Azzédine Taïbi – « Nous ne demandons pas la charité, mais le respect de l’égalité »

Emmanuel Macron est aujourd’hui en Seine-Saint-Denis et mardi dans le Nord pour évoquer la Politique de la ville dont les moyens ont été revus à la baisse. Mobilisé contre l’austérité, le maire communiste de Stains (Seine-Saint-Denis) Azzédine Taïbi estime qu’il faudrait avant tout que les quartiers populaires aient les mêmes droits que les autres territoires.

Quelle est l’importance de la politique de la ville dans un territoire comme la Seine-Saint-Denis ?

Azzédine Taïbi – Les crédits de la Politique de la ville sont assez importants dans nos territoires parce que, malheureusement, le reste y fait souvent défaut. L’Etat veut faire croire qu’il injecte énormément d’argent dans les quartiers populaires. Or, au prorata des attentes et des difficultés, on est vraiment loin du compte. Dans différents domaines, la politique de la ville a un peu pallié le fait que l’égalité que nous revendiquons pour nos habitants et la solidarité nationale ne s’appliquent pas. Si le droit commun y était plein et entier, résolument tourné vers les besoins des habitants, nous n’aurions pas besoin d’une telle politique. Mais  au contraire il y est en perte de vitesse. Il est terrible d’avoir à batailler pour que les profs absents soient remplacés comme ailleurs, pour obtenir les postes de la Police nationale qui font défaut dans nos quartiers. Que nos villes soient sous pression en matière de logements parce que d’autres refusent d’appliquer la loi SRU. Ces quelques exemples, nous les subissons au quotidien. La politique de la ville régule un peu le manque de considération de l’Etat et des gouvernements successifs mais ne peut remplacer le respect du droit commun.

A quelles urgences devrait répondre le gouvernement selon vous ?

Azzédine Taïbi – Il y a au moins trois urgences fondamentales. La première concerne l’égalité des territoires à travers les questions de transports, d’emplois et de logements. Ce sont les piliers de ce que devrait porter l’État dans les quartiers populaires. L’éducation et la sécurité sont également des priorités. Suite à nos mobilisations nous avons obtenu quelques enseignants et policiers supplémentaires. Mais le résultat des courses in fine c’est que lorsqu’on obtient un petit pas en avant, peu de temps après le gouvernement fait trois pas en arrière. Nous ne connaissons pas encore le contenu des annonces du président de la République, mais mettre des pansements sur une jambe de bois ne nous suffira pas.

Que pensez-vous des mesures d’ores et déjà annoncées pour les quartiers populaires ?

Azzédine Taïbi – Le dédoublement, avec 12 élèves par classe, par exemple, est une bonne chose sur le principe mais il faut en donner les moyens aux collectivités. Qui va payer la facture pour construire des classes supplémentaires, pour agrandir les écoles ? Ce sont les collectivités. Mais moi, en tant que maire, je n’ai plus du tout les moyens. J’attends donc des réponses très claires au moment où sont offerts des millions d’euros aux grandes fortunes. Nous, nous ne demandons pas la charité, mais le respect de l’égalité et nous regrettons qu’une nouvelle fois la République nous tourne le dos. Quant à la question du chômage, un dispositif « d’emplois francs » est mis en avant alors que des emplois aidés – qui n’étaient pas la panacée mais permettaient à certains d’éviter le chômage et aux associations de vivre –  sont supprimés. Il faut maintenant créer des emplois tout court, des emplois qui permettent d’assurer une pérennité sociale et professionnelle aux citoyens. Il y a urgence mais il s’agit aussi de préparer l’avenir, les petites mesurettes n’y suffiront pas.

En dehors des moyens dédiés à la politique de la ville, ceux des collectivités territoriales sont aussi mis à mal. Est-ce une forme de double peine pour les quartiers populaires ?

Azzédine Taïbi – Complètement. Malgré les dénégations ministérielles, la dotation globale de fonctionnement baisse bel et bien. Les 13 milliards d’économies prévues sur le quinquennat seront récupérés sur la capacité des collectivités à investir notamment dans des équipements publics. Le gouvernement proposera sans doute aux collectivités d’augmenter les impôts pour compenser, au moins en partie, ces réductions. Mais là encore, il s’agirait d’une double peine : faire payer deux fois aux habitants la facture des politiques d’austérité. Je ne l’accepte pas. Nos territoires sont attaqués de tous côtés car à cela s’ajoute la suppression de la taxe d’habitation, la baisse de moyens pour le logement social… C’est quasiment inédit. Faute de relais locaux, Emmanuel Macron semble ne pas bien mesurer la situation. Les effets de toutes ces mesures se feront terriblement ressentir dès l’année prochaine. Je suis déterminé à amplifier la bataille. A commencer, courant décembre, par une grande mobilisation devant l’Assemblée nationale.

Photo AFP/Martin Bureau
Entretien réalisé par Julia Hamlaoui
Article tiré de l’Humanité  le 13 novembre 2017     

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