Marseille – Après l’enfer de la route, des ados laissés sur le trottoir

Près d’une centaine de ces jeunes dorment sur des cartons autour de la gare à Marseille. Ils ont fui leur pays et ne trouvent pas en France le droit à la protection que la République leur doit.

« Je suis parti parce que je n’avais pas d’avenir en Guinée. Mais sans destination. J’ai suivi la route. Je veux m’arrêter maintenant. Je suis resté six mois en Italie, mais il n’y avait pas de place. Depuis un mois je viens ici, les lundis, mercredis et vendredis. On s’inscrit, on prend un café et un biscuit. Ils nous disent d’attendre, d’être patients. A midi, ils ferment, on repart. »

Moussa a 17 ans. Il a quitté la Guinée en 2015, traversé le Mali, l’Algérie et la Libye et la Méditerranée, a été repêché le 25 février au large de l’Italie avec 324 autres personnes. Il est arrivé à Marseille le 3 août. « Un lit et une école, ça me va. On veut juste une place. » Mohamed a 16 ans. Chassé de Saraf Omar, dans le Darfour au Soudan par les milices janjawids, il a pris la route il y a 18 mois, via la Libye et l’Italie jusqu’à la Vallée de la Roya. A Marseille depuis le 16 août, il pointe aussi chacun des trois jours d’ouverture hebdomadaire sur le registre de l’Addap 13 depuis deux semaines.

Venus d’Afrique subsaharienne, d’Afghanistan, de Turquie ou du Maghreb, ils sont ainsi une quarantaine de jeunes, des garçons pour la grande majorité, âgés de 14 à 17 ans, attroupés devant le 360, boulevard National ou entassés autour d’une table à l’intérieur de l’étroit local de l’Addap 13, à espérer qu’une des 21 places marseillaises de mise à l’abri dont dispose le Département se libère. « Pas avant 3 à 4 mois », jauge un éducateur.

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Ils ont fui la guerre, la misère ou les persécutions, ont connu les rapts et les passages à tabac, parcouru des milliers de kilomètres à pied ou entassés à « 15 ou 20 personnes dans des Toyotas », ont survécu à l’enfer des camps libyens, traversé la Méditerranée « à 115 ou 130 » sur des Zodiacs. Totalement éprouvés, épuisés, et isolés, c’est dans les rues de Marseille qu’une centaine de mineurs en exil cherchent un répit, une main tendue. Mais sur les côtes européennes, c’est l’écueil.

« Nice, on ne reste pas. La police te chasse. Je n’ai vu que la gare. » Les Alpes-Maritimes sont devenues un piège tant les frontières s’y sont redéployées. Moussa débarque à la gare Saint-Charles à Marseille, avec sa paire de mocassins, son bermuda et son T-shirt. Il y dort encore. En bas des escaliers, sur un morceau de carton. Une vie au jour le jour. « Des fois, on trouve un matelas abandonné. Mais on ne peut rien garder, il y a trop de vols. Le premier soir, on m’a volé mon téléphone. On se groupe à deux ou trois pour éviter les agressions. On ne dort pas tellement. Et là il commence à faire froid. »

A ses côtés, Amine, 16 ans, découragé d’attendre depuis trois mois, lâche : « Certains soirs une association [13 égaux, ndlr] distribue les repas sans demander la carte. Sinon, il y a les poubelles. Pour l’eau aussi c’est difficile. C’est de la souffrance. » Moussa précise : « On ne mange pas beaucoup, ça ne passe pas. C’est la police qui m’a indiqué l’Addap. Je ne connais rien d’autre. Les adultes font le 115. Mais nous, ils ne nous prennent pas. Alors on vient là. C’est toujours la même parole. Patientez. Et on reste là. »

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Le parcours de l’impossible

A l’étroit et assaillis, trois travailleurs sociaux se partagent un ordinateur et orientent au mieux les adolescents. « C’est compliqué de faire les papiers, de savoir où aller », désespère Moussa. Parfois, des mains se tendent. « Une dame m’a donné une doudoune et un monsieur m’a offert un repas. Ça aide à garder espoir. » Moins altruiste, une mosquée, « à tendance salafiste », précisera un éducateur, propose « un repas. Mais il faut aller aux prières », ajoute Rebaï, 15 ans. Orienté chez Médecins du Monde pour une toux sévère, Mohamed, sans papiers, sans maîtrise du français, sans même savoir exactement dans quelle ville il marche, arrive pourtant à se présenter dès 9 heures à l’ouverture des consultations. La salle est comble. Le gamin soudanais est enregistré in extremis dans la file des 22 visites. A midi passé, Mohamed repart avec un traitement et une ordonnance pour le centre anti-tuberculose de Bougainville.

Chaque jour, la moindre démarche est une barrière supplémentaire à leur intégration. Quant au droit d’asile, « la demande n’est pas nécessaire, ils sont mineurs, non expulsables », assure une juriste. Or à 18 ans, rien ne garantit leur régularisation et une obligation à quitter le territoire français (OQTF) peut solder leur avenir. Après deux semaines de galère marseillaise, Mohamed a repris la route. Moussa « craque un peu » mais s’accroche à son carton et à son rêve, « une formation ». A 17 ans, il sait que ses jours en France sont comptés. Comme tous, il saisit les bribes d’information indispensables à sa survie : « Je veux un avocat.»


Myriam Guillaume
Article tiré de la Marseillaise  le 12 septembre 2017

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