Impôts- Les cadeaux de Macron aux « 100 premiers de cordée »

Le budget 2018 est taillé pour les grosses fortunes puisque, prétend le président, ceux qui les possèdent sont les moteurs de l’économie. Les Français devront payer 5 milliards pour aider les riches à mieux spéculer ! Et voilà comment, avec Macron, c’est Noël en octobre pour les nantis.
Depuis son intervention télévisée du 15 octobre, on connaît le principal souci du nouveau chef de l’État : aider « les premiers de cordée ». Selon lui, ce sont les riches, les chefs d’entreprise qui tirent l’économie du pays, alors ce sont eux qui doivent bénéficier des largesses de l’État.
Il faut donc en finir avec le « capital taxé au même niveau que le travail » affiché sans être vraiment réalisé sous le quinquennat Hollande. Macron aime les riches et, pour eux, il n’y va pas avec le dos de la cuillère, fût-elle en argent. Ainsi, l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) est remplacé par l’impôt sur la fortune immobilière (IFI), auquel vient s’ajouter le prélèvement forfaitaire unique (PFU) ou « flat tax », plafonné à 30 %, sur les revenus du capital, un véritable bouclier pour les nantis.
La facture globale est de 5 milliards pour les finances de l’État. Mais, à quel point vont en bénéficier les 100 premiers de cordée qui font, paraît-il, tourner la France ? Mystère. En réponse à une pétition de plus de 100 parlementaires (communistes, insoumis et une partie des socialistes), le ministre de l’Économie a déclaré : « Nous allons rendre 400 millions d’euros aux 1 000 premiers contributeurs à l’ISF. »
Rendre ? Qui les avaient donc spoliés ? Sans doute les bénéficiaires de l’APL (aide personnalisée au logement), que le gouvernement veut raboter de 400 millions. Sous pression, le ministre a été obligé d’ajouter que les « cent premiers contributeurs à l’ISF paient 126 millions d’euros », ajoutant que « les cent premiers patrimoines » s’acquittaient de « 73 millions d’euros d’ISF ». C’est que les uns ne sont pas forcément les autres, en fonction de la nature de leur fortune et du talent pour l’optimisation de leur avocat fiscaliste. L’impôt des riches est en effet déjà un gruyère bien troué. Comme l’avait démontré Mediapart en 2010, Liliane Bettencourtne payait l’ISF que sur 2 des 17 milliards de sa fortune de l’époque. « Le Canard enchaîné », révélait à son tour l’an dernier que, en vertu de la règle du bouclier d’imposition à 75 %, l’ISF de la riche héritière était tout simplement de… 0 !
Il est donc urgent de mettre de l’ordre dans tout ça en allégeant encore (beaucoup) plus l’impôt des « premiers de cordée ». Ainsi, avec le nouveau système, un contribuable possédant un appartement d’une valeur d’un million et demi d’euros et qui ne spécule pas payera davantage d’impôts que celui qui n’a qu’un million de patrimoine immobilier mais 10 millions de patrimoine financier.

Les avoirs des plus riches, constitués à 71% de placements, ne seront plus taxés qu’à 30% de leur montant.

La logique est double : plus vous placez votre argent dans la spéculation financière, moins vous payez, et plus vous êtes riche, moins vous êtes proportionnellement taxé. Car, en réalité, les placements financiers représentent 71 % de la fortune des 1 % les plus riches et même 90 % au-dessus de 10 millions de patrimoine (soit environ les 150 plus gros contribuables) et donc, désormais, hors ISF et protégés par le bouclier à 30 % du PFU !
Dix ans après la crise financière, encourager la spéculation… il fallait oser. Il faut ajouter que ces ultra-riches sont déjà imposés sur le revenu à seulement 21 %, contre 30 % pour les revenus au-dessus de 27 000 euros pour le commun des contribuables ! Concrètement, d’après l’Observatoire des inégalités, un porteur de portefeuille d’actions de 400 000 euros réalisera une économie de 96 000 euros sur son impôt sur le revenu ! Mieux, le nouveau système permettra d’exonérer les riches de l’augmentation de la CSG de 1,7 % qui touchera tous les autres contribuables, puisque les « prélèvements sociaux », actuellement à 15,5 %, sont compris dans les 30 % du PFU ! Au final, les plus riches vont donc bénéficier de 5 milliards d’argent public supplémentaires et peuvent être assurés d’une chose : Macron veille sur leurs intérêts.
DES SAGES QUI REFUSENT DE TAXER LE CAPITAL
C’est le contre-feu du gouvernement chahuté sur son budget : l’État va devoir payer près de 10 milliards aux entreprises en remboursement de la taxe de 3 % sur les dividendes votés en 2012. Après une longue procédure, le Conseil constitutionnel a en effet censuré la taxe. Ne s’appliquant pas à toutes les entreprises de la même manière, les sages de la rue Montpensier l’ont censurée au nom de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et de l’égalité devant la loi ! Un comble.
« L’amateurisme juridique a conduit à faire le plus grand cadeau fiscal jamais fait aux entreprises de ce pays », a déclaré hypocritement Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement. Le collaborateur qui suivait les affaires économiques à l’Élysée à l’époque s’appelait… Emmanuel Macron. C’est aussi ce dernier qui a édulcoré une autre mesure censurée ­ le taux d’imposition de 75 % pour la part des revenus dépassant un million d’euros par an ­, également proposée à l’époque par François Hollande pour contenir le Front de gauche. Les sages avaient cette fois considéré qu’on ne pouvait pas taxer un seul individu mais seulement un foyer fiscal. La taxe avait finalement touché les entreprises, une seule année.
Donc, un texte n’aura pas vu le jour et l’autre doit faire l’objet d’un remboursement colossal aux entreprises, qui sera payé par tous les Français. À chaque fois, la droite a saisi le Conseil constitutionnel et a eu gain de cause. Il est à prévoir que les dispositions du budget 2018 ne feront pas l’objet d’une telle sévérité.

Cédric Clérin
Article tiré de l’Humanité  le 28 octobre 2017

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