Une loi pour confiner Nicolas Hulot dans un jeu de rôle

Dans un pays qui importe 99% du pétrole qu’il consomme, les députés débattent jusqu’à demain d’un texte de loi présenté par le ministre de la Transition écologique et solidaire. Il propose d’arrêter les recherches et de laisser dormir nos possibles gisements de pétrole conventionnel en France afin de dépendre à 100% des importations. Es-ce vraiment cela la première urgence pour le travail parlementaire ?
Depuis hier soir et jusqu’à demain, les députés doivent débattre du texte de loi déposé par le ministre de la Transition écologique et solidaire sur « la fin de la recherche et de l’exploitation des hydrocarbures ». Dans un pays qui ne tire de son sol que 1% de sa consommation annuelle de pétrole, on peut se demander ce que cela va changer concernant la consommation d’hydrocarbures. Ca peut juste accroître un tout petit peu le déficit annuel du commerce extérieur, mais en aucun cas réduire les émissions de CO2 à consommation constante de pétrole.
Qu’un texte de loi interdise l’exploitation du pétrole et du gaz de schiste, vu les nombreux risques induits sous d’autres cieux par cette exploitation peut se comprendre. Mais le texte présenté par Nicolas Hulot considère qu’il n’y a pas lieu de chercher de possibles réserves de pétrole conventionnel dans le sous-sol d’un pays qui n’en pompe 800.000 tonnes par an alors qu’il en importe 100 fois plus. Le bilan carbone de chaque baril de pétrole importé d’un pays lointain sera plus élevé que celui d’un baril pompé dans notre sous-sol en raison des longs transports sur des bateaux alimentés de fuel lourd.
Mais il parait que cette loi « c’est plus qu’un signa l: cela sonne comme la fin d’un modèle et rend possible l’émergence d’un nouveau », selon les propos tenus par Nicolas Hulot le 26 septembre devant la commission du développement durable de l’Assemblée nationale.

Vers une nouvelle croissance de la circulation sur route 

Il reste à voir si nous prenons actuellement le chemin qui « rend possible l’émergence d’un nouveau » modèle. La nouvelle configuration des régions mise en place sous la présidence de François Hollande va conduire à un nouvel accroissement de la circulation automobile en France. Dans ces nouvelles régions, le capital spéculatif sera à l’affut, au cœur des capitales régionales et leur proche périphérie, pour y concentrer un maximum d’activités et d’emplois au détriment des petites villes et des cantons ruraux. Le foncier sera toujours plus cher dans ces métropoles régionales, ce qui poussera toujours plus de salariés à se loger dans de lointaines banlieues tandis que la voiture individuelle sera de plus en plus utilisée pour se rendre au travail sur des distances toujours plus longues comme cela se pratique depuis déjà longtemps autour de Paris et des grandes villes de province .
Jusqu’à présent le ministre de la Transition écologique et solidaire n’a rien proposé de concret pour réduire l’usage de la voiture individuelle en France. Or cette réduction du nombre de voitures en circulation ainsi que celle de la distance moyenne entre le domicile et le travail sont indispensables si nous voulons tendre vers l’objectif de division par quatre des émissions de CO2 d’ici 2050. Il ne suffira pas pour cela de donner une prime à quiconque se séparera de sa vieille voiture pour en acheter une neuve comme l’a annoncé Nicolas Hulot récemment. Surtout si les vieilles voitures retirées de la circulation en France sont revendues entières ou en pièces détachées pour aller polluer le ciel africain puisque les gaz à effet de serre ne s’arrêtent pas aux frontières.

Quelle énergie pour charger les batteries des voitures électriques en 2040 ?

Certes, le ministre de la Transition écologique et solidaire nous a annoncé souhaiter en finir avec les voitures à essence et diesel d’ici 2040 pour les remplacer par des voitures électriques. Mais une politique de substitution permanente de vieux véhicules par des voitures neuves aura aussi un bilan carbone élevé entre l’extraction des matières premières et la fabrication des pièces pour toutes ces nouvelles voitures. On peut enfin se demander quelle énergie fossile sera alors utilisée pour charger des millions de batteries lors des nuits sans vent dans un pays où il est question de réduire la place de l’énergie nucléaire à 50% de notre consommation en 2025 pour la faire disparaître en 2050.
Pour toutes ces raisons, le texte proposé aux députés par Nicolas Hulot, encadré de près par l’Elysée, Matignon et Bercy, manque pour le moins de crédibilité. Tout se passe comme s’il fallait confiner la ministre de la Transition écologique et solidaire dans un jeu de rôle, hors des réalités de terrain, afin qu’il ne puisse nuire au monde des affaires.
Photo AFP/Andy Buchanan
Gérard Le Puill
Article tiré de l’Humanité  le 4 octobre 2017
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