Portrait de la France qui se lève tôt pour gagner peu

L’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) publie ce mardi 21 novembre « un éclairage sur les personnes, ni riches, ni pauvres, mais situées au milieu de l’échelle des niveaux de vie en France, et souvent peu étudiées » lit-on en préambule de l’étude. L’Institut a choisi de décrire « les caractéristiques socio-démographiques de ces personnes, leur situation sur le marché du travail, leurs revenus et patrimoine, leur conditions de vie et enfin le logement » entre 1996 et 2014.

Cette étude concerne environ 19% de la population française, soit 11,6 millions de personnes dont « le niveau de vie est compris entre 90% et 110%  du niveau de vie médian (soit entre 1 510 et 1 850€ nets par mois en 2014) » en France métropolitaine. Dans cette population ciblée à travers son revenu, six ménages sur dix comptent au moins une personne en emploi tandis qu’un tiers des ménages sont des retraités. Au niveau individuel,  54%  des personnes qui entrent dans cette tranche de revenu sont en emploi, souvent en CDI et environ 4% sont inscrits au chômage. L’Institut affirme que « 17% des actifs appartenant à un ménage médian travaillent à temps partiel, soit une part proche de celle des ménages plutôt aisés et aisés (14%), mais bien moindre que pour les ménages pauvres (37%) et modestes (25%)».

61% des actifs sont ouvriers ou employés

Comme « 61%  des actifs sont ouvriers ou employés » on pourrait croire en lisant rapidement ces chiffres que la stabilité de l’emploi est grande tandis que la précarité de l’emploi et le chômage toucheraient peu les ouvriers et les employés. Or, ces 11,6 millions de Français sont classés à partir de leur « niveau de vie médian ». Quand le chômage ou le travail précaire diminue le revenu d’un individu, sort de cette catégorie statistique pour rejoindre les « ménages modestes dont le revenu est compris entre 60% et 90% de la médiane », voire les « ménages pauvres dont le niveau de vie est inférieur à 60% de la médiane ». Mais l’étude de l’INSEE omet d’apporter ces précisons qui sont pourtant indispensables pour bien comprendre la signification réelle des chiffres publiés dans cette étude, via un tri sélectif constant. Perdre son boulot ou subir un temps partiel contraint vous met très vite en dessous du revenu mensuel compris entre 1 510 et 1 850€ nets par mois et vous fait sortir de ce groupe médian.

Avec 25% de sans diplômes et 28% de personnes titulaires d’un BEP ou d’un CAP, les gens aux revenus médians dont près de 38% élèvent un ou plusieurs enfants déclarent à 66% être en difficulté financière, soit 5% de plus que la moyenne de la population française. Ces ménages ont un patrimoine moyen d’une valeur de 190 000€ mais il faut compter là un tiers de retraités et beaucoup d’accédants à la propriété. En 2013, ils étaient 62% à se déclarer propriétaire de leur logement, soit une hausse de cinq points par rapport à 1996. « Mais pour faire face à la hausse des prix de l’immobilier au cours de la décennie 2000, ils se sont endettés en moyenne sur une durée de 22 ans en 2013, soit 7ans de plus qu’en 1996. Ces nouveaux propriétaires sont majoritairement âgés de moins de 40 ans et les ménages sont composés de couples avec enfants », nous dit l’INSEE.

Mais ce n’est pas tout. Ces ménages sont moins nombreux que les plus aisés à vivre dans les grands pôles urbains, « mais de façon plus marquée, ils habitent plus souvent le périurbain qu’au début des années 2000 ». Du coup, « après déduction des aides personnelles au logement, les ménages médians consacrent en moyenne 22% de leurs revenus à leur habitation principale.»  L’étude note encore que, entre 2001 et 2013, « le taux d’effort des ménages médians a augmenté de 2,6 points, hausse moins marquée que celle des ménagées modestes et surtout pauvres », mais hausse tout de même.

En difficulté face aux dépenses importantes

Du coup « les deux tiers des dépenses des ménages médians apparaissent difficilement compressibles : 26% sont des dépenses « contraintes » parce, qu’elles sont pré-engagées (logement, eau, gaz, électricité, assurance, services financiers et communication) » tandis que d’autres sont incontournables comme l’alimentation et les transports ainsi que les frais de scolarité des enfants. Du coup « environ 25% des ménages médians déclarent des difficultés pour assurer des dépenses ponctuelles importantes. Ils sont aussi 25% à dire qu’ils renoncent à partir en vacances et n’ont pas souvent les moyens de remplacer de meubles et autres biens hors d’usage.

La France qui se lève tôt, cible électorale de la droite

On se souvient que Nicolas Sarkozy cherchait à capter les suffrages de ces catégories de Français très moyens par le niveau de revenu quand il faisait l’éloge de la France qui se lève tôt, afin de détourner une partie de cet électorat populaire du vote Front national. On voit que Laurent Wauquiez poursuit le même combat en direction de ce même électorat quand il fustige les plus pauvres au non de la lutte contre l’assistanat. Ce combat de la droite pour dresser les Français aux revenus modestes contre les plus pauvres, risque de s’amplifier sous la présidence d’Emmanuel Macron. Selon Patrick Buisson, idéologue de la droite extrême cité aujourd’hui par l’Agence France Presse , «  la seule façon dont la droite peut reconquérir le pouvoir, ce n’est pas en occupant l’espace central, le spectre du centre est parfaitement occupé par Emmanuel Macron aujourd’hui (…) La seule combinaison possible, c’est l’alliance électorale, la convergence électorale de la droite conservatrice, celle qui a porté Fillon à la primaire, et de l’électorat populaire ». Toujours selon Buisson, Laurent Wauquiez « ne se trompe pas du tout puisqu’il s’agit d’aller  récupérer ces électeurs qui devraient être le soutien naturel de la droite ».

Voilà surtout qui interpelle toutes les formations politiques se réclamant de la gauche, alors que l’insuffisance de revenu de 11,6 millions de Français « à niveau de vie médian » vient s’ajouter aux difficultés des ménages modestes  et des pauvres.

Photo AFP/Philippe Huguen
Gérard Le Puill
Article tiré de l’Humanité . le 21 novembre 2017

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