Climat – Deux ans de perdus entre Paris et Bonn

Vingt trois mois après la Cop 21 qui adopta Paris un plan de lutte contre le réchauffement climatique, la Cop 23 se tient en Allemagne sous la présidence des îles Fidji. C’est l’occasion pour les médias de souligner l’urgence de l’enjeu. Mais, concrètement, rien n’a été fait depuis deux ans et les Etats-Unis, second pollueur mondial après la Chine, se sont retirés du protocole de Paris en dépit de la présence d’une délégation américaine à Bonn pour la Cop 23.

Ce matin à l’aube, une dépêche de l’Agence France Presse (AFP) indiquait que « la capitale indienne New Delhi s’est réveillée mardi dans un de ces asphyxiants brouillards polluants qui lui valent sa sinistre réputation de mégapole la plus polluée au monde. Au matin, les larges artères de la ville étaient voilées de gris. Les appartements ressemblaient à des fumoirs. Des petits commerçants de rue s’étaient noué un chiffon sur la bouche. A 8H00 locales (2H30 GMT) le compteur de particules fines de l’ambassade américaine affichait une concentration de particules fine d’environ 700. L’OMS recommande de ne pas dépasser 25 (…) La pollution est le problème de santé publique majeur pour l’Inde, nation de 1,25 milliard d’habitants en plein développement et aux besoins de croissance immenses », pouvait-on encore lire sur cette dépêche datant de ce matin à 5H43. Dans un article  de la revue Progressiste N°16 qui vient de paraître, Pierre René Bauquis et Denis Babusiaux écrivent que les consommations indiennes de charbon « devraient croître d’environ 3,6%  par an » dans les prochaines années avec un recours accru aux importations.  La courbe des émissions de CO2 n’est donc pas prête de s’inverser en Inde tandis que celles de la Chine augmenteront jusqu’en 2030.

Une autre dépêche de l’AFP nous apprenait ce matin que le typhon Damrey vient de faire 61 morts au Vietnam tandis que 20 personnes sont portées disparues non loin de la ville historique de Hoi An. Ce bilan eut été beaucoup plus lourd si les 30 000 personnes qui ont été évacuées avant la tempête étaient restées sur place. Au Vietnam, depuis le début de cette année, « au moins 240 personnes ont été tuées ou portés disparues dans les inondations et les glissements de terrain », relève l’AFP.

Ce ne sont là que quelques exemples des multiples conséquences du réchauffement climatique. Sans préjuger de ce qu’il sortira de la Cop 23 à la fin de la semaine prochaine, il est déjà acquis que les émissions de gaz à effet de serre (GES) responsables du réchauffement climatique n’ont cessé d’augmenter depuis la tenue de la Cop 21 à Paris en décembre 2015. Certes, un texte fut alors adopté. Il engageait les pays signataires à réduire leurs émissions de GES au point de le diviser par trois d’ici 2050 afin de contenir le réchauffement climatique sous la barre de +2°C  d’ici 2100 par rapport a ce qu’était la température moyenne au milieu du XIXème siècle.

Nous cheminons déjà vers un point de non retour 

Toutefois, rien de sérieux n’a été entrepris depuis cette date, ni en France, ni ailleurs, pour tenter d’atteindre cet objectif commun. L’atteindre nécessite les efforts de tous à commencer par les pays développés et émergeants qui sont le plus gros émetteurs de CO2. Le climatologue Jean Jouzel disait récemment qu’il faudrait « atteindre le pic d’émissions de gaz à effet de serre en 2020, puis, entre 2020 et 2050, les diviser par trois à l’échelle planétaire ». Il ajoutait que « si rien n’est fait, au rythme actuel, nous sommes nombreux à penser que nous ne disposons plus de vingt à vingt-cinq ans pour atteindre un point de non retour ».

Nous cheminons déjà vers ce point de non retour. Selon les chiffres publiés le 30 octobre par l’Organisation météorologique mondiale (OMM), la concentration de CO2 a atteignait  403,3 parties par million (PPM) en 2016 contre 400 PPM en 2015. On peut penser que  2017 se traduira par un nouveau record dans la mesure où, en plus de périodes de canicule, les incendies, les longues périodes de sécheresse, les cyclones  dévastateurs qui se sont succédés  cette année ont réduit le puits de carbone que constitue la végétation tandis que la réparation des dégâts provoqués alourdira le bilan carbone du fait des reconstructions dans de nombreux pays au-delà de 2017. Voilà qui nous conduit encore plus vers le point de non retour.

Depuis 1970 la courbe des émissions mondiales des émissions de GES est en hausse constante de 5% par décennie et devrait se poursuivre ainsi jusqu’en 2030. Mais, il faudrait qu’elle diminue davantage entre 2030 et 2050 pour contenir le réchauffement dans une progression de 2°C  par rapport à la période préindustrielle. Alors que sort en salles en France le film Carbone », la taxe du même brandie comme une recette magique nom ne suffira pas pour freiner le réchauffement.

Gérard Le Puill
Article tiré de l’Humanité  le 7 novembre 2017

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