Bastien Lachaud – Visite du centre de rétention du Canet à Marseille

Après avoir visité le camp de réfugiés de Samos en Grèce, j’ai interrogé le gouvernement sur la situation des réfugiés mineurs isolés. Dans le même état d’esprit, j’ai défendu un amendement demandant un rapport sur la situation dramatique des migrants à Mayotte. En attendant de répondre à l’invitation de la Ministre des Outre-Mer de visiter le centre de rétention de Mayotte, aujourd’hui, je suis allé rendre une visite surprise au centre de rétention administrative du Canet à Marseille. Les parlementaires ont le droit à tout moment d’entrer dans les lieux d’enfermement comme les prisons, mais aussi les centres de rétention administrative. J’étais accompagné de journalistes de l’AFP et de la Provence. Malgré un premier refus de laisser entrer les journalistes, nous avons obtenu au bout de 30 minutes le respect de la loi et nous avons pu visiter le centre pendant plus de 2 heures.

Ce centre a la réputation d’être l’un où les conditions de rétention sont les plus dégradées. Le rapport du contrôleur des prisons de 2009 était particulièrement cinglant. Malgré des améliorations notées depuis, j’ai découvert une situation humaine terrible.

Le centre peut accueillir environ 120 à 130 personnes. En ce moment, en raison de travaux seules entre 65 et 70 places sont disponibles. Avec 67 retenus, il était donc rempli à sa capacité maximale.

Les retenus sont installés dans plusieurs ailes, pouvant accueillir 37 personnes, avec des chambres de deux de part et d’autre. Le chauffage qui était en panne la semaine dernière a bien du mal à chauffer suffisamment l’ensemble du bâtiment. Les seuls loisirs sont une table de ping-pong, une télévision et une cour encagée. Sur demande, les retenus peuvent accéder à une zone où se trouvent l’association qui œuvre pour leur permettre d’accéder à leur droit. Dans cet espace un distributeur de sucreries et de boissons à des tarifs qui semblent supérieurs à ceux de l’extérieur, la brosse à dent et la portion de dentifrice coûtent 7€.

Les retenus nous parlent de leurs conditions de rétention. Ils évoquent le froid, la faim. En effet, pour éviter la présence de nuisibles (rats, cafards…) qui peuplaient le centre il y a peu encore, toute nourriture périssable est interdite dans les zones de vie. L’alimentation est donc organisée par l’administration. 3 repas par jour. Malheureusement, les interdits alimentaires ne sont pas pris en compte et les personnels nous confirment que malgré des demandes répétées la hiérarchie ne met pas en place de repas adaptés et que la faim est une réalité dans le centre.

La visite de l’infirmerie n’est pas plus rassurante. 2 infirmières assurent une garde de 8h à 19h tous les jours. Un médecin généraliste n’est présent que 5 demi-journées par semaine. Lors de l’arrivée d’une personne, ce sont donc les infirmières qui font le premier examen, alors que ça devrait être le travail et la responsabilité d’un médecin. En cas d’urgence, il n’y a pas d’autre solution que d’envoyer les patients à l’hôpital. Mais cela nécessite 3 policiers et 1 véhicule. Il arrive que plusieurs « extractions » du centre soient nécessaires pour une seule journée. Parfois, les effectifs ne sont pas suffisants. L’extraction n’a donc pas lieu. Les personnes retenues ne sont donc tout simplement pas soignées.

Le personnel soignant confirme mes craintes. Ici aussi, les tentatives de suicide font partie du quotidien. Il en va de même pour les auto-mutilations. Les troubles psychiques sont monnaie courante. Pourtant aucun psychiatre n’est présent sur le site, aucune prise en charge spécifique. Les infirmières qui lors des congés de leurs collègues peuvent se retrouver seules doivent assurer environ 30 à 60 visites médicales par jour.

Arrêt suivant, dans l’ancienne aile des familles, qui est maintenant dévolue aux femmes. Il y a une aire de jeu pour enfants encagée, et une salle de « détente » où deux chaises se battent en duel et une table ainsi qu’une salle vide où une télé fonctionne en boucle. Ce sont les seuls espaces communs

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Dernier arrêt, la zone des visites. En théorie, chacun des retenus peut recevoir autant de visites qu’il souhaite par semaine pour une durée de 30 minutes. Mais l’administration doit souvent réduire cette durée en raison d’une trop forte affluence et limiter les visites par retenu à une par jour. Des familles peuvent attendre dehors plusieurs heures. Ces visites se déroulent sous surveillance constante et dans des salles au mobilier plus que vétuste comme le montre cette photo ci contre.

Avant de quitter le centre, je demande à voir le kit sanitaire distribué à l’arrivée des retenus (ci-dessous). Draps, serviette et quelques sachets de savon ou pâte à dent ainsi qu’une brosse à dent. Pas de rasoir en raison des risques d’auto-mutilation. Le rasage s’effectue à la demande sous surveillance. On me répète que la règle c’est un rasage par jour. Mais en cas de forte affluence, on fait au mieux.

Les conditions de vie sont donc déplorables avec des migrants et des réfugiés qui souffrent de la faim, du froid, de l’ennui et dont les conditions psychiques déplorables ne sont pas traitées.

Le plus inquiétant est que la fin des travaux des ailes en cours de rénovation est prévu pour mi-décembre. La capacité du centre passera donc de 70 à 130. Pourtant aucune augmentation du nombre de personnels n’est prévue tant pour l’association d’aide aux migrants que pour le personnel médical ou policier. Il est donc évident que les conditions de vie des personnes retenues et les conditions de travail des personnels vont encore se dégrader.

Enfin, il convient de noter le professionnalisme de l’ensemble des intervenants qui essayent de faire au mieux avec les moyens qui leur sont concédés.

Bastien Lachaud
Article tiré de la France insoumise  le 20 novembre 2017

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