COP 23 – Sept batailles que l’humanité a déjà perdues face au réchauffement climatique

Gaz à effets de serre, températures record, banquise qui fond de plus en plus… Franceinfo vous explique pourquoi le dérèglement climatique n’est plus une menace pour les générations futures mais une réalité pour la nôtre.

La 23e conférence des parties sur le climat, la COP 23, s’ouvre à Bonn (Allemagne), lundi 6 novembre. Pendant deux semaines, elle doit engager 196 pays dans une lutte concrète contre les émissions de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique. Pour empêcher une hausse des températures globales supérieure à 2°C par rapport au début de l’ère industrielle, il va falloir revoir de fond en comble nos façons de nous chauffer, de nous éclairer ou encore de nous déplacer. Le chantier est énorme, mais les dangers qui nous menacent le sont davantage. Famine, déplacements de populations, crises économiques, extinctions massives d’espèces, déstabilisations géopolitiques, guerres… Si rien n’est fait, l’avenir promet d’être sombre pour l’espèce humaine. Quant au présent, il n’est pas plus réjouissant alors que nous payons déjà le prix de décennies de procrastinations. Vous en doutez ? Franceinfo vous apporte la preuve par 7 qu’il est temps de paniquer.

1 – Il faudrait déjà que les émissions de CO2 soient en baisse

On le sait depuis longtemps, les concentrations de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère sont responsables du réchauffement climatique. Or, ce taux n’a fait qu’augmenter depuis le XIXe siècle : d’environ 275 ppm (partie par million) avant la révolution industrielle, il est passé à 340 ppm en 1980 avant d’atteindre son record en 2016 avec 403 ppmPour le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), si l’on souhaite contenir la hausse des températures moyennes du globe à moins de 2°C d’ici à 2100, il faut impérativement empêcher la concentration de CO2 d’excéder 450 ppm. Mais d’autres estiment que la limite doit être fixée bien plus bas, à 350 ppm.

Problème : nous ne sommes même pas encore parvenus à stabiliser ce taux alors qu’il est urgent d’inverser la courbe des émissions de gaz à effet de serre. Selon un article publié en juin dans la revue Nature (en anglais), il faut absolument inverser cette tendance dès 2020, sans quoi il sera trop tard. Oui, c’est dans trois ans. TROIS ANS !

2 – Les canicules extrêmes sont passées du stade de menace à réalité

La température moyenne du globe a augmenté d’environ 1°C depuis la révolution industrielle. Vous trouvez cela insignifiant ? Détrompez-vous. C’est énorme. Cette moyenne globale cache des situations différentes d’une région à l’autre et parfois terrifiantes. Par exemple, en novembre 2016, le pôle Nord a connu un pic de chaleur, avec une température supérieure de 20°C par rapport aux normales saisonnières (-5°C au lieu de -25°C).

L’été suivant, une canicule a fait griller 11 pays du sud et de l’est de l’Europe – torride, elle a été baptisée « Lucifer » – avec des températures excédant les 40°C. Or, selon un rapport de l’ONG scientifique Climate Central, le dérèglement climatique a rendu dix fois plus probable la survenue d’un été aussi chaud dans les années qui viennent. D’ici à 2050, « Lucifer » sera donc la norme en Italie, en Croatie ou encore en Grèce. Si rien n’est fait, évidemment.

3 – Dans l’océan Arctique, la banquise est de moins en moins grande

L’Arctique constitue la zone la plus sensible au réchauffement climatique. D’ailleurs, sous l’effet des températures de plus en plus élevées, la surface de la banquise se réduit chaque été jusqu’à ne représenter que 5 millions de km2 (contre 7 millions en 1980). Or, si c’est devenu la routine, une telle fonte n’avait jamais été observée avant 2007. Un record de seulement 3,39 millions de km2 de glace a même été atteint en 2012, rappelle CarbonBrief (en anglais). Le problème, c’est que lorsqu’il y a moins de glace pour renvoyer les rayons du soleil, la température de l’océan grimpe plus vite et la glace fond davantage encore.

Pour de nombreux scientifiques, le point de non-retour est déjà atteint. Si les températures globales augmentent de plus de 2°C, la banquise n’aurait plus que 60% de chances de survie en été. L’hiver n’est pas plus rassurant. En mars 2017, la superficie de la glace hivernale dans l’océan Arctique n’avait jamais été si basse depuis le début des observations satellite en 1979, et ce pour la troisième année consécutive. L’ambiance y est si chaude qu’en novembre 2016, à l’heure où la glace devait se constituer, elle s’est brièvement mise à fondre.

4 – En Antarctique, il pleut au lieu de neiger

« Quand j’allais en Antarctique dans les années 1990, il ne pleuvait jamais. Aujourd’hui, il pleut régulièrement, au lieu de neiger. » Le directeur de l’Institut antarctique argentin (IAA), cité par l’AFP, n’est pas le seul à s’inquiéter de cet aléa climatique dans la zone la plus froide de la planète. Selon une étude parue en juin dans Nature, si l’augmentation de la température globale des océans fait déjà fondre les glaces de la région plus rapidement, le courant El Niño participe également à l’accélération de ce phénomène.

