Cinéma – « Khibula » de George Ovashvili

Géorgie – 2017
Titre original : –
Réalisation : George Ovashvili
Scénario : George Ovashvili, Roelof-Jan Minneboo
Acteurs : Hossein Mahjub, Qishvard Manvelishvili, Nodar Dzidziguri
Distribution : Arizona Distribution
Durée : 1h38
Genre : Drame, Biopic
Date de sortie : 15 novembre 2017

 

4/5

Dans ses deux premiers longs métrages, L’autre rive et La terre éphémère, le réalisateur géorgien George Ovashvili portait son attention sur des gens ordinaires mais en prenant bien soin de les placer dans le cadre du conflit entre la Géorgie et l’Abkhazie. Dans Khibula, c’est une figure historique de la Géorgie, Zviad Gamsakhourdia, premier Président de la République de ce pays, qui est la  figure centrale d’un film dans lequel George Ovashvili explore ce que représente la position de leader politique.

Synopsis : Le Président déchu, qui incarnait autrefois l’espoir d’une nation nouvelle, tente de reconquérir le pouvoir. Escorté par une poignées de fidèles, il traverse clandestinement les paysages majestueux de la Géorgie, tour à tour accueillants et inquiétants.

L’espoir d’un retour au pouvoir

Le 26 mai 1991, Zviad Gamsakhourdia a été élu Président de la République de Géorgie avec 86.5 % des suffrages exprimés. Pour diverses raisons, sa popularité chuta très rapidement et, à la fin de cette même année 1991, un coup d’état le contraignit à partir en exode. Continuant à se considérer comme le Président légitime de la Géorgie, Gamsakhourdia revint en Géorgie le 24 septembre 1993, espérant réunir autour de lui les forces nécessaires à son retour à la tête du pays. C’est la période qui suit ce retour que raconte Khibula, une période au cours de laquelle Zviad Gamsakhourdia, entouré d’une garde rapprochée dévouée à sa cause, dont son premier ministre, passe de l’espoir d’un retour au pouvoir à la conscience du caractère inéluctable de sa défaite se traduisant par une fuite tragique face à un ennemi plus fort que lui.

Plus que les circonstances historiques qui ont amené l’exil puis le retour de Zviad Gamsakhourdia dans son pays, c’est son histoire personnelle, ce qu’il vit intérieurement, qui intéresse au plus haut point George Ovashvili : voilà un homme autrefois très puissant, un leader charismatique, qui, petit à petit, prend conscience qu’il a tout perdu. Le but du réalisateur : s’efforcer d’explorer de l’intérieur cette position de leader en phase de déchéance tout en décrivant la manière dont il se situe et se comporte alors par rapport aux autres.

C’est pourquoi le réalisateur fait le choix de ne pas donner de nom à son personnage principal : il est « le Président », et, à ce titre, il revêt le costume d’un personnage universel. Autre choix important, celui qui, d’une certaine façon, permet de s’introduire dans les pensées de ce Président : le choix consistant, au risque de perturber le spectateur, à glisser sans crier gare des épisodes d’hallucinations dans le récit de cette fuite au cours de laquelle le petit groupe passe d’un village à l’autre en se demandant chaque fois quel type d’accueil il va recevoir. C’est ainsi qu’une de ces hallucinations le voit être déposé d’un hélicoptère dans un paysage de montagne, suivie par le passage au milieu d’une foule passant de l’acclamation à son encontre à une vocifération consistant à le traiter de Judas. Pour lui dont le trajet avec ses fidèles s’apparente à un chemin de croix, la qualification ne lui parait pas injustifiée dans la mesure où il est de plus en plus persuadé d’être traitre à son peuple.

