La France importe 40% de ses fruits et légumes

En attendant le discours que prononcera demain le président de la République au sujet des Etats généraux de l’alimentation, de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer la ruine des paysans via la guerre des prix entre les grandes enseignes de la distribution. 
Emmanuel Macron est à l’origine de cette accentuation de la pression sur les paysans en sa « qualité » de rapporteur de la Commission Attali dont les préconisations ultralibérales ont été intégrées dans la Loi de modernisation économique (LME) votée parla droite en 2008. Demain, les paysans de la FNSEA seront présents de 9H à 16H place de la République à Paris pour dialoguer avec les franciliens et proposer des dégustations de produits de nos régions. Demain aussi, la Confédération paysanne organisera à 18H30 un rassemblement Place Edouard Herriot à côté de l’Assemblée nationale pour demander « une vraie loi pour le revenu des paysans »
Hier, alors qu’on apprenait qu’Emmanuel Macron parlerait des Etats généraux de l’alimentation depuis la Halle aux fruits de Rungis plutôt que dans le bocage normand, une dépêche de l’Agence France Presse effectuait quelques rappels utiles concernant la filière fruits et légumes. Cela commençait par ces paroles de Raymond Girardi, vice président du MODEF : «Il y a 30 ans, on était autosuffisant, aujourd’hui, on importe 40% de nos fruits et légumes ». Suivaient ces propos de Luc Barbier producteur de prunes en Lorraine et président de la Fédération nationale des producteurs de fruits(FNPF) de la FNSEA : « En 2004, la France produisait près de 400.000 tonnes de pêches et nectarines, on produisait ce qu’on consommait. En 2014, on a produit 20.000 tonnes. On a perdu 50% de notre capacité de production ».
Il y a deux explications à ce recul de la production française de fruits et légumes. La première provient du fait que l’Espagne pratique le dumping social à grande échelle dans ses vergers comme dans ses ateliers de conditionnement des fruits et légumes en utilisant des travailleurs détachés d’Europe centrale et des clandestins venus d’autres pays, que ce soit du Maroc ou d’Amérique centrale. La seconde est imputable à la stratégie des centrales d’achat de la grande distribution. Importer plus que de besoin, permet de réduire les achats de fruits et légumes français et, ce faisant, d’orienter les cours à la baisse sur les marchés au cadran de l’Hexagone. L’accord de libre échange entre l’Union européenne et le Maroc est utilisé à cette fin. De plus, comme le relève Louis Oranga, au nom de l’Interprofession des fruits et légumes : « En France on n’a pas le droit de financer publiquement une campagne de communication expliquant les contraintes de productions ».
 

5% de produits manufacturés produits en France dans nos grandes surfaces 

Ainsi, la place des fruits et légumes produits en France dans les rayons de la grande distribution est en train de suivre la même voie que celle des produits industriels manufacturés. Selon Luc Barbier ces derniers ne comptent plus que pour 5% dans les rayons, suite aux incessantes délocalisations industrielles, l’une des plus actuelles étant celle de l’usine Whirlpool d’Amiens en Pologne.
Hier aussi, la FAO, agence de l’ONU pour l’agriculture et l’alimentation, évoquait une nouvelle fois la brusque augmentation de la faim dans le monde qui concernerait 815 millions de personnes, soit douze fois la population française. Les pays touchés « se situent principalement en Afrique subsaharienne et en Asie du sud », selon la FAO. Or certains de ces pays sont très spécialisés dans les cultures d’exportation qu’il s’agisse du cacao, du coton ou de l’huile de palme.
En France, les Etats généraux de l’alimentation semblent mal partis pour donner une rémunération décente aux paysans qui produisent pour nourrir la population. Ainsi , hier encore , la Fédération nationale bovine (FNB) de la FNSEA tenait à « faire savoir auprès du plus grand nombre que le comportement démagogique de monsieur Michel-Edouard Leclerc n’a pour objectif que de maintenir les éleveurs dans un état de dépendance économique en demeurant sa variable d’ajustement ».

20% de moins en quelques semaines pour la viande de porc 

Et en même temps, comme le dit Macron, le cours du porc au marché de Plérin est tombé à 1,22€ le kilo de carcasse. C’est une baisse 30 centimes en quelques semaines, soit une chute de plus de 20% du prix payé à chaque éleveur à coûts de production constants. Pascal Aubry, de la Coordination rurale donne l’explication suivante à cette baisse : « L’affaissement du cours du porc semble surprendre beaucoup de monde. Pourtant depuis six mois, les signaux sont là. Les acteurs européens et américains de la filière poussent à la surproduction pour exporter en Chine. Or, cette dernière a repris sa production et va rapidement être autosuffisante. Les marchés mondiaux sont saturés. Depuis le départ nous avons dénoncé la sino dépendance. Personne n’a voulu nous écouter ! ». Ajoutons à cela que, pour une bonne part, les cochons élevés en Europe sont nourris de tourteaux de soja importés d’Amérique du sud dont l’extension de la production accentue la déforestation.
Hier toujours, les grossistes, qui fournissent 60% des marchandises pour la restauration hors foyer, écrivaient dans un communiqué que « la valorisation de l’alimentation et la meilleure rémunération des agriculteurs implique de lever de nombreux freins à la commande publique. Cela suppose une augmentation des budgets alloués à l’achat de produits alimentaires. Aujourd’hui la part consacrée à l’achat « matière » dans la restauration publique est, en moyenne, entre 1, 40 et 2,80€, soit 20% du coût de repas ». Ce qui pousse les gestionnaires à recourir à des produits importés de bas de gamme au détriment de la qualité française. C’est notamment le cas pour la volaille provenant d’Amérique du sud et pour la viande bovine issue de vaches laitières de réforme importée de plusieurs pays européen afin de peser sur les cours en France.
On attend de voir comment le discours d’Emmanuel Macron va régler toutes ces difficultés demain à la halle aux fruits de Rungis. Surtout qu’il a été l’un des principaux acteurs de l’accentuation de ce désastre en sa « qualité » de rapporteur de la Commission Attali en 2007-2008 à la demande de Nicolas Sarkozy , sur une suggestion de Michel-Edouard Leclerc !

Gérard Le Puill
Article tiré de l’Humanité  le 10 octobre 2017

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