Agriculture – Macron ordonne mais ne change pas de cap

Le président a annoncé une modification par ordonnance de la loi visant à inverser le mécanisme de formation des prix, aujourd’hui pénalisant pour les paysans… et dont il avait été en son temps le promoteur. 

Des ordonnances – encore – pour traiter le malaise agricole : intervenant depuis Rungis, Emmanuel Macron a annoncé ce mercredi qu’il légiférerait par ordonnances pour rééquilibrer les contrats commerciaux entre agriculteurs et distributeurs. A condition que ces derniers réorganisent leurs filières de production, a précisé le président de la République, dans discours très attendu. A mi-parcours des états généraux de l’alimentation, dont la première phase s’est achevée la semaine dernière en même temps que démarrait la seconde, il devait avancer des mesures visant à augmenter le revenu des paysans en crise. Le chef de l’Etat a fait mine d’en prendre, promettant une modification de la loi, afin d’inverser le mécanisme de formation des prix des produits agricoles. Celui-ci « partira du coût de production » a-t-il déclaré, invitant dans la foulée agriculteurs, industriels, distributeurs et élus à « repenser collectivement une nouvelle France agricole ».
La loi ainsi modifiée devrait être présentée et adoptée via des ordonnances au premier semestre 2018.
Loin d’engager à une transition globale du système de production, le président a par ailleurs retoqué toute possibilité que les politiques agricoles optent pour un modèle plus que pour un autre – en d’autres termes, tranchent entre un système exportateur et intensif et un système agroécologique et relocalisé. « Nous ne devons pas avoir une approche uniforme », il continuera d’y avoir une « pluralité productive », et des « dynamiques régionales » qui doivent rester fortes, a-t-il ajouté.
S’il confirme l’objectif d’atteindre 50% de produits bio ou locaux d’ici 2022 en restauration collective, il prône ainsi tout autant le pragmatisme libéral : « Vous devez vous organiser dans les territoires pour changer les modèles productifs », a-t-il indiqué aux agriculteurs et aux transformateurs. Une adaptation qui implique de renoncer aux productions qui ne correspondraient plus au goût des consommateurs…. ou ne s’inscriraient pas la concurrence internationale.
A l’heure où le président prononçait ces mots, certains se souvenaient qu’en 2008,  qu’il était le rapporteur de la Commission Attali mise en place par Nicolas Sarkozy un an plus tôt, à la demande  de Michel-Edouard Leclerc. Un texte qui devait largement inspirer la Loi de modernisation agricole adoptée la même année. En page 151,   Emmanuel Macron écrivait derrière le mot « OBJECTIF »  orthographié en lettres capitales : «  Instaurer le principe de liberté tarifaire dans la distribution  et le commerce  de détail, en levant le interdictions de « revente à perte » et de discrimination  tarifaire ».
Une mesure qui a depuis largement contribué à piller le travail des paysans et à dégrader leurs revenus.
Photo Reuters
Marie-Noëlle Bertrand et Gérard Le Puill
Article tiré de l’Humanité  le 11 octobre 2017
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