Logement – Et pour cinq euros de moins dit Emmanuel Macron

Et pour quelques dollars de plus titrait Sergio Leone pour l’un de ses films. Et pour 5 euros de moins à ridiculement lancé hier Emmanuel Macron aux bailleurs sociaux et privés pour tenter de sortir son gouvernement d’une mauvaise passe suite à la baisse annoncée de l’Aide personnalisée au logement (APL).

Qu’il était ridicule en tribune hier ce président de la République lançant un appel « aux bailleurs sociaux, aux propriétaires à faire baisser le prix du logement de 5€ par mois », afin d’effacer la perte de pouvoir d’achat que subissent les locataires suite à la décision du gouvernement d’amputer l’Aide personnalisée au logement (APL) de cette somme mensuelle. « C’est cela la responsabilité collective » a ajouté le chef de l’Etat se déclarant  « surpris du silence collectif » sur un sujet à ce point sensible que son idée de génie venait enfin de briser.

Du coup, deux chiffres sont été mis en exergue par les médias pour tenter d’expliquer que les 40 milliards d’euros dépensés par l’Etat et par les contribuables en faveur du logement ne donnent pas des résultats satisfaisants. Encore faut-il rappeler d’où provient cette inefficacité et comment elle a évolué. Ce que personne ne se rappelle aujourd’hui. Le changement remonte au septennat de Valéry Giscard d’Estaing quand Raymond Barre était son Premier ministre avec le centriste Pierre Méhaignerie en charge du logement.

De l’aide à la pierre à l’aide à la personne

On décida en 1980 de ramener « l’aide à la pierre » à la portion congrue pour les bailleurs sociaux. Le gouvernement laissait entendre, qu’à l’exception d’une petite frange, les ménages français allaient devenir propriétaires de leur logement. L’APL aiderait un quota résiduel de pauvres à se loger en HLM jusqu’à l’extinction définitive de la pauvreté. Sauf que la pauvreté et la précarité n’ont cessé d’augmenter en France depuis cette époque. Faute d’aide à la pierre, les bailleurs sociaux ont moins construit de logements. On a donc fait appel aux bailleurs privés en leur permettant de déduire des sommes importantes de leur déclaration annuelle de revenus sur de longues années quand ils investissaient dans le logement locatif pour percevoir des loyers.

Ministres et députés ont  multiplié ces dispositifs. Au point qu’ils ont pris des nom de Périssol, Besson, De Robien, Scellier, Apparu, Duflot et autres Pinel. Mais, pilotés par des promoteurs en quête de profits sur le prix des terrains, ces logements locatifs ne répondent pas de manière satisfaisante à la demande dans ce qu’on appelle « les zones tendues ». Ces zones se multiplient et vont continuer de se multiplier dans la mesure où tous les gouvernements depuis près de cinq décennies ont laissé le marché spéculatif aménager le territoire en fonction du seul intérêt des spéculateurs. Cette tendance lourde continue de s’accentuer avec la mise en place des grandes régions et leurs capitales dont les élus veulent faire « de pôles de compétitivité » au détriment de la périphérie.

Jacques Mézard en panne d’idées sur les territoires

Cette réalité contradictoire échappe au ministre de la Cohésion des territoires Jacques Mézard dans l’entretien qu’il accorde au Figaro de ce mercredi. Il constate que « malgré le fonds consacrés par l’Etat et le contribuable (près de 40 milliards d’euros) dans ce domaine, la France manque de logements, spécialement dans les zones tendues. Et plus ces logements sont chers, plus leur coût augmente ».  Moyennant quoi, mais sans préciser comment, il dit vouloir « transformer radicalement la politique du logement en France, construire plus vite, moins cher, et protéger les plus fragiles ».

Beaucoup plus loin dans l’entretien il affirme qu’avec Nicolas Hulot en charge de la Transition écologique, « nous engageons la lutte contre le passoires énergétiques ». Les passoires énergétiques sont des immeubles et des maisons, des millions de logements au total, dont la construction n’a pas été conçue pour réaliser des économies d’énergie alors qu’il est urgent de lutter contre le réchauffement climatique. Mais en voulant « construire moins cher » des logements neufs pour les locataires, Jacques Mézard plaide aussi pour la construction de nouvelles passoires énergétiques.

Notons enfin que le ministre de « la Cohésion des territoires » n’avance aucune idée pour donner de la cohésion à ces mêmes territoires. Or, en concentrant les emplois et l’essentiel des activités au cœur et à la proche périphérie  des grandes métropoles, les gouvernements qui se succèdent aux affaires depuis des décennies créent « en même temps », comme dirait l’autre, des zones tendue où manquent toujours des logements et de vastes zones désertifiées où les maisons restent vides et les immeubles sous-occupés faute d’emplois de proximité en nombre suffisants.

Photo Reuters
Gérard Le Puill
Article tiré de l »Humanité . le 6 septembre 2017

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