D’après les chercheurs, une masse de glace d’une superficie de près de 770 000 km2, soit plus grande que la France, est en train de fondre à l’heure où vous lisez ces lignes. La pluie vient encore aggraver la situation alors que la calotte polaire fond déjà par-dessous (à cause de la température de plus en plus élevée de l’océan). Si cette calotte vient à se détacher, la fonte irréversible de ces glaces de l’ouest de l’Atlantique pourrait faire grimper le niveau de la mer de plus de 3 mètres, en quelques siècles.

5 – La montée des eaux s’accélère

Un conseil : n’achetez pas de villa en bord de mer à Miami, aux Etats-Unis. A la fin octobre, trois études internationales publiées dans Environmental Research Letters et Nature ont estimé que la fonte des glaces provoquerait une élévation de 2 mètres du niveau des océans d’ici à 2100 (contre environ 1 mètre, selon les prévisions du Giec). Les résultats des travaux diffèrent sur l’ampleur de cette hausse à venir, mais tous tendent à confirmer que l’accélération de ce phénomène est déjà bien engagé. Fin octobre, la mairie de Boston, sur la côte est des Etats-Unis, a annoncé la construction d’infrastructures sensées protéger les quartiers menacés par la montée des eaux. Miami fait de même, tandis que New York se prépare à connaître environ tous les 5 ans des inondations semblables à celles générées par l’ouragan Sandy, à partir de 2030-2045 (contre tous les 500 ans auparavant).

Car une étude publiée en juin dans le journal Nature Climate Change notait que le niveau des océans augmentait chaque année de plus en plus vite : de 3,3 mm en 2014, contre 2,2 mm observés en 1993 et 1,7 au début du 20e siècle – notamment à cause de la fonte de la calotte polaire du Groenland. Et si les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent à ce rythme, les prévisions les plus alarmistes évoquent une hausse du niveau de la mer de 30 cm par décennie (contre 30 cm par siècle actuellement). Or, une montée d’un mètre met déjà en danger 4,2 millions de personnes uniquement aux Etats-Unis, rapporte le New York Times (en anglais).Ailleurs, des mégalopoles comme Lagos, Shangaï ou Bombay seraient également sous l’eau.

6 – Les coraux du monde entier sont en train de mourir

Ces 30 dernières années, environ la moitié des coraux ont disparu, blanchis puis tués par l’effet conjugué de la pollution et du réchauffement de la température des océans. Et pas seulement sur la très célèbre Grande barrière de corail australienne. Les chercheurs de l’expédition Tara ont constaté un blanchissement massif des coraux sur l’ensemble du Pacifique : en Polynésie, il atteint 30 à 50% près de certaines îles Tuamotu. Près de 70% de la couverture corallienne a été affectée par ce phénomène dans les îles Pitcairn et 90% dans les îles Samoa… Là-bas, de nombreuses colonies coralliennes sont déjà mortes, tout comme en Micronésie, aux îles Tuvalu et Kiribati, rapporte The Conversation.

« Nous sommes désormais en présence d’un réchauffement global de l’océan auquel s’ajoutent des périodes estivales très chaudes, de moins en moins espacées d’année en année », s’est inquiété le directeur scientifique de la mission, Serge Planes. Même si le réchauffement s’arrêtait subitement, les spécialistes estiment que nous aurons perdu 90% des coraux de la planète d’ici à 2050. Sachant qu’une espèce marine sur quatre vit dans ces coraux (oui, y compris Nemo), cette perte est une catastrophe écologique autant qu’économique.

7 – Les catastrophes naturelles sont de plus en plus destructrices

Les climatologues avaient prédit que les phénomènes extrêmes seraient de plus en plus dévastateurs. L’année 2017 leur a donné raison. Si les canicules sont fréquentes en Inde, les fortes chaleurs ont frappé dès le mois d’avril, avec des températures excédant parfois les 40°C. Simultanément, la Somalie a vécu la pire sécheresse de son histoire. En août, la mousson a été particulièrement violente au Népal, au Bangladesh et en Inde, provoquant des inondations pendant plusieurs semaines. Quid des ouragans qui ont balayé l’Atlantique en août, septembre et octobre ? S’ils ne sont pas le fruit du réchauffement climatique, plusieurs études s’accordent à dire que ce dernier influence toutefois leurs déplacements, voire leur intensité. Or des phénomènes plus intenses entraînent plus de dégâts et menacent la vie de milliards de personnes à travers le monde, exposées aux éléments mais aussi à des famines ou à des destructions.

Photo David Mc New/Getty images North America/AFP
Marie-Adélaïde Scigacz
Article tiré de Franceinfo  le 7 novembre 2017

 

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