Malgré les doutes qui, de plus en plus, l’assaillent, le Président s’efforce tout au long du film de faire bonne figure, ne laissant entrevoir sa faiblesse et son humanité que durant un court moment, alors qu’il est  seul auprès d’une jeune fille. Au milieu de ces montagnes grandioses qui semblent l’écraser, il promène son costume sombre de citadin qui tranche avec la blancheur immaculée de la neige dont on pressent qu’elle est prête à faire office de linceul. Quant à son groupe de fidèles, il perd petit à petit des éléments, et on en arrive à se poser des questions, sinon sur leur loyauté, au moins sur le but qu’ils poursuivent : le protéger contre ses ennemis ou le protéger contre lui-même ?

Une histoire personnelle plutôt que la grande histoire

Plus que les circonstances historiques qui ont amené l’exil puis le retour de Zviad Gamsakhourdia dans son pays, c’est son histoire personnelle, ce qu’il vit intérieurement, qui intéresse au plus haut point George Ovashvili : voilà un homme autrefois très puissant, un leader charismatique, qui, petit à petit, prend conscience qu’il a tout perdu. Le but du réalisateur : s’efforcer d’explorer de l’intérieur cette position de leader en phase de déchéance tout en décrivant la manière dont il se situe et se comporte alors par rapport aux autres.

C’est pourquoi le réalisateur fait le choix de ne pas donner de nom à son personnage principal : il est « le Président », et, à ce titre, il revêt le costume d’un personnage universel. Autre choix important, celui qui, d’une certaine façon, permet de s’introduire dans les pensées de ce Président : le choix consistant, au risque de perturber le spectateur, à glisser sans crier gare des épisodes d’hallucinations dans le récit de cette fuite au cours de laquelle le petit groupe passe d’un village à l’autre en se demandant chaque fois quel type d’accueil il va recevoir. C’est ainsi qu’une de ces hallucinations le voit être déposé d’un hélicoptère dans un paysage de montagne, suivie par le passage au milieu d’une foule passant de l’acclamation à son encontre à une vocifération consistant à le traiter de Judas. Pour lui dont le trajet avec ses fidèles s’apparente à un chemin de croix, la qualification ne lui parait pas injustifiée dans la mesure où il est de plus en plus persuadé d’être traitre à son peuple.

Malgré les doutes qui, de plus en plus, l’assaillent, le Président s’efforce tout au long du film de faire bonne figure, ne laissant entrevoir sa faiblesse et son humanité que durant un court moment, alors qu’il est  seul auprès d’une jeune fille. Au milieu de ces montagnes grandioses qui semblent l’écraser, il promène son costume sombre de citadin qui tranche avec la blancheur immaculée de la neige dont on pressent qu’elle est prête à faire office de linceul. Quant à son groupe de fidèles, il perd petit à petit des éléments, et on en arrive à se poser des questions, sinon sur leur loyauté, au moins sur le but qu’ils poursuivent : le protéger contre ses ennemis ou le protéger contre lui-même ?

L’homme face à la nature

Comme dans ses deux films précédents, la nature est très présente dans Khibula. Une nature à la fois magnifique et hostile, une nature contre laquelle l’homme doit se battre, une nature dans laquelle l’eau occupe une place importante. Dans ce film tourné en 35 mm, cette nature est, en plus, parfaitement magnifiée par la très belle photo de Enrico Lucidi.

Pour interpréter le rôle du Président, pour montrer toute la complexité de ce personnage, George Ovashvili aurait bien aimé trouver le comédien géorgien adéquat, mais c’est finalement un acteur iranien qu’il a choisi : Hossein Mahjub. Très bon choix, ce comédien étant tout aussi à l’aise dans le rôle du chef qui décide que dans celui de l’homme pris de doutes et qui prend conscience qu’il a tout perdu.

Conclusion

Le but poursuivi par George Ovashvili n’avait rien d’évident : s’introduire dans les pensées d’un leader politique autrefois très puissant et qui se trouve en train de perdre de sa superbe, tout en décrivant la manière dont il se situe et se comporte alors par rapport aux autres. On se doit d’admettre que ce but est parfaitement atteint. Après les deux excellents films qu’étaient L’autre rive et La terre éphémère, George Ovashvili confirme avec Khibula qu’il fait dorénavant partie des grands réalisateurs de notre époque.

Jean-Jacques Corrio

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