La gauche face à ses défis

Marseille accueille depuis vendredi et samedi la première réunion du Forum Européen à l’initiative du Parti de la gauche européenne. Les 400 participants représentants de 30 pays échafaudent, malgré leur grande diversité, des pistes pour se rassembler et résister à la montée des nationalismes et du libéralisme.

Nul doute que ce qui se passe depuis vendredi à Marseille est un événement politique d’une rare intensité. Un acte fondateur pour les gauches progressistes dans leur désir de se rassembler, au-delà de leur très grande diversité, pour changer l’Europe. Ce mouvement qui en est au début de sa construction réunit côté français des membres du PCF, du Parti de Gauche, d’EELV, du PS, du mouvement de Benoît Hamon. Dans la grande salle des sucres du Dock des Suds à Marseille : Italiens, Espagnols, Anglais, Grecs, Allemands… Tout ce que l’Europe compte de progressistes, à l’exception de la France Insoumise, dont le chef de file du mouvement et député de Marseille, Jean-Luc Mélenchon a cédé sa place de député Européen Front de gauche à la communiste Marie-Pierre Vieu. L’histoire des gauches est ainsi faite. Celle qui s’est retrouvée à Marseille a pour objectif de créer un événement ponctuel et de perdurer, de créer un espace politique permanent.

«Il s’agit de faire face à la fuite en avant libérale qui plonge l’Europe entière dans des crises politiques et résister à la montée des extrêmes droite et rassembler toutes les forces pour desserrer l’étau du libéralisme», a affirmé Pierre Laurent. Le secrétaire national du PCF et vice-président du PGE a indiqué au cour d’une conférence presse précédent l’ouverture du forum, que cet espace politique permanent s’ouvrait à tous ceux qui dans la gauche française partageaient cet objectif étaient les bienvenus. «Jean-Luc Mélenchon évidemment le premier».

L’objectif de ce premier forum est de relever le défi de l’unité des forces de gauche. De retrouver le chemin de la convergence sociale par le haut d’une Europe pour les droits des travailleurs, des femmes, et parce qu’il faut remettre en cause les politiques de dumping social qui privent beaucoup de pays des richesses créés par le travail.

«Le problème des paradis fiscaux, n’est pas un problème exotique, c’est un problème au coeur de l’Europe, et il y a une impunité totale des dirigeants européens à l’égard des paradis fiscaux et des pratiques de dumping fiscal», a poursuivi Pierre Laurent. Un scénario a l’opposé de celui que propose le forum de Marseille. L’Europe a été construite pour en faire une zone de prospérité, de développement social. C’est l’inverse qui se produit aujourd’hui. «L’Europe connaît de très graves inégalités, des précarités et des chômages massifs et des politique de déréglementation sociales, comme les ordonnances Macron en France qui détruisent les droits sociaux», a insisté Pierre Laurent.

Le défi de rassembler les forces de gauche est un défi qui existe dans l’ensemble de l’Europe. L’espagnole Maité Mola, vice-présidente du Parti de la Gauche Européenne, estime que les forces de gauche ne sont pas là pour se «mesurer entre elles», mais apporter des réponses à ceux qui sont dans la difficulté. «Quand les espagnols ont compris cela nous avons été capables de construire une unité».

Inspiré du forum de Sao Paulo qui a rejeté toutes formes de sectarisme, le forum de Marseille exprime ce désir de changement qui traverse tous les pays d’Europe. «Si le forum peut aider les forces de gauche française a reprendre le travail de leur unité, j’en serai le plus heureux», a assuré Pierre Laurent.
Car c’est la façon de résister et d’agir auquel le forum doit apporter des réponses.

L’espagnol et écologiste Ernest Urtasun explique de quelle manière au nom du marché on a laissé les inégalités exploser. «Pour les élites, pour que rien ne change, il faut que tout change». Le futur leader de cette Europe là, c’est Macron. Et face à une social démocratie qui est en train de s’organiser, comment résister au rouleau compresseur ? Les Espagnols appellent à la création d’une gauche nouvelle. Les grecs de Syriza s’inquiètent des divisions de classes, d’une Europe incapable de répondre aux besoins sociaux et qui pousse au repli individuel. «C’est la corrélation de forces qui définit un projet politique», affirment les grecs qui appellent à descendre dans la rue pour changer l’Europe. Pour l’italien Marco Revelli, il y un risque réel qu’au prochain parlement la gauche soit insignifiante. «Un vent mauvais souffle sur l’Europe». Le forum de Marseille est un premier acte de résistance.

Photo de garde : Migué Mariotti
Catherine Walgenwitz
Article tiré de la Marseillaise  le 11 novembre 2017

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