Fiscalité, les boniments de la Macronie

Depuis le début de l’examen de la loi de finances les macronistes défendent leur budget en assurant que les impôts nuisent aux investissements et poussent les riches au départ. Autant d’affirmations sans fondement que même les services de Bercy contredisent… Décryptage de décisions inégalitaires qui favorisent la spéculation et la rente plutôt que les petites entreprises.

Il faut en déployer des trésors d’imagination pour justifier l’injustifiable. Le président et le gouvernement, dans leur volonté de transférer 4,5 milliards d’euros depuis les poches des ménages et des collectivités vers le capital multiplient les éléments de langage. L’objectif : pilonner l’ISF en particulier et la taxation du capital en général. C’est Édouard Philippe qui résume cette opération de communication, avec cette déclaration tout en nuances dans « Libération » : « L’ISF fait fuir le capital. » Une antienne partagée depuis longtemps par toute la droite, sous couvert d’investissement dans l’économie productive, et notamment les PME. Emmanuel Macron lui-même, lors de son interview sur TF1, a tenté de justifier la suppression de l’ISF (transformé en un impôt sur la fortune immobilière) et la création du prélèvement forfaitaire unique (lire page précédente) : « La condition pour ne plus être à l’ISF, c’est d’investir dans l’économie française. » Un mensonge éhonté, puisque aucune condition, précisément, n’est fixée quant à l’utilisation des sommes « rendues » aux riches. Même la droite, pourtant très favorable au dispositif, a émis des réserves :

Baisser l’impôt sur le capital est inefficace pour la croissance et nuisible pour l’égalité, affirme le FMI.

« Comment être sûr que les fonds seront fléchés vers l’économie française ? » a demandé la députée LR Véronique Louwagie lors du débat à l’Assemblée. L’autre argument déployé tient dans ce que l’ISF ferait partir des contribuables aisés sous d’autres cieux fiscaux : « Supprimer l’ISF est le seul moyen de faire revenir les exilés fiscaux », prétend l’exécutif.
Une affirmation fausse, selon les propres services de Bercy, en l’occurrence une étude de la Direction générale des finances publiques (DGFiP). Publié en 2015, ce rapport sur « l’évolution des départs et des retours en France des contribuables » indique que les exilés fiscaux représentent seulement 0,2 % des assujettis à l’ISF. Lors d’une commission d’enquête de l’Assemblée nationale, toujours en 2015, les députés ont interrogé à ce sujet une avocate fiscaliste, Nicole Goulard, qui déclarait que « la question de l’ISF semble moins sensible qu’elle ne l’était hier ». Et selon l’analyse de ce budget par les Économistes atterrés, « ce ne sont pas des jeunes entrepreneurs novateurs qui quittent le pays, mais des presque retraités (57 ans de moyenne d’âge) qui veulent couler des jours paisibles sous d’autres cieux ».
De fait, cette baisse de la taxation du capital ne favorisera pas l’investissement dans des PME et autres start-up, mais bien plutôt « la spéculation et la rente ». Car cet argent rendu sert plus à rémunérer les actionnaires, selon la logique du capitalisme financier.

Un constat sans appel

Michaël Lainé, membre des Économistes atterrés, précise que « l’épargne des plus riches ne se transforme pas en investissement productif, puisque 99 % de l’argent qui circule en Bourse va sur le marché secondaire : ce n’est pas de l’investissement mais de la spéculation, et le gouvernement refuse de le voir ». Autre voix qui dénonce maintenant ces arguments fallacieux : celle du FMI, dont les positions semblent petit à petit s’éloigner des dogmes néolibéraux. Dans une étude publiée le 11 octobre, l’institution souligne que les mesures de réduction de l’imposition du capital et de la progressivité de l’impôt sont « infondées économiquement, inefficaces pour la croissance et nuisibles pour les inégalités ». Un constat sans appel, qui s’appuie notamment sur les politiques néolibérales menées dans de nombreux pays dits « avancés » depuis les années 1980. Simple rappel : les 3 520 ménages français les plus riches cachent 140 milliards d’euros dans les paradis fiscaux. La preuve que ce qui génère l’exil et l’évasion en matière de fiscalité, c’est avant tout le non-consentement à l’impôt des plus riches.
Benjamin König
Article tiré de l’Humanité  le 28 octobre 2017
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