué d’importantes pertes de production. C’est le constat de la présidente de la FNSEA qui souhaite que les échanges d’arguments dans le cadre des Etats généraux de l’alimentation conduiront les distributeurs à mieux prendre en compte le besoin de rémunérer correctement les producteurs. Mais la partie est loin d’être gagnée.

C’est à une rentrée syndicale partagée entre l’expression de nombreuses inquiétudes et la volonté de trouver dans l’actualité un nouvel espoir pour la profession agricole que nous avons assisté ce mardi 5 septembre au siège de la FNSEA. Christiane Lambert, présidente du syndicat paysan depuis le décès brutal de Xavier Beulin en février, a successivement parlé de «vigilance», puis « d’urgence » et enfin d’un besoin de « constance » dans la gestion des dossiers agricoles. Elle a rappelé que 82 départements français ont plus ou moins souffert de la sécheresse depuis le début du printemps de cette année et que 32 ont été soumis à des restrictions d’eau qui ont fait chuter les rendements. A quoi se sont ajoutés d’autres aléas climatiques comme les gelées tardives du printemps qui ont été préjudiciables aux producteurs de fruits, mais plus encore aux vignerons qui vont connaître en 2017 les plus faibles rendements à l’hectare jamais constatés depuis la seconde guerre mondiale.

Si le prix du lait payé aux producteurs a un peu progressé ces derniers mois, il est loin de celui qui existait un an avant la sortie des quotas laitiers qui ont régulé la production européenne entre avril 1984 et mars 2015. D’une façon générale, les prix agricoles restent trop bas en France pour la troisième année consécutive. C’est particulièrement vrai pour les céréales du fait de la spéculation à la baisse dans les salles de marché tant que l’offre mondiale dépasse la demande solvable. Dans ce contexte, il a suffit que la récolte en Russie atteigne cette année un nouveau record pour que le prix de la tonne de blé rendue au port de Rouen tombe à 149€ à la fin du mois d’août contre 170€ au début du mois de juillet et plus de 190€ en juillet 2015.

Même la viande bio est mal payée à l’éleveur

Les cours de la viande bovine se sont un peu redressés, mais ils ne permettent toujours pas de rémunérer correctement les éleveurs. Même ceux qui se sont convertis à l’agriculture biologique avec de belles races comme la charolaise ou la limousine ont du mal à couvrir leurs coûts de production, a témoigné Patrick Bénézit, dirigeant national du syndicat et éleveur en cours de conversion en élevage bio dans le Massif Central. Quand le revenu mensuel moyen tombe à 340€ dans une exploitation agricole, ce pillage du travail des paysans dépasse le limites du supportable. Dans ce contexte, la présidente de la FNSEA veut croire que les Etats généraux de l’alimentation permettront  de mettre le choses à plat et de parvenir à un meilleur partage de la valeur ajoutée entre les différentes branches dans chaque filière de production. «Nous sommes satisfaits des premières réunions qui se sont tenues. Nous attendons des décisions concrètes », a déclaré Christiane Lambert qui vaudrait aussi que l’on procède à un « réajustement de la Loi de modernisation économique » ; cette LME  qui régit les négociations commerciales annuelles entre les distributeurs, via quatre centrales d’achat, et leurs fournisseurs qui sont des milliers d’entreprises.

Du fait de la pression des distributeurs, l’agriculteur perçoit 6,20€ pour les produits bruts qu’il a vendus quand le consommateur dépense 100€ en grande surface pour les acheter une fois transformés et conditionnés. A titre d’exemple, quand le consommateur paie une baguette de pain 90 centimes, seulement 4,6 centimes reviennent au paysan pour le blé contenu dans la baguette.

Présente dans les 7 ateliers qui ont commencé leurs échanges dans le cadre des Etats généraux de l’alimentation, la FNSEA pense pouvoir convaincre ses partenaires de la Grande distribution de ne peut plus continuer de « détruire de la valeur » dans une course incessante aux prix bas qui fait aussi que « l’industrie  alimentaire connaît une diminution importante de ses marges depuis 2008, atteignant le niveau le plus bas depuis 1974 », selon un document commun produit par la FNSEA et ses partenaires dans les  filières, y compris la Fédération du commerce et de la distribution (FDC) qui représent  les grandes surfaces.

Afin de parvenir à de meilleures relations commerciales, Christiane Lambert a dit vouloir « un encadrement des promotions pour éviter le bradage de produits, et revoir le seuil de revente à perte qui écrase les prix », ces deux   manières de procéder chez les distributeurs aboutissant « à une forte destruction de valeur ». Et la présidente de la FNSEA d’ajouter : « Nous attendons qu’on ait des décisions concrètes et le président de la République doit d’ailleurs s’exprimer sur le sujet ». Ce serait entre le 10 et le 12 octobre, date charnière dans la transition entre les premiers ateliers et les suivants.

« Lever l’interdiction de revente à perte » écrivait Macron en 2008

En 2008, l’actuel président de la République n’était que le rapporteur de la Commission Attali que Nicolas Sarkozy avait mise en place pour réfléchir  au contenu de la LME qui allait accroître les diffricultés des paysans à partir de cette date. Derrière le mot d’ordre « Décision 203 » on pouvait lire ceci sous la plume d’Emmanuel Macron : « Lever l’interdiction de revente à perte (…) Une telle mesure entraînera une baisse significative des prix(…) Il convient  d’instaurer la liberté des négociations commerciales entre les distributeurs et leurs fournisseurs… » .

C’est ce qui s’est passé depuis cette date, aboutissant au final « à une forte destruction de valeur », comme le relève la présidente de la FNSEA. Reste à savoir ce qu’en dira  le président Macron en octobre. En attendant, il suffit de feuilleter les journaux publicitaires de grandes enseignes qui remplissent actuellement nos boites aux lettres pour voir comment les « promotions à trois articles pour le prix de deux » financées par les fournisseurs de ces mêmes enseignes se traduisent, plus que jamais, par de la destruction de valeur.

Photo de garde : AFP – Eric Piermont
Gérard Le Puill
Article tiré de l’Humanité  le 5 septembre 2017

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Une réflexion sur “Ces paysans qui produisent sans gagner de quoi manger !

  1. L’agriculture n’est plus ce quelle était dans le passé, il y a 40ans mes parents vivait encore a l’ancienne, il n’avait pas de trieuse a lait et le faisait manuellement, les vaches au beau temps étaient emmenées au pâturage , l’hiver on leur donnait des betteraves, des choux poussé en pleine terre … on faisait de la caillebotte l’été avec le lait j’adorais ça ….

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