La guerre des étoiles à la fête de l’Huma

Face aux ordonnances de Macron, les conditions semblaient réunies samedi pour un débat constructif et une convergence à gauche. Jusqu’à ce que le patron des communistes mette en cause la stratégie solitaire de Jean-Luc Mélenchon.

Parfois, la météo est trompeuse : samedi, en fin de matinée, le soleil a survécu à la pluie. Alors qu’elle était programmée sur les têtes de la Fête de l’Humanité. Une bonne nouvelle. Dans les allées, des sourires, de la musique et l’odeur des grillades qui chatouille les narines. On s’est posé au stand de Benoît Hamon. Le dernier candidat socialiste à la présidentielle pose son coude sur le bar. Il refuse de jeter un dernier coup d’œil dans le rétroviseur. La présidentielle, tout ça. Il écrit sa nouvelle histoire. Celle de son mouvement, le fameux M1717, qu’il espère voir grandir au fil des jours. Le chef des communistes, Pierre Laurent, passe une tête. Ils discutent. Les flashs crépitent. Et le cliché termine sur les réseaux sociaux.

Le temps passe lentement et l’humeur ne change pas. Le chef des écolos, David Cormand, déguste une tarte au stand de l’Eure. Son parti est en crise. Plus un député dans l’hémicycle et des caisses qui sonnent creux. Mais comme tout le monde, il a l’air heureux. La gauche a un coup à jouer face à Macron et ses ordonnances. A tous les carrefours on entend les mots «combat», «lutte» et «convergence».

Benoît Hamon et Pierre Laurent à la fête de l'Huma, le 16 septembre.Benoît Hamon et Pierre Laurent à la fête de l’Huma, le 16 septembre. (Photo Boris Allain)

Le nez sur les téléphones

La fête de l’humanité est pleine de cette rengaine. Le samedi après-midi, Pierre Laurent prend la parole devant ses invités. Cette année, au premier rang, on retrouve des socialistes et des députés de la France Insoumise. Le chef des communistes parle beaucoup. Ce n’est pas nouveau. Mais cette fois, son discours fait réagir. Lorsqu’il dit – en parlant de Jean-Luc Mélenchon –, «il est absent mais le peuple est présent», Alexis Corbière change de tête. La bonne humeur s’envole. Une ambiance étrange s’invite au cœur du stand du PCF.

 @alexiscorbiere

A #FetedelHuma, Pierre Laurent n’a pas un mot critique contre le PS mais tacle régulièrement @JLMelenchon sans mentionner le 23 #lourdingue

A la fête de l'Humanité, le 16 septembre 2017. Au premier plan, Alexis Corbière. A la fête de l’Humanité, le 16 septembre 2017. Au premier plan, Alexis Corbière.(Photo Boris Allain)

Au fil des mots, Pierre Laurent égratigne la stratégie de Jean-Luc Mélenchon, notamment son refus de dialoguer avec les autres familles«progressistes». Les députés de la France Insoumise n’écoutent plus. Ils sont ailleurs. Le nez sur leurs téléphones. Ils communiquent entre eux. Préparent leur riposte. Le chef des communistes est encore sur scène et les insoumis répliquent sur les réseaux sociaux. Alexis Corbière, Adrien Quatennens et Eric Coquerel accusent le communiste de taper sans raison leur chef, Jean-Luc Mélenchon. Le porte-parole du PCF, Olivier Dartigolles répond aux insoumis sur Twitter. On assiste à une guéguerre 2.0. Le tout, alors qu’ils sont les uns en face des autres.

Olivier Dartigolles @Dartigolles

C’est inexact Éric, c’est outrancier. C’est nul. Merci cher invité…

«Qu’est ce qui s’est passé ?»

Le discours de Pierre Laurent touche à sa fin. Il descend de sa petite estrade. Il serre quelques mains, notamment celle de la maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo. La presse cherche des réponses. Les communistes assurent que les attaques de leur chef ne sont pas si méchantes. Et qu’il faut «savoir accepter les critiques». L’analyse des insoumis est différente. Sarah Legrain interroge : «Ce n’est pas l’esprit de la fête de l’Huma. Au lieu de taper sur Mélenchon, on pourrait se concentrer sur Macron ?». Le député du Nord, Adrien Quatennens :«C’est dommage, mais ça confirme l’amertume de la direction du PCF. Nous, nous sommes présents pour apporter une énergie positive. Pour la suite, qui vivra verra.»

Pierre Laurent à la fête de l'Huma, le 16 septembre.Pierre Laurent à la fête de l’Huma. (Photo Boris Allain)

L’esprit de convergence du début de journée est loin. Dans les allées, Alexis Corbière est encore rouge. Fumasse. Il ne comprend pas les mots de Pierre Laurent. «C’est comme dans un match de foot, il nous a mis un tacle par-derrière à la première minute de jeu», dit-il. Un peu plus loin, on croise la députée insoumise Clémentine Autain. Elle était au premier rang. On lui demande de réagir. Elle répond : «Oui le discours était un peu dur mais je n’ai pas suivi les échanges sur Twitter, qu’est ce qui s’est passé ?» A ce moment précis, on comprend : la gauche, les gauches, sont en décalage permanent.

Photo de garde : Boris Allain
Rachid Laïreche
Article tiré de Libération  le 16 septembre 2017

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