Puigdemont et ses conseillers libérés sous conditions par la justice belge

Le président catalan destitué, Carles Puigdemont, et ses quatre conseillers s’étaient livrés d’eux-mêmes dimanche matin 5 novembre à la police belge. Dans la soirée, la justice les a libérés sans caution, mais sous conditions en attendant la suite des procédures.

Avec notre correspondant à Bruxelles, Pierre Bénazet

Carles Puigdemont et les quatre autres anciens membres du gouvernement de la Généralité de Catalogne sont repartis libres peu avant minuit, dimanche, du palais de justice de Bruxelles.

Le juge d’instruction qui les a entendus successivement dans l’après-midi a décidé de les placer en liberté conditionnelle, donc de mettre fin à la garde à vue entamée lorsque les cinq hommes s’étaient présentés au début de la matinée au siège de la police judiciaire fédérale.

Carles Puigdemont et les quatre conseillers catalans doivent respecter trois conditions pour éviter une arrestation immédiate : il leur faut résider à une adresse fixe et identifiée, ils doivent se présenter personnellement pour toutes les étapes de la procédure ou sur simple convocation, et ils ont par ailleurs interdiction de quitter le territoire belge sans l’accord du juge d’instruction.

Ils ne seront donc pas de sitôt de retour en Espagne, d’autant que le parquet précise que la prochaine étape de la procédure aura lieu d’ici deux semaines devant une instance appelée « chambre du conseil ». Ceci indique clairement qu’ils ont tous les cinq refusé d’accepter d’être transférés vers l’Espagne comme le réclame le mandat d’arrêt européen puisque le délai pour leur transfèrement aurait alors été de dix jours maximum.


■ Puigdemont se pose en homme responsable

Avec notre correspondant à Madrid, François Musseau

Destitué par le leader conservateur espagnol Mariano Rajoy, considéré par Madrid comme un homme en fuite qui cherche à se soustraire à la justice espagnole, Carles Puigdemont n’a qu’une idée en tête. Lui qui n’espère rien d’un dialogue avec le pouvoir central, lui qui est considéré comme n’ayant aucune légitimité en Espagne, veut être reconnu par la communauté internationale. C’est pourquoi il s’est réfugié dans la capitale de l’Union européenne, Bruxelles. Et à l’endroit des Etats membres, il veut donner l’image d’un homme sérieux face « à une justice espagnole politisée, aux ordres du gouvernement Rajoy ».

Puigdemont et ses anciens ministres se sont donc livrés à la police belge avec un double objectif : d’une part, éviter une interpellation, terrible pour sa réputation internationale ; d’autre part, exprimer sa volonté de collaboration avec les juges de Belgique.

Le chef de file séparatiste compte ainsi redorer son blason et concourir comme candidat aux législatives catalanes anticipées du 21 décembre. Un scrutin qu’il espère remporter pour de nouveau défier Madrid en conduisant sa région vers l’indépendance.


■ La presse espagnole s’interroge sur la campagne à venir

Avec notre correspondante à Barcelone Leticia Farine

Les journaux soulignent que la justice belge pourrait mettre jusqu’à trois mois pour prendre sa décision concernant le mandat d’arrêt européen qui touche Carles Puigdemont et ses conseillers. Dans ce cas-là, l’ancien président de la Généralité pourrait bien participer aux élections du 21 décembre, comme il l’avait annoncé.

Dans son éditorial du jour, le quotidien de droite El Mundo critique cette stratégie, en déclarant que l’auréole du martyr dans laquelle s’est enveloppé Carles Puigdemont lui a donné la force d’être le candidat de PD-Cat – le Parti démocrate européen catalan – et celle de mener une liste unique.

Mais l’unité du bloc séparatiste est bien plus relative qu’elle ne voudrait l’admettre. Une division des partisans indépendantistes qu’admet également le quotidien catalan El Punt Avui, qui demande à ses partis de conserver l’esprit unitaire, d’être conscients du moment historique que vit la Catalogne et de ne pas se contenter d’une souveraineté qui souffre déjà des arrestations et des emprisonnements politiques.

Les journaux se sont mis d’accord sur une chose : les partis devront agir rapidement, puisque la date limite pour présenter une coalition est prévue pour demain, mardi 7 novembre.

« Il est possible pour nous de vaincre les indépendantistes »
Carles Carrizos, porte-parole du groupe Ciudadanos au Parlement catalan, le 06/11/2017 – par Aabla Jounaïd
Photo AFP/Emmanuel Dunand
Article tiré de RFI . le 6 novembre 2017
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