Les Rohingyas racontent 35 ans de discriminations

L’armée birmane a lancé depuis le 25 août une répression sanglante contre la minorité des Rohingyas, qui a entraîné un exode sans précédent d’environ 300 000 d’entre eux vers le Bangladesh. La haine de l’armée envers cette minorité musulmane est ancienne dans ce pays bouddhiste.

Les bases d’une discrimination d’Etat envers les Rohingyas sont jetées en 1982 lorsque la junte militaire birmane adopte la loi sur la citoyenneté. Cette ethnie musulmane, présente sur ces terres depuis des générations, perd la nationalité birmane, ainsi que le droit de faire des études universitaires.

A l’époque, Mohammed Sae Meen n’était pas encore né. Dans le camp de Kutupalong, au Bangladesh, où il est aujourd’hui réfugié, ce jeune homme de 20 ans arbore ses résultats scolaires, qu’il a sauvés en fuyant. « Regardez, j’avais de très bons résultats. J’ai obtenu plus de la moyenne aux examens de seconde. Mais le maire m’a dit que je ne pouvais pas étudier davantage, car j’avais un nom rohingya. Il m’a dit que si j’essayais, je pourrais être tué », raconte-t-il.

Mohammed Rafiq s’est affronté au même mur. Ce propriétaire terrien avait de bons revenus et voulait que ses enfants étudient pour avoir un meilleur avenir. Impossible. « C’est interdit d’aller à l’université pour nous, les musulmans. Ils nous disent : ‘vous êtes bengalais’. Du coup on ne peut pas être docteur ou ingénieur, car on ne peut pas avoir de diplôme d’université. On travaille la terre, c’est notre seul moyen de survie », regrette-t-il.

Le rapport de Kofi Annan, rendu le 23 août, recommandait d’offrir plus de droits et de libertés aux Rohingyas. A la place, l’armée a lancé sa plus sanglante attaque contre cette minorité fragilisée. Et aujourd’hui, les réfugiés qui ont fui au Bangladesh s’installent comme ils peuvent, où ils peuvent, alors que les camps humanitaires sont débordés.

Parcours de survie

Pour les nouveaux arrivants, afin trouver une place où dormir et se construire un logis est un véritable parcours de survie. Ashi Ullah a la barbe grise et le regard désespéré. Ce quinquagénaire est arrivé le 7 septembre dernier au Bangladesh avec 70 personnes de son village, qui a été incendié par l’armée birmane. Depuis, il cherche un endroit où dormir. « Tous les terrains sont pris. Nous avançons chaque jour d’un endroit à un autre. Nous avons avant tout besoin d’une toile pour nous couvrir. »

Les bâches en plastique noir et les longues tiges de bambou sont deux éléments essentiels à obtenir pour ces réfugiés rohingyas. Elles sont vendues entre 50 et 150 takas pièce par les commerçants locaux, soit entre 50 centimes et 1,50 euro. Une fortune pour ceux qui ont tout abandonné. Et puis il faut encore obtenir un terrain.

Zahafar Ahmed, lui, vient de le trouver en haut d’une colline, derrière des dizaines d’autres tentes similaires. Il a alors emprunté un outil et est en train d’aplanir la terre. « Nous sommes 17 personnes et cela fait 8 jours que nous sommes arrivés. Jusqu’à présent nous dormions au bord de la route, sans toit. Nous étions trempés par la pluie. Puis un policier m’a autorisé à utiliser le terrain. La bâche m’a été donnée et j’ai acheté le bambou. Je l’ai coupé en trois pour faire la structure. »

Entre les champs de riz, toutes les collines sont maintenant couvertes de ces bâches noires. Sur des dizaines de km, Cette région frontalière s’est transformée en un vrai camp de réfugiés.

Photo de garde: AFP – Munir Uz Zaman
Sébastien Farcis
Article tiré de RFI  le 11 septembre 2017

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