Tiers payant – Macron rompt avec Hollande

En supprimant l’obligation, fixée au 30 novembre par la précédente majorité, de généraliser le tiers-payant, le gouvernement prend encore plus ses distances avec ses prédécesseurs.

Report avant enterrement. Dans la nuit de vendredi à samedi, la majorité a donc repoussé la généralisation du tiers payant, prévue au 30 novembre, réforme phare et ancrée à gauche du quinquennat Hollande. Par voie d’amendement, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a ainsi demandé aux députés qui planchaient jusqu’à ce week-end à l’Assemblée sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), de«changer de méthode». Pourtant, en juillet, le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, jurait encore que cette mesure – qu’il a votée et défendue en tant que député PS à l’époque – «entrera[it] en vigueur pour tout le monde le 1er décembre». Ce ne sera pas le cas. «Il s’agit d’abord de mettre en place les outils» en vue d’un tiers payant «généralisable», mais pas «obligatoire», selon Buzyn. Soit : aucune contrainte imposée à des médecins hostiles à la réforme, et qui étaient descendus dans la rue à l’hiver 2015.

Le gouvernement prend ainsi appui sur un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), demandé peu après son arrivée avenue de Ségur par Buzyn. «Les conclusions de cette mission font ainsi apparaître que « le maintien dans la loi de l’obligation du tiers payant pour tous les patients au 30 novembre 2017 est désormais irréaliste », l’avancement des chantiers de simplification de la facturation constituant un préalable», explique l’exécutif dans son amendement. La mise en place du tiers payant généralisé a soulevé des difficultés pratiques pour les professionnels de santé dont il convient de prendre la pleine mesure.» Certes, un «tiers payant intégral généralisable» reste «l’objectif cible», mais «l’obligation» n’est donc plus de mise. Le gouvernement renvoie la suite à une «concertation […] afin de définir un calendrier précis de mise en œuvre opérationnelle et technique du tiers payant intégral» avant un «rapport tirant les conclusions de cette concertation» transmis au Parlement «avant le 31 mars 2018». Voie classique lorsqu’on veut enterrer une réforme.

En faisant ce choix, la majorité prend un peu plus de distances avec l’héritage Hollande. Ce tiers payant généralisé est revendiqué par les socialistes comme un «acquis social» du quinquennat précédent. A l’Assemblée, les socialistes ont dénoncé la remise en cause d’un «progrès social», soutenus, une fois n’est pas coutume, par les députés insoumis et les communistes. Le jeune député France insoumise du Nord, Adrien Quatennens, déplorant même la disparition d ‘«un des très rares acquis sociaux du quinquennat Hollande», et évoquant «un amendement clientéliste» à l’égard des médecins. La droite classique, elle, a applaudi une «belle victoire» aux côtés des députés Modem et La République en marche (LREM). Le gouvernement continue pourtant d’affirmer que «la mise en œuvre d’un tiers payant intégral généralisable […] permettra de lever complètement les freins financiers à l’accès aux soins». Il a pourtant préféré, d’abord, reculer.

Photo de garde : AFP – Alain Jocard
Lilian Alemagna
Article tiré de Libération  le 29 octobre 2017

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :